C’est un lieu commun que de dire que nous vivons une drôle d’époque.

Il y a quelques jours Roger Cukierman, le président du Crif, a été mis en examen, rien moins que cela, pour diffamation ayant déclaré à l’endroit de Dieudonné que celui-ci était un « antisémite professionnel ».

La bonne nouvelle est que Dieudonné se sent diffamé par une telle évidence. Peut-être a t-il considéré que le qualificatif « d’antisémite professionnel » était bien léger au regard de son « œuvre » qui au travers de ses spectacles ou vidéos sur Internet n’a de cesse, telle une quête obsessionnelle, de tourner en dérision la Shoah et d’accuser les Juifs de tous les maux de la société.

On imagine la jubilation dans le clan de Dieudonné, des Soral ou Zemmour ou encore Yannick Noah (nouveau fan proclamé), d’une telle victoire judiciaire.

Tenez le tout dernier dérapage très contrôlé de Dieudonné étant de juger que la pièce de théâtre de Bernard-Henry Lévy « fait un four ». Expression fortuite très certainement. Camus avait raison : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Dire de Dieudonné qu’il est antisémite professionnel ou amateur consiste à bien nommer les choses.

Dans un autre registre, c’est Arno Klarsfeld qui se trouve à présent inquiété par la justice après avoir été auditionné par la police pour avoir dit sur une chaine d’informations que « La France n’est pas antisémite…une partie des jeunes de banlieue l’est ».

Là aussi, comme pour Roger Cukierman, on lit et relit la déclaration en se demandant ce qu’il y a de condamnable dans une telle affirmation.

Le propos d’Arno Klarsfeld est plutôt mesuré dans une France qui voit nombre de Juifs partir pour fuir un antisémitisme exacerbé depuis la tuerie de Toulouse, les incendies de Sarcelles ou les manifestations pro-palestiniennes de cet été où en toute impunité ces mêmes jeunes de banlieue scandaient « Mort aux Juifs » dans les rues de Paris.

On a l’impression que la Police et la Justice sanctionnent des évidences que l’on préfèrerait occulter. Ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on fait tomber la fièvre. Oui Dieudonné est antisémite et en fait son fond de commerce, oui certains jeunes de banlieue le sont.

Plutôt que de s’attaquer aux petites phrases des uns et des autres, c’est aux racines de ce mal qu’il faudrait s’intéresser.

On ne peut pas d’un coté, comme l’a fait Manuel Valls, déclarer que la lutte contre l’antisémitisme est une « cause nationale » et d’un autre coté traduire devant les tribunaux ceux qui le dénoncent lorsque celui-ci est caractérisé.