Marco Pannella était un homme intelligent, original, certains diraient même fantasque ; un homme d’action et un rêveur, un extrémiste non violent, un humaniste don-quichottesque. Peu connu en France et encore moins en Israël, Marco Pannella était cet homme politique italien haut en couleur, dirigeant historique du Parti radical italien et député européen pendant trente ans. Il vient de nous quitter la semaine dernière, à l’âge de 86 ans.

Né en Italie en 1930, il racontait qu’adolescent il avait vu pendant la guerre son voisin d’immeuble, un petit garçon juif avec lequel il aimait jouer, se faire arrêter puis être emporté avec sa famille pour ne plus jamais revenir. Cet épisode tragique l’avait marqué et c’est peut-être une des raisons pour lesquelles il a toujours ressenti et exprimé une forte amitié pour les juifs et Israël.

Je l’ai rencontré en 2002 lors d’une de ses visites en Israël. Nous avons discuté sur la terrasse du somptueux hôtel King David à Jérusalem, en pleine deuxième intifada, alors qu’un bus venait d’exploser le jour-même, causant la mort de vingt civils israéliens.

A contre-courant de toutes les idées en vogue, il militait ardemment pour faire entrer Israël dans l’Europe. Je trouvais cette idée intéressante et plutôt amusante, décalée. Mais même si ce projet devait aboutir un jour, même si les Européens l’acceptaient et les israéliens également (ce qui est loin d’être acquis), les conséquences que Marco Pannella envisageait de cette intégration à l’Europe étaient parfaitement irréalistes. Il croyait qu’ « Israël, en tant que tête-de-pont de l’Europe, » était la solution à tous les conflits du Moyen-Orient puisque la démocratie était selon lui un principe transnational contagieux.

Voici quelques extraits de son interview-vidéo à Jérusalem, alors qu’il expliquait dans son style imagé et ampoulé, comment les valeurs démocratiques pouvaient amener la paix sur la terre :

Il n’en était pas à son premier combat chimérique et avait l’habitude d’être en position hyper-minoritaire, n’obtenant jamais plus que quelques pourcents lors des élections dans son pays. Il avait quand même quelques succès à son actif, ayant par exemple réussi à faire accepter le divorce en Italie, un des pays le plus catholique au monde.

Marco Pannella fustigeait aussi la gauche (les gauches) qui ne croit pas que les pays arabes soient capables d’adopter un régime démocratique, une certaine gauche européenne qui, selon lui, préfère finalement les dictatures. « Ils [les gens de gauche] sont racistes jusqu’au bout », disait-il, « ils se croient généreux vis-à- vis du Moyen-Orient, (…) ce sont des conservateurs atroces ».

Lui se définissait comme représentant « une extrême gauche non-violente, laïque, libérale, libertaire. De trottoir et non pas de palais… »
Il était en tout cas un vrai ami d’Israël, seule démocratie de la région, et il participait régulièrement aux manifestations de soutien, drapeau d’Israël sur les épaules.

Oui Marco Pannella était un « ovni » politique, un doux rêveur, mais c’était aussi un « mensch », un homme qui forçait le respect parce qu’il se battait pour ses idéaux et non pas pour l’argent ni les honneurs. Il se mettait en danger pour défendre ses idées – il faisait la grève de la faim pendant des semaines pour les droits de l’homme, travaillait d’arrache-pied, dormait peu. Il était aussi connu pour ses discours fleuve passionnés et son sens de l’humour.

Quel dommage qu’on ne lui rende pas plus hommage en Israël !
Nous avons perdu un ami, un ami qui a eu le courage de clamer son attachement à l’Etat juif, alors ne l’oublions pas !

Addio Monsieur Marco Pannella, vous allez nous manquer ! Si plus de personnes croyaient à vos utopies, le monde serait certainement meilleur !