On se souvient des déclarations aussi incohérentes qu’affligeantes de M. Abbas, que nous ne reproduirons pas ici. Nous les condamnons, cela va sans dire, mais c’est mieux encore en le disant, tout en faisant remarquer que cette « petite musique » mâtinée d’antisémitisme n’est pas nouvelle chez lui.

Par-delà l’abjection évidente de certains passages, d’autres éléments méritent cependant de retenir l’attention — et nombre de ceux qui se sont précipités pour utiliser ce discours afin de mieux enterrer toute possibilité de négociation avec l’AP, se sont bien gardés de mentionner : «Je ne dis pas qu’Israël doit être délogé, Israël existe et tout ce que je veux, c’est un État pour que nous puissions tous ensemble vivre en paix» avait-il déclaré.

Il avait également réitéré son engagement envers une solution à deux États, ce que beaucoup de dirigeants israéliens ne font plus. Enfin, tout en soutenant le principe de la résistance populaire, symbolisée par la “marche du grand retour” le long de la bande de Gaza, il avait appelé à ne pas envoyer les enfants vers la clôture, pour ne pas créer une «génération de handicapés». C’est une condamnation- passée relativement inaperçue – de l’instrumentalisation des enfants par le Hamas qui donne ainsi partiellement raison à Israël.

La réprobation qui a suivi a été générale et virulente, depuis l’ONU, y compris l’UNESCO, jusqu’à l’UE en passant pas la France et même l’Allemagne, pro-palestiniens convaincus inclus. Ceux qui se plaignent que «le monde est contre nous», toujours et à propos de tout, en sont pour leurs frais.

Et puis, point d’orgue à ce frisson médiatique, le revirement de M.Abbas. «Si mes propos devant le Conseil national palestinien ont offensé des gens, en particulier des gens de confession juive, je leur présente mes excuses». Dans son communiqué, il réaffirme sa condamnation de l’Holocauste et de «l’antisémitisme sous toutes ses formes».

Qu’un dirigeant politique s’excuse est assez rare pour ne pas s’en féliciter. On attend toujours que B.Nétanyahou en fasse de même pour ses récentes accusations, infondées, à l’encontre des Arabes qui, lors d’un match de football à Sakhnin, n’auraient pas respecté la minute de silence en mémoire des jeunes Israéliens décédés lors d’une brusque inondation dans le Néguev. Son objectif, toujours le même, discréditer et délégitimer la population arabe israélienne.

Mais le rétro-pédalage de M. Abbas, pour positif qu’il soit, est insuffisant – notamment dans le contexte français actuel, marqué par la problématique de la résurgence de l’antisémitisme et de sa prégnance en milieu arabo-musulman. Compte tenu de l’impact du conflit israélo-palestinien dans “les quartiers”, comme on dit, il est essentiel, au-delà des excuses portant sur l’intentionnalité du locuteur, de dénoncer le contenu même des propos, leur fausseté autant que leur dangerosité.

En France, le rapport fantasmé des Juifs à l’argent, explicite dans les propos de M. Abbas, a dépassé la seule dangerosité. Il est devenu un pousse-au-crime. Il est assassin. C’est pour cela que la rétractation de M. Abbas est insuffisante, pour ce qu’il ne dénonce pas après l’avoir prise à son compte : l’assimilation des Juifs à l’argent. Il est important d’entendre ce démentis de sa bouche.

Il pourrait s’inspirer du communiqué du coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Proche-Orient, Nickolay Mladenov, souvent peu amène à l’égard d’Israël, dans lequel il qualifie les propos sur les juifs de M Abbas, « d’inacceptables et  profondément troublants » : il « … a choisi d’utiliser son discours… pour répéter certaines des insultes antisémites les plus méprisantes, dont la suggestion que la place des juifs dans la société était la cause de l’Holocauste… »

Mahmoud Abbas peut donc et doit donc mieux faire. Le camp de la Paix israélien est suffisamment exigeant et critique à l’égard de ses propres dirigeants pour se permettre la même disposition à l’égard des Palestiniens lorsque cela s’impose.