J’écris ici pour celles et ceux qui, ayant pris la dangereuse initiative de réagir avec agacement à l’une ou l’autre des impérities sémantiques que charrie quotidiennement la presse audiovisuelle, ont payé leur impudence de l’ostracisme vindicatif d’une partie – considérable – de leur entourage qui n’a rien à f… de ce qui irrite leur aspiration au « bien dire les choses ».

Et d’ailleurs, au cas où vous voudriez vous joindre à la confrérie, sachez qu’aucun média public d’importance ne vous donnera tribune. Si vous insistez, on vous expliquera, sur le ton que prennent les psychologues pour calmer un maniaco-dépressif, qu’il n’y a pas de quoi fouetter un journaliste, et que de toute façon, ces récriminations « n’intéressent pas les gens », pire même, qu’elles les font…, bref, qu’elles les agacent.

Enfin, vous assènera-t-on pour clore la discussion (si, par miracle, elle a lieu), « ce n’est pas si grave ! », remarque généralement suivie de l’épigramme à la mode : « Y’a pas mort d’homme ! ».

C’est vrai. A part la culture générale, qui s’anémie inexorablement dans ce climat délétère, le ridicule, de nos jours, ne tue plus, alors que, par contre, triomphe la dictature de l’ignorance audiovisuelle, propagée par une caste salariée pour déformer la langue française.

Un exemple entre mille.

Il a l’avantage d’être tout chaud, puisqu’il nous a été servi hier soir (15 avril 2015) par la chaîne France 24.

Je vous le résume sous forme de devinette :

Quelle est la RIVIERE d’Asie, d’une longueur de 2 780 km, dont le débit est de 356 mètres cube par seconde, et dont le bassin a une superficie de 500.000 km2 ? Réponse : l’Euphrate.

« Sauf que », répondront les emm… de mon acabit, « il s’agit d’un FLEUVE et non d’une RIVIERE ! »

– Juste. Mais est-ce la faute de l’auteur du mini-reportage sur cette région de l’Irak, si ces bachibouzouks d’Anglo-Saxons appellent l’Euphrate « RIVER » ? Car quel sens peuvent donner à ce mot les petits fonctionnaires franchouillards qui sévissent à l’antenne, sinon « RIVIERE » ?

Est-il nécessaire de préciser que cette énormité – hélas banale – se diffusera et se rediffusera en toute impunité.

Normal : Y’a pas mort d’homme !