Je tiens à le dire d’entrée de jeu : Benyamin Netanyahu, Premier ministre israélien, n’est pas mon personnage politique préféré, loin s’en faut, surtout depuis que j’ai appris comment il s’était employé à faire échouer les accords d’Oslo, et constatant par ailleurs sa ligne dure dans le conflit israélo-palestinien.

Pourtant, en visionnant l’intégralité de son discours d’hier devant le Congrès des Etats-Unis, j’avoue avoir quelque peu flanché dans mes positions.

Un mot tout d’abord sur les circonstances de cette intervention et sur l’atmosphère qui l’a entourée dans cette grande et imposante (mais vraiment laide !) salle du Congrès. Le voyage de Netanyahu aux Etats-Unis n’était pas forcément le bienvenu. On sait combien le président Obama y était opposé, sachant que Netanyahu allait critiquer sa politique de négociations avec l’Iran.

Il fallait à « Bibi » un certain courage pour passer outre cette réticence et décider d’aller s’adresser aux représentants de la grande nation américaine.

Il l’a fait en cette veille de la fête de Pourim dont il a d’ailleurs rappelé, en exergue à son discours, la démarche d’Esther auprès de son royal époux pour sauver son peuple. Ce qui m’a frappé, c’est l’accueil qui a été réservé au Premier ministre israélien. Entre le moment où il est entré dans la salle du Congrès et celui où il a pris la parole, il s’est écoulé cinq longues minutes d’applaudissements nourris par les membres du Congrès, debout, toutes tendances confondues.

Par la suite, durant son intervention, il a été maintes fois interrompu par des standing ovations de plusieurs dizaines de secondes ; si bien qu’au total, son discours proprement dit n’a duré que 25 à 30 minutes et non les 44 annoncées dans la presse.

Quant au contenu de l’allocution de Netanyahu, il a eu la grande habileté de la commencer en rappelant les liens indéfectibles entre les Etats-Unis et Israël, ce depuis le président Harry Truman jusque et y compris Barack Obama. Il a remercié la nation américaine pour avoir doté Israël des moyens de se défendre des tirs de roquettes grâce à l’Iron dome.

Ensuite, il a donc parlé de la fête de Pourim pour inclure sa venue dans le souvenir de l’intervention à hauts risques d’Esther devant Assuérus. En mentionnant Hamane, il a fait la transition avec l’Iran et ses intentions belliqueuses maintes fois annoncées, notamment vis-à-vis d’Israël.

Il a déclaré que l’époque où le peuple juif a subi un génocide sans pouvoir se défendre est révolue (ici une salve d’applaudissements incroyable). Il a essayé de démontrer que les intentions de l’Iran n’avaient jamais changé depuis 1979, date de l’arrivée de Khomeiny, et qu’elles ne changeraient sans doute pas dans les années à venir.

Que les Iraniens ont jusqu’ici « mené en bateau » tous les experts de l’AIEA, et que conclure un accord avec les dirigeants de Téhéran se solderait par un échec, mettant en danger, non seulement Israël, mais la planète entière, y compris les Etats-Unis.

Il a bien sûr rappelé combien l’Iran était le pourvoyeur en armes des terroristes de tout poil : Hezbollah, Hamas, etc. Il a terminé sur une note pathétique concernant le danger qui guette Israël et invoquant Dieu de bénir Israël et de bénir l’Amérique.

Comme chacun sait, bien que le livre que nous lisons à Pourim porte son nom, que ce n’est pas la reine Esther qui en est le personnage principal, mais bien Mardochée, appelé מרדכי היהודי Mardochée le Juif.

C’est une des très rares occurrences de ce terme de « Juif » dans la Bible et elle correspond à cette époque charnière de l’histoire de notre peuple qui, de biblique ou « sainte », va devenir humaine.

C’est-à-dire que Dieu va S’en retirer pour laisser les hommes prendre en main leur destin. Deux indices très importants de ce changement fondamental de la perception de l’histoire sont que : 1° Le nom de Dieu ne figure dans aucun verset des dix chapitres de la meguilla (rouleau) d’Esther ; 2° Le nom même d’Esther, en hébreu, signifie « caché », indiquant par-là que, désormais, Dieu S’est absenté de l’histoire des hommes pour leur permettre de se prendre en mains. – Mardochée qui, dans l’ombre, agit par l’intermédiaire de sa nièce Esther, est donc bien le personnage central de cet épisode.

Hier, j’ai eu l’impression que Mardochée était sorti de l’ombre pour s’adresser aux représentants du Congrès.

Sur les motivations profondes de Netanyahu, à quelques jours des élections législatives en Israël, ne proposant aucune alternative à la politique menée par les Etats-Unis envers l’Iran mais se contentant de la critiquer et d’en demander l’arrêt, sur son emploi appuyé d’une certaine dramaturgie, difficile de porter un jugement.

Ce que je sais, ce que j’ai entendu, c’est un responsable israélien tirant la sonnette d’alarme et mettant en avant son peuple, notre peuple, sans cesse menacé par la haine de ses nombreux ennemis, mais combien peu imaginatifs par rapport aux solutions d’anéantissement total d’Israël.

Aujourd’hui, les guerres se mènent autant par les réseaux sociaux, la propagande, les discours que par les armes – conventionnelles ou pas.

L’une des leçons du livre d’Esther, nous la trouvons au chapitre 4, verset 14 : כי אם החרש תחרישי בעת הזאת רוח והצלה יעמוד ליהודים ממקום אחר ואת ובית אביך תאבדו מי יודע אם לעת כזאת הגעת למלכות « Car si tu persistes à te taire en ce moment-là, le salut et la délivrance surgiront pour les Juifs d’autre part, tandis que toi et la maison de ton père, vous périrez. Et qui sait si ce n’est pas pour une conjoncture pareille que tu es parvenue à la royauté ? »

Par ce verset, il nous est donné de comprendre qu’il est des moments où se taire n’est plus possible. C’est peut-être pour cette « conjoncture » que Netanyahu est parvenu au pouvoir ? L’histoire le dira.

Shabbath Shalom et Hag Pourim saméah à tous et à chacun.