Mansour et Yoav

Yoav Segalovitz (à gauche) et Mansour Abbas, chef du parti Raam, lors d'une conférence de presse annonçant leur candidature commune à la Knesset, à Nazareth, le 31 août 2026. (Crédit : Michael Giladi/FLASH90)
Yoav Segalovitz (à gauche) et Mansour Abbas, chef du parti Raam, lors d'une conférence de presse annonçant leur candidature commune à la Knesset, à Nazareth, le 31 août 2026. (Crédit : Michael Giladi/FLASH90)

Rien ne les prédestinait à se retrouver sur la même liste pour les élections à la Knesset du 27 octobre prochain.

L’un, Mansour Abbas, est arabe, l’autre, Yoav Segalovitz, est juif. Le premier était chirurgien-dentiste et le second, officier de l’armée et haut gradé de la police. Mansour Abbas dirige un parti islamo-conservateur, et Yoav Segalovitz est député sortant d’un parti sioniste centriste. Ils ont pourtant décidé de s’associer. Yoav Segalovitz figurera en seconde position sur la liste du parti Ra’am. Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Au sein du nouveau parti de droite Amkha Israel, Ofer Winter a accueilli le non moins à droite Arabe israélien Yoseph Haddad. Sur la liste du parti Hadash, figure toujours un Juif, dans la (bonne) tradition communiste de l’internationaliste prolétarien. Mais ce sont plus des symboles qu’autre chose.

En ce qui concerne la liste Ra’am, il s’agit d’un véritable accord politique fondé sur une expérience. Dans le cadre du « gouvernement du changement » (2021-2022), Yoav Segalovitch, ministre-adjoint de la Sécurité publique avait réussi à faire reculer de 20 % la délinquance dans les localités arabes. On sait que depuis, la criminalité a recommencé à progresser et est devenue le premier sujet de préoccupation des Arabes israéliens.

Au sein de cette alliance, qualifiée de « technique », Yoav Segalovitz gardera sa liberté de vote à la Knesset. Il sera chargé, en sus du problème de la sécurité, de faire des propositions visant à l’instauration d’un service national pour les jeunes Arabes, un projet qui s’inscrit dans le cadre du « service pour tous » défendu par l’opposition.

L’existence de cette alliance suscite des critiques, en particulier du Likoud, qui veut faire croire que Mansour Abbas n’a pas reconnu le caractère juif de l’État, alors qu’il l’a fait dans des déclarations sans ambigüité face aux caméras. Les leaders arabes sont régulièrement accusés de soutenir le terrorisme, alors que Mansour Abbas a condamné dix fois le 7-Octobre.

Au-delà des polémiques politiques, un accord politique entre Arabes et Juifs israéliens ne devrait pas surprendre. Les Arabes représentent 21 % de la population israélienne. Depuis la déclaration d’Indépendance, ils bénéficient des mêmes droits que les Juifs. Une égalité théorique qui se concrétise un peu plus chaque jour comme le montrent les statistiques sur le pouvoir d’achat, l’emploi ou le niveau d’études. Surtout, depuis toujours, Arabes et Juifs étudient ensemble à l’université, travaillent ensemble dans les entreprises publiques et privées, dans les écoles, les hôpitaux… Rien ne s’oppose à ce qu’ils travaillent également ensemble à la Knesset. Mansour Abbas et Yoav Segalovitz n’ont pas seulement signé un accord politique. Ils renforcent une coopération entre les deux composantes de la population israélienne qui demain ne sera plus perçue comme exceptionnelle.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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