Cette semaine nous terminons le livre « les Nombres » en lisant deux sections « Mattoth et « Mass’e ».

Nous allons nous intéresser au chapitre 31 qui relate la guerre contre Midian. Guerre cruelle qui est difficile à comprendre en nos temps.

Le moment est venu pour les hébreux d’infliger aux Midianites la punition promise au chap. 25, V. 17 : « Harcelez les Midianites et frappez-les ». Punition car ce peuple avait entraîné les hébreux à l’immoralité et à l’idolâtrie.

Lisons le texte :

Chap. 31, V 1 à 4 : « Hachem parla Moïse en disant : « Exerce la vengeance des enfants d’Israël sur les Midianites ; ensuite, tu seras réuni à ton peuple. » Moïse parla au peuple en disant : « Armez parmi des hommes pour l’armée et qu’ils soient contre Midian, afin d’exercer la vengeance de Hachem sur Midian. » »

Le premier commentaire que nous pouvons faire est qu’il est un devoir de servir l’armée de son pays. Nous avons déjà discuté de ce sujet lors d’un précédent commentaire mais malheureusement les mentalités ne changent pas et nombre d’orthodoxes israéliens refusent toujours de faire leur service militaire.

Le verset suivant de cette section nous apprend beaucoup sur la liberté d’être ou de ne pas être incorporé dans l’armée.

Chap. 31, V.5 : « On désigna d’entre les milliers d’Israël, mille par tribu, douze mille hommes en armes pour l’armée. »

Le Rav Feinstein commente ce verset en ces termes : « On désigna. Ceci implique que les combattants ont été recrutés contre leur gré. C’est tout à leur éloge car, sachant que Moïse mourrait une fois ce combat achevé. »

Rachi écrit que les combattants « durent être livrés contre leur gré. »

Ainsi nous comprenons que la conscription était obligatoire pour ces hommes. Ils ne pouvaient trouver d’excuses pour éviter l’enrôlement dans les unités. Lorsque nous entendons certains orthodoxes extrémistes qui nous expliquent qu’ils ne peuvent être de la « chair à canon » car leur rôle est plus important en priant, nous pouvons penser qu’ils n’étaient pas présents lorsque leur rabbin a enseigné cette section.

Le gouvernement israélien devrait peut-être se baser sur ce texte pour les obliger à donner, comme le reste de la population, quelques années au pays qui les nourrit.

Continuons la lecture du texte

Chap. 31, V. 7  : « Ils se massèrent contre Midian, comme Hachem l’avait ordonné à Moïse, et ils mirent à mort tout mâle. »

Chap. 31, V. 9 : « Les enfants d’Israël firent prisonnières les femmes de Midian et leurs jeunes enfants ; et toutes leurs bêtes, tous leurs troupeaux et tous leurs biens, ils s’en emparèrent. Et toutes leurs villes d’habitation et tous leurs châteaux, ils brûlèrent par le feu. Ils prirent tout le butin et tous les captifs parmi les hommes et les animaux. »

Pourquoi cette vengeance est-elle si dure ? Rachi explique que « celui qui entraîne son prochain à commettre une faute encourt à sa place toutes les sanctions. À plus forte raison, toute une nation, comme Midian, qui a entraîné au péché des milliers de juifs, était appelée à recevoir sa sanction. »

Ce commentaire de Rachi me laisse perplexe. Si je demande à une personne de commettre un méfait, je serai condamné par la justice comme commanditaire. Pour Rachi, l’exécuteur ne sera pas sanctionné ce qui me semble dangereux pour la Société. Des ennemis du peuple juif comme certains dignitaires nazis se sont servis de cet argument pour se défendre lors de leur procès. L’argument était qu’ils avaient reçu des ordres. Si nous suivons la vision de Rachi, certains assassins ne se sentiront pas responsables de leurs méfaits.

La deuxième partie de ce commentaire me pose davantage problème. Rachi aborde la question de la punition collective. Punition qui comme l’a montré l’histoire a beaucoup d’effets pervers. Nous savons tous que l’individu est unique et peut se comporter différemment de l’ensemble de son peuple ; alors pourquoi le punir s’il n’a rien fait ? Aucun parent ne punira tous les enfants d’une fratrie si un seul d’eux a commis une faute.

Les versets 17 et 18 de ce même chapitre me glacent le sang.

Chap. 31 V. 17 et 18 : « Et maintenant, tuez tous les mâles parmi les jeunes enfants, et toute femme pouvant connaître un homme par cohabitation, mettez-la à mort. Mais tous les jeunes enfants parmi les femmes qui ne sont pas aptes à une cohabitation avec un mâle, laissez-les vivre pour vous. »

En lisant ces deux versets je me suis dit : ce n’est pas possible, il doit y avoir un sens caché mais en lisant les commentaires mon impression de mal-être persiste.

Rachi note au sujet des femmes qui ont connu un mari : « «  qui était mariable même sans être mariée. On les fit passer devant la plaque du Grand-Prêtre et le visage de toute femme mariable devenait jaune » (Yeb 60b). Ce moyen était valable pour les femmes non-juives, qui furent examinées au moyen de la plaque d’or. Pour les femmes juives, on utilisait, pour déterminer leur virginité, un autre procédé : on les faisait asseoir sur l’ouverture d’un fût de vin : celles qui étaient déflorées dégageaient alors une violente odeur, alors que, pour les autres, il n’y avait aucune odeur. »

Le Zohar nous explique au sujet des femmes qui n’ont pas connu la cohabitation : « La Bible écrit : « Laissez-les vivre pour vous. » Elle part du point de vue qu’une femme qui a connu la cohabitation suit son époux comme un chien son maître, mais que les autres, qui n’ont pas encore connu la cohabitation, sont libres dans leur âme et leur vie. »

Vous en conviendrez avec moi, certains versets et commentaires de la Torah sont difficiles à entendre.

Ces quelques extraits de la section de cette semaine doivent nous faire prendre, même si certains ne sont pas d’accord avec moi, que nous ne pouvons prendre les textes au pied de la lettre (ceci est valable pour toutes les religions).

Jean-Marie Addiadi, écrivain ivoirien écrit sur l’interprétation qu’ « un peuple qui ne sait plus interpréter ses propres signes, ses propres mythes, ses propres symboles, devient étranger à lui-même, perd foi en son destin » Alors ne devenons pas étrangers à nous-mêmes.

Chabbat chalom à toutes et à tous