L’élection de Donald Trump a poussé les analystes à faire une comparaison avec la trajectoire politique de Marine le Pen. Il existe certes de nombreux points communs dans leur doctrine mais ils divergent dans leur stratégie.

Donald Trump et Marine Le Pen partagent ensemble le populisme, cette doctrine toujours employée dans un sens péjoratif avec une connotation de démagogie. Elle désigne des discours et des courants politiques qui font appel aux intérêts du « peuple ». Elle prône son recours en opposant les intérêts du peuple à ceux de l’élite prise pour cible des critiques.

Le populisme s’incarne toujours à travers une figure charismatique soutenue par un parti acquis à ce corpus idéologique. C’est le cas de Trump et celui de la famille Le Pen.

Les populistes ont prospéré parce qu’ils estiment que l’élite égoïste n’était pas capable de gérer et de traiter les questions concernant les gens ordinaires, la majorité du peuple en quelque sorte.

Mais le paradoxe est que les leaders populistes sont souvent riches, sinon très riches.

À présent ils s’appuient sur la crainte et sur un racisme à peine camouflé en prétendant que les gouvernements ne sont pas capables d’assurer à leurs concitoyens la sécurité au moment où prospèrent les terrorismes en tout genre.

La France a déjà expérimenté le populisme à travers le boulangisme, le poujadisme, et à présent le Front national qui ne défend plus « la race », comme sous les nazis mais la culture occidentale, en affirmant que les autres cultures sont incompatibles avec le sienne.

Le populisme de Le Pen ne consiste pas à̀ valoriser le peuple, mais à se servir de lui pour donner un semblant de légitimité́ sociale à une cause qui lui est étrangère. En fait le FN est une nouvelle droite, certes radicale et pas encore dangereuse, qui se qualifie de populaire par des discours « sociaux » et anti-élites face aux victimes de la crise sociale et économique.

Donald Trump a été élu sur la base d’un vote protestataire en jouant le rôle du candidat anti-système. Il a combattu Washington parce qu’il se méfiait des institutions politiques. Marine le Pen se présentait de son côté comme l’anti-Bruxelles qu’elle considère comme une entité abstraite qui ne répond plus aux intérêts et aux préoccupations françaises.

Les deux personnalités surfent donc sur ces rejets et sur leurs fondamentaux en se considérant comme identitaire, nationaliste, protectionniste, xénophobe, islamophobe et anti-européen.

Les deux dirigeants usent d’une dialectique très protectionniste. Le FN veut exercer la « préférence nationale » et veut stopper l’immigration. La tentation isolationniste séduit ceux qui se sentent délaissés au sein des régions industrielles gagnées par le chômage et les délocalisations.

Les résultats ont confirmé cette tendance puisque le Wisconsin et le Michigan, acquis aux démocrates depuis 30 ans, ont voté Trump parce que les électeurs ont entendu un discours protectionniste qui s’appuyait sur la peur de la Chine.

Le parti est aussi populiste puisque les électeurs sont issus majoritairement des classes populaires. Le populisme du FN s’était exprimé dans les années 1990 lorsque l’analyse des résultats électoraux avait montré que les classes populaires constituées d’ouvriers, d’employés et de chômeurs avaient voté Le Pen.

Le parti ralliait alors les fractions sociales les plus illégitimes socialement, les sans-diplômes et les faibles économiquement par opposition aux plus riches protégés de toute idée xénophobe par leur haute culture. La conjoncture s’y prête puisque les masses populaires françaises n’ont plus tellement de défenseurs collectifs ; le PCF est à̀ la dérive, le PS s’adresse désormais aux classes aisées, et le Front de gauche est en déroute. Les politiques sociales n’ont pas réussi à freiner la dégradation sociale des groupes populaires qui sont enclins au pire.

Mur contestataire

Trump et Le Pen ont la même phobie de l’immigration. Tout est à l’excès lorsque Trump promet d’ériger un mur de 3 200 kilomètres entre le Mexique et les États-Unis et d’en faire payer la construction aux Mexicains, décrits comme « des criminels et des violeurs ».

Il envisage d’expulser les 11 millions de clandestins qui vivent en Amérique. Son discours anti-immigration avait choqué au départ mais il reste à la base de sa stratégie qui déstabilise ses concurrents, ne trouvant rien de mieux que de lui emboîter le pas. Il visait en fait cet électorat spécifique des Blancs, sans formation universitaire, qui ne croient plus en l’État et à ses institutions, qui exècrent les élites et qui voient dans son discours un élan de type poujadiste.

Mais s’ils se retrouvent sur une doctrine similaire fondée sur le protectionnisme, le barrage à l’immigration, la remise en cause de la mondialisation et la contestation des traités commerciaux internationaux, la dénonciation des élites et des médias, Trump et Marine Le Pen ont adopté une stratégie différente.

Trump a volontairement voulu choquer par ses outrances et ses provocations calculées car il avait pour objectif de réveiller cette partie de l’électorat qui ne votait plus, les oubliés de la nation qui d’ailleurs n’étaient pas pris en compte par les sondeurs.

Très souvent dans la misère, ne disposant ni d’Internet et ni de logement décent, vivant d’expédients ou d’aides d’État, alors ils attendaient depuis des années qu’on les sorte de leur isolement social. Trump voulait s’appuyer sur eux pour choquer, attirer à lui la lumière des media, utiliser les expressions imagées et même se comporter en voyou. Pour neutraliser les attaques de racisme, il s’est entouré d’une dizaine de Juifs orthodoxes qui le conseillent et le dirigent politiquement et économiquement.

En revanche, Marine le Pen était en mission de dédiabolisation de son parti pour le rendre plus fréquentable aux yeux de l’électorat français. Elle a donc utilisé un langage de consensus, lisse pour ne pas déranger, modéré pour élargir son audience et nouveau pour prouver qu’elle avait changé en ne ressemblant pas à son père.

Mais cette stratégie ne parvient pas jusqu’aux abstentionnistes, les seuls à pouvoir constituer une réserve de voix pour atteindre les 50 % fatidiques. Elle n’utilise pas le discours démagogique de Trump qui a réussi à amener à lui des abstentionnistes et certains électeurs démocrates comme en Floride ou en Caroline du Nord. Enfin, Marine Le Pen a écarté tout Juif de son entourage pour ne pas choquer les nombreux antisémites nostalgiques de Pétain et de la collaboration.

Sur le plan international, Trump et Le Pen se retrouvent sur la question russe et sur la nécessité de nouer un dialogue intense avec Vladimir Poutine. Mais sur Israël ils divergent. En promettant de transférer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, Trump a conquis de nombreux Juifs qui aiment qu’on les caresse dans le sens du poil. Il n’a pas été le seul à faire cette promesse impossible et comme ses prédécesseurs, tout restera en l’état en raison d’apesanteur politique.

Enfin, sur le plan de la structure intérieure, Trump s’appuie sur un grand parti Républicain qui a une grande histoire et qui pèse la moitié de l’électorat américain. Le racisme et l’antisémitisme ne faisaient pas partie de l’adn de ce parti.

Le FN de Marine le Pen fédère 25 % à 30 % des électeurs français et ne dispose d’aucune réserve de voix qui pourrait le mettre aux portes du pouvoir. Il a besoin de supplétifs qui ne se pressent pas pour lui faire la courte échelle.

Croire donc à une présidence Le Pen est une injure à la conscience française. L’Histoire a toujours montré que l’extrême-droite n’arrivait au pouvoir que suite à un coup d’État ou à une connivence avec un pays étranger. Le FN, pour l’instant, ne joue que le rôle d’épouvantail.

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