L’Allemagne vient de ralentir un peu le flux de réfugiés arrivant sur son territoire. Cela ne changera rien à l’essentiel : elle les accueille en très grand nombre, pas la France.

Et qu’on ne nous dise plus que les étrangers affluent par millions en France pour profiter de nos avantages sociaux, de notre santé gratuite ou de nos écoles ; car, quand on leur offre le choix, ils préfèrent aller en Allemagne, en Suède, ou en Grande-Bretagne plutôt qu’en France. Et même quand on essaie de les attirer, comme ce fut le cas ces jours derniers pour les premiers réfugiés arrivés en Allemagne, ils ne viennent pas et préfèrent rester à Munich, à Berlin ou dans toute autre ville allemande.

Pourquoi ? Pour au moins trois raisons.

1. Les réfugiés ne sont pas bien accueillis en France. De fait, notre pays n’a pas fait jusqu’à présent le moindre effort pour tendre la main à ces gens.

Sans aller jusqu’à la honteuse attitude de la Hongrie, la France s’est recroquevillée sur elle-même, pour ne pas être perçue comme un pays d’accueil. Alors que l’Allemagne a parfaitement compris le bénéfice qu’elle pouvait tirer de cette nouvelle main d’oeuvre, nous, en France, la voyons comme une population parasite, « un fléau » qui viendrait prendre les rares emplois disponibles, sans comprendre qu’elle va créer des entreprises et consommer.

Cette attitude frileuse n’est pas seulement celle des dirigeants, elle est celle du pays presque entier : le gouvernement n’a pris aucune initiative, ni n’a fait aucune déclaration chaleureuse, digne de notre Histoire. Tout juste, pour ne pas paraître trop indigne, s’est-il glissé, sans enthousiasme particulier, derrière l’Allemagne.

L’opposition s’est plus mal conduite encore, qui a expliqué qu’on ne pouvait recevoir personne, inventant des concepts absurdes et truquant les textes, dans une honteuse et inutile course vers le pire avec le Front National. Et les élus locaux n’ont pas été mieux inspirés : moins de 2% des maires ont manifestés pour organiser l’accueil des réfugiés.

Aucun chanteur, imitateur ni acteur, eux d’habitude si prompts à se manifester, ne sont venus proposer, en tout cas publiquement, d’accueillir une famille de réfugiés à leur domicile.

Jusqu’à lundi dernier, aucun de ces hommes politiques se bousculant d’habitude à Villacoublay pour accueillir le moindre otage, n’est allé au-devant des réfugiés en leur ouvrant les bras. Rien n’est vraiment préparé pour les loger, leur enseigner les bases du français, ou les renseigner sur leurs droits. Les rares institutions honorables, les extraordinaires bénévoles qui opèrent à Austerlitz et ailleurs, distribuant nourriture et cours de français improvisés, sont totalement débordés et personne ne prête attention à leurs requêtes.

Au lieu de prendre de l’avance sur l’opinion, la classe politique en flatte ainsi les plus mauvais réflexes.

2. Les réfugiés ne voient pas leur avenir, dans un pays, la France, qui ne croit pas même au sien, et où l’on fait tout pour rester entre soi.

Nous donnons ainsi le sentiment de ne pas savoir ce que nous voulons être dans 20 ans, comment nous pensons notre société, quel en sera le modèle. Nous laissons entendre que notre système social est condamné.

Nous montrons au monde une incapacité à donner leur chance aux minorités ; et nous préférons maintenir tous les privilèges, les transmettre de génération en génération, plutôt que d’ouvrir nos écoles et nos entreprises aux meilleurs venus d’ailleurs ou issus des classes les plus populaires. Ceci ne peut attirer ceux qui, venus de loin, veulent se créer une vraie vie, en la gagnant ; et non, comme le disent les caricatures, profiter de nos acquis sociaux.

3. Les réfugiés sont convoités par d’autres pays, qui font tout pour les attirer – au moins ceux dont ils ont le plus besoin : cadres, médecins, ingénieurs. D’ores et déjà, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont organisé cette recherche, méthodiquement. Pas la France.

C’est lamentable, alors qu’il s’agit de pays, au Levant, dont la France avait pris la responsabilité au lendemain de la Première guerre mondiale et où notre langue était très présente.

Je ne reconnais pas ma France dans cet abandon. Où est-elle ? Où est le pays des droits de l’homme ? Le pays qui manifestait le 11 janvier ? Il est urgent de se ressaisir et d’agir. Il est urgent de se souvenir de qui nous sommes : le pays des droits de l’Homme, celui qui a accueilli bien des malheureux du monde entier et en a fait de grands citoyens, des prix Nobel, même. C’est dans notre intérêt, le plus égoïste: notre croissance dépend d’eux.

De fait, les pays en fort développement ne sont pas ceux qui refusent l’immigration, mais ceux qui réussissent l’intégration et en favorisent le premier vecteur, l’accès au travail.

Les réfugiés doivent être reçus comme un atout pour notre pays et non comme une charge. Aussi longtemps que nos moyens d’accueil restent limités, il faut fournir aux pays qui les reçoivent aujourd’hui (Turquie, Tunisie, Libye, Liban Jordanie) les moyens de les héberger décemment. Ce ne seront pas quelques milliers, mais quelques millions qui vont arriver.

Enfin, il appartient à la France de prendre les initiatives nécessaires, à l’échelle de l’Union européenne. Il n’est pas normal que seuls agissent Angela Merkel et Jean-Claude Juncker, sauvant ainsi l’honneur de notre continent. La France doit proposer un plan d’ensemble permettant une gestion organisée et honorable de cet afflux. Notre survie est à ce prix.