Déconnection, silence, apaisement.
18 septembre 2018. C’est Kippour.
Kol Nidré, Chaharit, Moussaf, Minha, Néhila, Choffar.

Un pied mit dehors.

Marceline n’est plus là.
Stupeur, tristesse immédiate.

Il y a de ces personnalités qui font partie de nos vies, des camarades qui nous accompagnent.

Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg.
« Je suis née à Epinal dans les Vosges le 19 mars 1928. Et je suis née tout de suite rousse, gauchère et juive ! »

Déportée en avril 1944 à Auschwitz-Birkenau, avec son père, Shloïme Salomon Rozenberg, qui n’est pas revenu.

Actrice, scénariste, réalisatrice et écrivaine.

Ses mots, ses maux, lus et relus.

La violence de l’histoire, de son histoire.
« Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. » (Et tu n’es pas revenu, Edition Grasset).

L’amour après raconté, à fleur d’elle. Comment aimer après l’enfer ? La pudeur puis l’impétuosité.
« L’amour est une boucle étrange, ce qui nous a fait aimer l’autre nous fera le quitter. » (L’amour après, Edition Grasset)

Puis émancipation.

Bohème, impertinente, ébouriffée, libre, pessimiste, ivre de vivre, jeune jusqu’à la fin. Rebelle surtout, comme elle le décrit si bien dans Ma vie balagan : « J’étais rebelle, enfant, dans ma famille, j’étais rebelle au camp, rebelle au retour du camp, rebelle au pouvoir… »

Elle était tout et parfois son contraire, les gens n’avaient qu’à suivre.

Cette angoisse qui m’étreint d’un coup.
Les survivants nous quittent.

Cette énorme responsabilité que nous avons, descendants des survivants et des non-survivants, juifs et non-juifs, habitants de la planète terre, humanité toute entière.

Les survivants nous quittent.
Comment continuer à transmettre avec la même force et intensité ? Comment ne pas les laisser tomber ?

Cette question obsédante qu’elle pose à la fin de son livre Et tu n’es pas revenu.

« Il y a deux ans, j’ai demandé à Marie, la femme d’Henri : ‘Maintenant que la vie se termine, tu penses qu’on a bien fait de revenir des camps ?’ Elle m’a répondu : ‘Je crois que non, on n’aurait pas dû revenir. Et toi qu’est-ce que tu en penses ?’
Je n’ai pas pu lui donner tort ou raison, j’ai juste dit : ‘Je ne suis pas loin de penser comme toi.’
Mais j’espère que si la question m’est posée à mon tour juste avant que je m’en aille, je saurai dire oui, ça valait le coup’. »

Ce soir, je ne rends pas hommage à l’artiste Marceline Loriden-Ivens, mais à la petite fille qu’elle était, Marceline Rozenberg.
« Rozenberg, le plus important de tous (les noms) qui a pourtant disparu derrière le patronyme des hommes que j’ai aimés ou épousés, ce que j’ai toujours regretté ». (L’amour après, Edition Grasset)

Et j’aimerais la convaincre, oui ça valait le coup.

1h30 du matin, je regarde par la fenêtre, ce soir là lune, aussi, est rousse.