Les affaires judiciaires qui touchent l’entourage du Premier ministre n’ont aucune incidence sur la popularité de Benjamin Netanyahou qui tient toujours la corde, selon un dernier sondage, du 4 août 2017, qui place toujours le Likoud en tête avec une étonnante stabilité de 30 députés.

Le gagnant semble être Yaïr Lapid qui fait passer son parti de 11 à 20 sièges, le plaçant en seconde position sur l’échiquier politique, bien que quatre partis se disputent les voix du centre ; le résultat est donc encourageant.

De son côté, le nouveau leader travailliste n’a pas fait décoller son parti. On lui reproche, d’une certaine manière, son silence face aux événements qui agitent le landerneau politique alors que ses amis prétendent qu’il peaufine son programme et surtout son image de leader moderne crédible qu’il cherche à se donner.

Avi Gabbay est arrivé sur la scène politique en étoile filante, mais n’a pas encore pris ses marques. Pour l’instant, il peine à retrouver les 24 députés de la présente législature ; on ne lui prédit que 16 sièges. Il fait mieux cependant que les travaillistes de Yitzhak Herzog à qui on donnait seulement 8 députés. Mais le chemin est encore long pour parvenir au sommet et concurrencer Netanyahou pour le poste de Premier ministre.

Les sionistes religieux de Naftali Bennett font une remontée de 8 à 12 sièges, relativement positive mais insuffisamment pour placer le parti Habayit Hayehudi comme prétendant au pouvoir. Les autres partis restent pratiquement stables, compte tenu des marges d’erreur du sondage.

Cependant, une inquiétude traverse le parti Shass dont le leader Arie Dehry est discrédité, lui aussi à travers quelques affaires de corruption. Les sondages lui donnent à peine 4 députés ce qui représente la limite minimum pour entrer à la Knesset.

Il pourrait d’ailleurs ne pas l’atteindre, et pour la première fois de son histoire, être éliminé de l’Assemblée. Les orthodoxes séfarades Shass sont conscients du danger et ils semblent vouloir faire appel à celui qui avait été exclu du parti, Eli Yshaï, concurrent historique d’Arie Dehry.

Aux dernières élections, il avait fait la course avec quelques éléments de l’extrême-droite et des nationalistes religieux mais avait manqué de peu la consécration.

Certes, il ne traîne derrière lui aucune casserole mais son incursion parmi les extrémistes pourrait lui coûter les faveurs d’un électorat de défavorisés qui s’est toujours situé à gauche. Cependant il représente la seule bouée de sauvetage de Shass.

La longévité politique de Netanyahou étonne et elle est surtout due à l’absence d’un opposant charismatique. A la tête du pays pendant 11 ans en incluant son premier mandat, entre 1996 et 1999, il n’a pas encore atteint ou dépassé le record de David Ben Gourion qui a gardé le pouvoir pendant 13 ans.

Ses adversaires politiques comptent à présent sur les affaires pour le faire entrer dans une spirale de mort politique. Sa popularité ne décroît pas et il peut s’appuyer sur un parti qui a la culture du chef et qui vénère sa stature, quels que soient les aléas.

Ainsi, le chef de la coalition parlementaire, le député Likoud David Bitan, surnommé Bibitan (contraction de Bitan et Bibi) est son porte-voix, certains disent la voix de son maître. Il ne ménage pas ses efforts pour qu’aucune tête ne dépasse dans son groupe. Il persiste à affirmer que Netanyahou ne démissionnera pas, même s’il est inculpé.

Mais une faille dans la famille politique de Netanyahou commence à s’entrevoir. Elle s’exprime par le silence des grosses pointures du Likoud Gilad Erdan, Israël Katz, Guidéon Saar, Tsahi Hanegbi et même la passionaria Miri Regev qui ne sont pas intervenus pour défendre le Premier ministre comme s’ils l’avaient déjà enterré.

Or ils prennent des risques pour les prochaines élections car les capacités de survie du Premier ministre sont très étendues. Il l’a déjà montré dans le passé. Seule la justice décidera et non pas les medias.

Encore faut-il qu’elle ait des preuves tangibles à opposer à la défense, même si deux inculpés plaideront coupables en tant que « témoins de l’État ». La réduction de leur peine dépendra de la qualité de leurs révélations justifiées.

Netanyahou reste en tête des sondages même s’il n’a pas tenu ses promesses électorales et c’est le paradoxe. Mais si une majorité d’Israéliens conteste sa gestion, ils voient en lui le seul homme capable de gérer les problèmes sécuritaires du pays qui drainent tous les jours des morts sur le terrain.

La gauche n’a pas la réputation d’être capable d’apporter des solutions au problème dominant de la sécurité en Israël. Il est vrai que les travaillistes n’avaient rien fait pour rassurer la population aux dernières élections puisqu’aucun haut officier de Tsahal ne figurait sur sa liste, aux côtés de jeunes gauchistes notoires.

Ni Yitzhak Herzog et son remplaçant Avi Gabbay, ni Yaïr Lapid n’ont une image aussi guerrière que Netanyahou bien que cette réputation commence à être surfaite, face à certains récents échecs. Mais la réputation dure, certains disent grâce au souvenir de son frère mort à Entebbe pour libérer les otages.

L’économie ne suit plus ; la croissance se ralentit ; Israël reste le 2e pays de l’OCDE affichant le plus fort taux de pauvreté. Enfin, le coût de la vie est de 20 % supérieur à celui de l’Europe et le problème du logement connaît une crise aiguë.

Sur le front diplomatique, le bilan reste terne puisque les relations avec l’allié américain restent tièdes tandis que celles avec l’Europe, marquées par le vote à l’Unesco, montrent des lacunes.

L’incident des portiques a mis en évidence une politique d’improvisation. Malgré cela, Netanyahou garde ses adeptes inconditionnels. Les élèves de sciences politiques devront se pencher sur ce phénomène de longévité qui permet à un dirigeant de surfer sur une politique d’improvisation, sans plan à long terme.

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