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Mamlachti

Eberlué, Jonathan fit stoïquement face à l’assaut. Devant l’irruption, en plein milieu de l’après-midi, de ce petit groupe d’étudiants, menés par son neveu favori. Copié-collé de la révolte étudiante française ? Non, en définitive, il s’agissait de la période. Pré-électorale. Nous, ‘’les jeunes’’, on a des choses à dire. Et on voudrait les tester auprès d’un senior. A priori à l’écoute.

Il n’eut même pas le temps de dire d’accord, la démonstration commença.

L’artifice de la politique a pris le pas, dans le monde actuel, sur la réalité. Economique, scientifique, culturelle… Notre futur dépend plus des faillites du politique que des forces réelles. ‘’La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à des résultats différents’’. Dixit ton maître Einstein. Et dans tous les pays, élections proches, pauvreté de vision, de stature des candidats au pouvoir, le caractère démagogique des propositions qui s’affrontent, condamnent partout à la trahison de l’avenir des populations, des pays.

Comme d’habitude.

Le système des élections, par le peuple, ouvre les portes à la démocratie, ‘’le pire des régimes à l’exception de tous les autres’’. Sauf qu’il ouvre également les portes au pouvoir politique pour un éventail très complet de fossoyeurs de cette démocratie.

Les ersatz de brillants personnages. Macron, le plus brillant prototype. Ça lui a pris deux quinquennats pour acculer la France à tous les désastres, a contrario de toute l’aura qui l’entourait à ses débuts. Les égocentriques forcenés que le souci de leur plaisir, leur sécurité, leur richesse mène à la psychopathie. Figures emblématiques, Netanyahou, Trump. Le premier qui a détruit en vingt ans les fondements sociaux, moraux, intellectuels du sionisme israélien. Le second qui a transformé la démocratie ouverte au monde des Etats-Unis en autocratie dictatoriale interne et externe. Les dictateurs patentés. Poutine, Ji Ping, Erdogan. Qui cultivent chacun leur originalité pour maintenir leur peuple sous leur joug.

S’y ajoute la voie libre laissée à des organisations prédatrices, plus préoccupées de favoriser leur idéologie ou leur domination financière et technologique, que de renforcer les démocraties qu’ils investissent de façon souterraine. Tel ‘’l’Etatsunien’’ Tikvah Fund, qui à travers des relais israéliens comme Kohelet Policy Forum, Herut, Argaman Institute, développent un complexe ‘’Churchill Program’’, définissant clandestinement un avenir pour Israël. Tel le GAFAM, associant les géants américains du web dans leur ambition commune de surdominer le pouvoir des Etats, sinon de guider le devenir de l’humanité.

Alors, interrompit Jonathan, revenu de l’effet de surprise, alors, jeunes gens, vous avez un remède magique pour corriger le tir ?

Mise au défi qui ne suffit pas à doucher la dynamique de la démonstration.

Première ligne de prescription : soumettre toute candidature, de n’importe quel parti, à un examen d’aptitude. Après tout, à la professionnalisation de la politique doit répondre une sélection de niveau réel comme pour n’importe quelle discipline. Connaissance, qualité intellectuelle, moralité, expérience ….un bilan global doit avoir un caractère décisionnel. L’idéal serait évidemment de suivre le processus de formation que Platon propose dans La République. Mais nous savons que l’idéal ne figure pas dans le registre d’une société d’adultes. Ce tri initial permettrait au moins de débarrasser les Assemblées et les gouvernements des figures désastreuses qui s’y accumulent.

Une autre mesure, aussi fondamentale, devrait s’imposer. Un « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », passe par l’inversion du processus existant dans les démocraties actuelles. Passer du ‘’top to bottom’’ au ‘’bottom to top’’. Vive monsieur le maire et son conseil municipal ! Donner le pouvoir pratique au terrain, laisser, sous contrôle, le régalien au gouvernants centraux. Tout ce processus sous le couvert d’une Constitution impérative et de la stricte séparation des pouvoirs.

Autre volet : le programme. Il faut tuer le flou en politique. Exiger que chaque candidat s’engage à mettre en pratique un programme d’action. Clair, précis, daté. Couvrant obligatoirement les aspects majeurs de la vie en société des nations qu’ils revendiquent la charge et l’honneur de représenter. L’économie et la finance, bien entendu, mais aussi, bien entendu, l’éducation, la recherche, la technologie dont l’irruption de l’I A, la sécurité, la santé, les relations internationales, la place de la religion….

Cerise sur ce gâteau, redonner au référendum son rôle de contrôle, de proposition, à tout niveau local et national. Permettant de poser le dernier clou sur le cercueil d’un mode dépassé de la vie démocratique et de parfaire un mode actif, participatif, vivant.

Alors, Alors, à nous de dire Alors !!

Interpellé, encore sous le coup trop frais de l’enthousiasme juvénile, Jonathan, en vieux loup de mer, commença par se réfugier sous l’auspice lointain et difficile à contester de Périclès. ‘’Si on veut obtenir quelque chose que l’on n’a jamais eu, il faut tenter quelque chose que l’on n’a jamais fait’’.

Ce qui lui permit de prendre, calmement, une position sécuritaire médiane. Reconnaissant que le système de votation, comme le nomme nos amis suisses, maîtres en la manière, participe activement à la déperdition de la démocratie. Reconnaissant que le renouvellement de la pensée que la jeunesse génère, autorise heureusement l’inventivité. Renvoyant cependant ses jeunes enthousiastes à l’auspice de Guillaume d’Orange, ‘’Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer’’.

  • Mamlachti : un concept clé en politique israélienne, se référant à un éthos de responsabilité républicaine, plaçant l’Etat et le bien commun au-dessus de l’esprit partisan et des intérêts particuliers.
à propos de l'auteur
Fort d'un triple héritage, celui d'une famille nombreuse, provinciale, juive, ouverte, d'un professeur de philosophie iconoclaste, universaliste, de la fréquentation constante des grands écrivains, l'auteur a suivi un parcours professionnel de détecteurs d'identités collectives avec son agence Orchestra, puis en conseil indépendant. Partageant maintenant son temps entre Paris et Tel Aviv, il a publié, ''Identitude'', pastiches d'expériences identitaires, ''Schlemil'', théâtralisation de thèmes sociaux, ''Francitude/Europitude'', ''Israélitude'', romantisation d'études d'identité, ''Peillardesque'', répertoire de citations, ''Peillardise'', notes de cours, liés à E. Peillet, son professeur. Observateur parfois amusé, parfois engagé des choses et des gens du temps qui passe, il écrit à travers son personnage porte-parole, Jonathan, des articles, repris dans une série de recueils, ''Jonathanituides'' 1 -2 - 3 - 4.
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