Dans mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », je dénonce l’attitude des politiciens qui ont cru pouvoir acheter la paix civile (et leur réélection) en multipliant les concessions et les entorses à la laïcité.

Cette lâcheté et ces politiques à court terme ont transformé des quartiers, des cités et mêmes des villes en zones de non droit, où des communautés imposent leurs façons de vivre et leurs croyances religieuses au plus grand nombre. En agissant de la sorte, ces politiciens se sont inspirés, consciemment ou inconsciemment, du modèle anglais.

Le Royaume-Uni est en effet le pays du communautarisme. La charia existe de fait dans des zones entières, avec tout ce que cela comporte : interdiction non écrite de la vente d’alcool ou de viande de porc dans certains quartiers, disparition de la mixité hommes-femmes dans certains lieux. Outre-manche, le voile intégral n’est pas illégal et les filles peuvent porter le voile islamique dans les établissements scolaires.

Depuis longtemps, les maires et les hommes et femmes politiques de tout bord ne souhaitent plus un « Merry Christmas » à leurs concitoyens, se contentant de leur adresser un « Season’s greetings » neutre à souhait ! Tout cela au nom de la tolérance religieuse. C’est cette tendance communautariste que l’on a vu progresser en France, ces dernières années, tant au niveau national que local. Même à Bastia, nos édiles n’osent plus souhaiter un « Bon Natale » aux Bastiais.

A Munich, le 30 septembre 1938, le président du conseil français, Edouard Daladier, et le Premier ministre britannique, Neville Chamberlain, ont cru acheter la paix mondiale en signant un accord inique avec le dictateur allemand, au détriment de l’allié tchécoslovaque. On sait les conséquences de ce pacte avec le diable. La paix n’a pas été gagnée. La guerre inévitable n’a été repoussée que de moins d’une année. L’issue de cette guerre eut sans doute été différente si elle avait débuté en septembre 1938 au lieu de septembre 1939.

L’Allemagne, moins prête, ne l’aurait peut-être pas emporté comme elle le fit en mai-juin 1940, la durée du conflit aurait certainement été plus courte et ses conséquences, tant européennes que planétaires, moins terribles. Des millions de vies auraient pu être épargnées et des destructions insensées évitées. Si l’on ne refait pas l’histoire, il est recommandé d’en tirer des leçons.

Or, en Angleterre comme en France ou en Belgique, ce sont des milliers de petits « Munich » qui ont été conclus avec les islamistes, au niveau communal, régional et même national. En 1938, les politiciens français et britanniques croyaient acheter la paix et ils ont une guerre mondiale de six ans, la plus dévastatrice de l’histoire.

En ce début de XXIe siècle, les politiciens français, britanniques, belges et autres ont cru pouvoir acheter la paix civile et ils ont eu des attentats de masse, tous plus effroyables les uns que les autres. Le Royaume-Uni est allé très loin dans ses compromissions avec l’islam radical. Le pays ne compte pas moins de 85 tribunaux islamiques, appliquant les règles de la charia dans les questions de mariages et de divorces. Les mosquées salafistes ou wahhabites sont innombrables. Certains quartiers de Londres n’ont-ils pas été surnommés, dès les années 90, « Londonistan » ?

L’attentat commis contre une salle de spectacle de Manchester dans la soirée du 22 mai est le plus meurtrier, en Angleterre, depuis ceux de Londres en juillet 2005. Or, Manchester n’est pas une ville comme une autre. C’est sans doute la métropole où l’on est allé le plus loin dans le communautarisme, avec des quartiers régis par la loi communautaire ou religieuse, non écrite. Le minable de 22 ans qui a commis l’attentat est d’ailleurs natif de Manchester. Il s’agit du fils de réfugiés libyens, accueillis par le Royaume-Uni dans les années 80.

Le multiculturalisme britannique n’a pas protégé le pays des attentats, ni en 2005, ni en 2017. Au contraire, il a permis à des jeunes tels que l’assassin de Manchester de grandir et d’évoluer au sein de sa communauté, de s’imprégner des appels à la haine de prêcheurs islamistes qui, au nom de la tolérance religieuse et de la liberté d’expression, agissent en toute impunité, tout en s’abreuvant de propagande islamo-terroriste sur internet.

Ces jeunes nés en Grande-Bretagne, éduqués en Grande-Bretagne sont demeurés des étrangers dans ce pays dont ils ont toujours rejeté les valeurs et les traditions. Laisser faire l’islamisme, le laisser s’emparer de quartiers ou de villes entières, ne protège pas des attentats islamistes. Bien au contraire. Cela permet à de futurs terroristes de se former, de se radicaliser, de s’emplir de haine avant, le moment venu, de se retourner contre le pays qui a accueilli leurs parents, qui les a vus naître, qui les a éduqués, qui les a soignés.

La société britannique a accordé des droits à des communautés au nom de la tolérance, sans comprendre que le fondamentalisme islamique qui a pu se développer à son aise ignore le concept de tolérance.

La tolérance britannique a donc reçu, en retour, les effets de l’intolérance islamiste qui méprise cette société de mécréants et abhorre les valeurs qui en émanent : démocratie, droits de l’homme, égalité entre les sexes, liberté d’avoir une religion et d’en changer, liberté de ne pas croire en Dieu.

Cet attentat de Manchester doit donc être considéré comme le constat d’échec du modèle communautariste anglais. Cet échec devra être médité par ceux qui, en France, souhaitent s’en inspirer : ils sont nombreux, et de toutes tendances politiques.

Les citoyens de confession musulmane doivent jouir de tous les droits de citoyens, comme les citoyens juifs, bouddhistes, protestants, catholiques ou athées. Mais les soi-disant droits de la « communauté » musulmane ne doivent pas être mis en avant, ils ne doivent pas être pris en considération ou être respectés. La loi est la même pour tous et elle doit s’appliquer à tous. Il ne faut plus tolérer la moindre entorse à cette loi, et il faut être implacable avec ceux qui l’enfreignent. Les mosquées et salles de prière salafistes ou wahhabites doivent être fermées et leurs imams et autres prêcheurs expulsés (s’ils sont étrangers, comme c’est bien souvent le cas).

Dans la vie quotidienne, les atteintes à la laïcité ou à l’égalité hommes-femmes ne doivent plus être acceptés. Il y a quelques jours, des femmes de Paris ont protesté, avec raison, contre le fait qu’elles ne pouvaient plus circuler sur certains trottoirs du quartier de la Chapelle-Pajol, sans être l’objet d’insultes ou de harcèlements. De tels problèmes étaient inconnus, il y a une vingtaine d’années.

L’incivilité, d’où qu’elle vienne, doit être combattue avec vigueur. Et surtout, il faut en finir avec toutes ces zones de non droit qui gangrènent le territoire français, de Marseille à Roubaix.

Mais pour y parvenir, il faudra que nos politiciens fassent preuve de courage et résistent à la tentation de céder, par calcul électoral ou par souci de paix civile. On l’a vu, cette paix civile, si chère à tous, quelle que soit notre religion ou notre absence de religion, n’est jamais acquise par des compromissions.

Puisse ce qui vient de se produire à Manchester, après les drames de Paris, Bruxelles, Nice, Berlin et autres lieux permettre un réveil salutaire qui éviterait des tragédies futures encore plus graves que celles que nous avons connues.

[1] Editions Riqueti, 2017