Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde, écrivait Albert Camus.

La terminologie qui a cours notamment dans le débat concernant le conflit israélo-palestinien et ses répercussions dans nos pays, en est souvent une illustration.

D’autres ont déjà montré à quel point le terme d’islamophobie, censé désigner le racisme dirigé contre les Arabes et les musulmans relève de façon exemplaire de ce choix de mot aberrant.

Le terme même est dépourvu de toute ambiguïté. L’islamophobie est l’hostilité à l’Islam en tant que religion et idéologie, non à ceux qui adorent Allah et son prophète, Mahomet.

Il en va de même de l’« antisionisme », ce véritable cache-sexe de l’antisémitisme, si souvent utilisé dans cette déclaration typique : « Je suis antisioniste et non antisémite ». 

Sara Daniel n’expliquait-elle pas dans un dossier que l’Obs (édition du 8 au 14 février) consacrait tout récemment aux « nouvelles haines antisémites » que « dans notre journal, nous avons depuis toujours pour ligne de distinguer l’antisémitisme d’un antisionisme pourvu qu’il n’appelle pas à l’éradication de l’Etat d’Israël. »

Mais qu’est donc l’antisionisme d’autre que l’idéologie qui implique de facto cette « l’éradication de l’Etat d’Israël » qu’affirme rejeter Sara Daniel.

L’antisionisme va en effet infiniment plus loin que le simple rejet de la politique du gouvernement israélien. On peut parfaitement être sioniste et combattre la politique du gouvernement israélien à l’égard des Palestiniens. On peut, en d’autres mots, être sioniste et prôner la fin de l’occupation des territoires palestiniens.