Alors qu’en France le résultat du vote du premier tour de l’élection présidentielle démontre un oubli certain du passé, tandis que deux partis aux saveurs passéistes et liberticides se sont nettement démarqués, Israël commémorait le souvenir des victimes de la Shoah.

Une commémoration digne à vertu éducative pour enseigner aux nouvelles générations, l’Histoire, le souvenir et la mémoire. Pour les victimes. Mais pas seulement.

Parce qu’en 2017, au vingt-et- unième siècle, des voix s’élèvent, pour questionner la véracité de la Shoah, sa commémoration jugée exagérée et le droit du peuple juif à son autodétermination.

Parce que le simple fait que je pose ces questions ensemble au sein d’une même phrase peut en excéder beaucoup.

Parce que beaucoup considèrent la création d’Israël comme un lot de consolation consenti aux Juifs par les Européens afin d’apaiser leur mauvaise conscience au détriment des Palestiniens.

Pourtant.

Israël commémore et enseigne l’Histoire parce que s’il est une constante que les Juifs ont appris à leurs dépens, c’est bien que l’Histoire est appelée à se répéter.

En 2 000 ans d’exil, les Juifs ont vécu de l’Asie à l’Afrique en passant par l’Europe et l’Amérique.

Chaque installation a fait naître de nouvelles coutumes dans l’application de la loi juive, preuve d’une complète intégration.

Pourtant, à chaque fois, les Juifs ont dû finir par quitter des pays qu’ils avaient faits leurs.

Jusqu’au jour où un prophète a su faire renaître l’espoir de vivre libre, maître de son destin.

Israël s’est fondé sur une idée folle, un projet d’un optimisme entêté. Celui de l’espoir

La Shoah a pu avoir lieu parce que justement la création de l’État d‘Israël a été retardée.

La Shoah a pu avoir lieu parce des Nations qui comptaient pourtant des citoyens juifs ont fermé les yeux sur les wagons à bestiaux qui roulaient vers les camps de la mort.

Et les archives récemment mises à jour prouvent que les dirigeants du monde entier savaient ce qui s’y passait mais ne sont pas intervenus pour empêcher cette hécatombe qui a rayé de la carte des communautés entières et continue encore de faire souffrir les descendants de survivants.

Alors aujourd’hui, Israël célèbre ceux qui se sont battus pour qu’un pays au sein duquel les Juifs seraient maîtres de leur destin existe.

Aujourd’hui tout un pays se souvient de tous ses jeunes et parfois moins jeunes qui ont donné de leur vie pour que nous soyons tous libres de vivre.

Et nous nous souvenons de tous ces destins brisés, ces familles désormais incomplètes comme l’a exprimé hier le père d’un soldat tué.

Mais il ne s’agit pas d’un culte de la mort. La mort n’est pas célébrée, ni le sacrifice humain car ce sont des notions totalement étrangères à la tradition juive.

Et pour s’en assurer, pour éviter que certains ne tombent dans cette dangereuse célébration nihiliste, le Jour du Souvenir, Yom HaZikaron, a lieu la veille des plus grandes festivités de l’État d’Israël, le jour de son Indépendance.

Car Israël s’est fondé sur une idée folle, un projet d’un optimisme entêté. Celui de l’espoir. L’espoir qui a maintenu un peuple persécuté depuis des millénaires mais le seul aussi à avoir survécu à tous les peuples de l’Antiquité.

L’espoir qui a d’ailleurs donné son nom à l’hymne national, Hatikva.

Car chaque jour, tandis que les menaces d’extermination pèsent sur cet État, ses citoyens célèbrent la vie, le miracle de vivre dans un pays qui défie toute logique.

Qui défie tous ceux qui appellent à son boycott, qui sont convaincus que son existence n’est qu’une parenthèse dans l’Histoire, qui nient son lien historique à sa Terre, qui stigmatisent ses soutiens dans le monde, qui piratent les droits de l’Homme pour isoler les étudiants juifs sur les campus universitaires.

Parce que nous avons confiance en notre espoir d’un monde meilleur. Celui qui verrait enfin les peuples accepter la différence de l’Autre et son droit à exister librement. Lorsque nos voisins comprendront que nous sommes prêts à de nombreuses concessions lorsqu’ils accepteront notre existence et notre présence sur notre terre.

Car nous ne sommes pas prêts d’en repartir.

Car désormais nous avons les moyens de nous défendre.

Car nous sommes maîtres de notre destin.