J’ai bien écouté, et à maintes reprises, le discours en arabe de Mahmoud Abbas devant le conseil national palestinien. Je l’ai écouté en arabe et ai trouvé correcte et fidèle la traduction française qui en fut donnée sur I24News, cette belle chaîne de télévision francophone qui nous renseigne au mieux, non seulement sur ce qui se passe au Proche-Orient et en Israël, mais aussi dans le monde entier.

Il n’ y a donc guère de doute à avoir sur ce que visait l’orateur qui s’est d’ailleurs depuis presque rétracté car il a présenté ses excuses. Enfin, à la face du monde entier, il a dévoilé sa vraie nature et cela prouve aussi que le premier Ministre israélien est dans son droit lorsqu’il déplore l’absence de tout partenaire palestinien pour parler d’une paix réelle entre d’anciens belligérants. Comment voulez vous parler avec quelqu’un qui dit que vous n’avez aucun droit sur la terre où vous habitez, que vos liens, vos rapports avec cette terre, la Terre promise, la terre sacrée du peuple d’Israël, sont fictifs et ne sont soutenus par rien…

Nous allons voir infra que le président palestinien se trompe et que, révérence gardée, il est grand temps pour lui de laisser la place à des esprits moins ramollis. Je regrette cette pointe car plus on y réfléchit plus on se demande comment cet homme, exagérément décrit comme une colombe, peut avoir tenu un tel discours en public…

Mais il est vrai que ce n’est pas la première fois ; il a déjà traité de fils de chien (bel al kalb) l’ambassadeur des USA à Jérusalem ; M. David Friedmann. Il avait aussi gratifié le président Trump d’un tonitruant yahrab beytak (« Que ta maison s’effondre… ») Bref, l’homme doit visiblement aller se reposer car la situation devient intenable pour lui. Les prétendants se pressent au portillon et dans moins de dix jours il va subir une retentissante et cuisante défaire : le transfert de l’ambassade US de Tel Aviv à Jérusalem. Cela fait beaucoup pour un seul homme, qui plus est, octogénaire et réduit à l’impuissance.

Si l’auteur de ces lignes était méchant ou simplement mal intentionné, il rappellerait un passage d’un célèbre roman de Philipp Roth, La tâche : on y voit un doyen de faculté américaine convoquer l’un des professeurs de son institut dont il veut se débarrasser. Il note que cet enseignant n’a pas beaucoup publié depuis sa soutenance de thèse qui remonte à plus de vingt ans. Il lui dit donc ceci : depuis tout ce temps vous vous êtes contenté de recycler les déchets de votre thèse de doctorat

Cela va comme un gant à Monsieur Abbas lequel a soutenu il y a quelques décennies, une thèse de doctorat à Moscou (il ne courait pas un grand risque d’être ajourné ou renvoyé aux corrections) où il développait ce qu’il a résumé oralement devant les télévisions du monde entier : les Juifs n’ont jamais été persécutés pour leur religion mais bien pour leur attitude anti-sociale, en ce sens qu’ils ont imposé à leur environnement chrétien des taux usuraires pour leur prêter de l’argent.

Les persécutions qui se sont abattus sur eux depuis le XIIIe siècle n’étaient pas de nature religieuse ni confessionnelle mais purement sociale et économique. E n gros, dit de manière moins académique, les réactions violentes des victimes de ces taux usuraires ont fini par se soulever et par s’en prendre aux Juifs qui les réduisaient à l’esclavage et à la pauvreté.

Pas un mot sur les autodafés, pas un mot sur les expropriations, les expulsions, les dépouillements des juifs de tous leurs biens, leur interdiction de posséder des lopins de terre et de les travailler pour en vivre, pas un mot sur le zèle convertisseur, non seulement chrétien mais aussi arabo-musulman, pas un seul mot, enfin, sur le traitement de paria infligé à de pauvres hères balotées d’un pays à l’autre…

Donc, il n y a jamais eu de Shoah, puisque les juifs n’ont jamais été persécutés pour leurs croyances religieuses mais bien parce qu’ils étaient des parasites économiques. Certes, M. Abbas a lu quelques auteurs, notamment Karl Marx qui écrivait à la suite de la Question juive de Bruno Bauer (1848) que les juifs étaient les pores de la société capitaliste. En d’autres termes que sans leur apport, ce modèle économique aurait disparu depuis fort longtemps.

Mais M. Abbas va plus loin puisqu’il donne sa propre nomenclature du peuple juif, une nomenclature bien personnelle, divisée en deux catégories antinomiques. Il y a deux types de juifs, ceux qui se sentent bien dans leurs pays d’accueil et les mauvais, ceux qui se sont mis en tête de venir prendre un territoire qui n’était pas le leur. En un seul mot, les sionistes. Aux yeux de ce leader arabe, ces derniers sont détestables ! Evidemment ils occupent un territoire que lui, Mahmoud Abbas revendique pour les siens.

Question : comment, avec de tels présupposés conduire des négociations devant mener à deux Etats avec une personne qui dit que ceux avec lesquels il sera contraint de négocier, sont dans leur tort, n’ont aucune légitimité. C’est un véritable dédoublement de personnalité politique et cela rejoint à peu près ce que le cheikh Yassine proposait peu avant sa disparition : faisons un pacte de non-agression avec Israël, un solh pas un salam, un état de non belligérance d’un siècle. Et à ce terme, nous reprendrons la lutte qui nous mènera à la victoire… Je suis forcé de prêter de si noires arrières pensées à Monsieur Abbas.

Il est un autre point, encore plus choquant au regard de la vérité historique avec laquelle le président palestinien n’a pas contracté un mariage catholique : il prétend qu’au cours des siècles les juifs, exilés de leur terre, disséminés sur toute la surface du globe terrestre, n’ont plus eu aucun contact avec cette terre. Là, notre historien du dimanche se trompe lourdement et n’a jamais ouvert, même en traduction arabe ou anglaise, la moindre Bible, le moindre commentaire rabbinique, le moindre volume du Talmud de Babylone ou de Jérusalem.

Il n’a jamais lu le célèbre poème de Juda ha-Lévi (XIIe siècle) ou de Salomon Ibn Gabirol (XIe siècle) : mon cœur est en Orient tandis que me trouve au fin fond de l’Occident. Les trois prières quotidiennes parlent de la nostalgie de Sion. L’action de grâce après les repas demande à Dieu de nous conduire victorieusement sur nos terres…. Toute la littérature prophétique, post exilique par nature, implore la clémence divine qui doit se concrétiser par un retour des exilés chez eux.

Je recommande au leader palestinien la lecture, même en arabe, du chapitre XXXI du livre de Jérémie qui évoque les pleurs, les larmes amères de la matriarche Rachel, l’épouse du patriarche Jacob ( aussi nommé Israël) : elle pleure et refuse de se laisser consoler… Le prophète lui intime l’ordre de cesser de se lamenter car, dit-il, il y a un espoir concernant ton avenir… Sous-entendu : ce n’est pas fini, rassure toi. Et la conclusion est littéralement : les fils reviendront dans leurs frontières. Cette prophétie s’est réalisée.

A moins que Monsieur Abbas se situe au-dessus des prophètes d’Israël pour ce qui est de l’appréhension intellectuelle, il devrait se documenter un peu mieux et puiser à de meilleures sources.

Durant tout ce exil bimillénaire, en comparaison duquel on peut chez quelques autres, parler tout juste d’errance ou de pérégrinations, les Juifs ont installé dans leur être une indéracinable fidélité à leur terre d’origine… Il est vraiment dommage qu’un tel homme, à un tel âge, et face à un rôle historique qui lui tendait les bras, ait pu se laisser aller à de telles extrémités.

Albert Einstein disait que la première partie de leur vie, les savants étaient utiles à la science mais qu’au cours de la seconde partie ils lui étaient nuisibles.. Il serait donc temps que notre homme passe la main. Je ne vois aucun dirigeant israélien susceptible de prendre langue avec un homme qui fait un tel résumé, déformé et faux, de la situation des Juifs, de leur relation à la terre ancestrale et de leur légitimité trimillénaire.

C’est le meilleur service que cet homme puisse rendre à la cause qu’il prétend défendre depuis tant d’années.