Le président égyptien Al-Sissi fait du forcing pour trouver une solution au conflit inter-palestinien. Il s’est personnellement impliqué dans la négociation pour une réconciliation entre le Fatah et le Hamas.

Les émissaires des deux clans palestiniens se sont rendus au Caire pour entamer des discussions serrées, à huis clos pour ménager les susceptibilités après plus de dix ans de désaccords.

La délégation du Fatah comprend le chef des renseignements de l’Autorité, Majid Faraj, et Fayez Abou Eita, un responsable du parti à Gaza. Le Hamas a délégué son chef à Gaza, Yahya Sinwar, et Salah al-Arouri, cadre en exil tout juste désigné comme numéro deux officiel du mouvement. Il s’agit de négocier précisément les termes d’un accord sous l’égide de l’Égypte.

Le président Al-Sissi compte sur l’épée de Damoclès d’un plan B qui serait imposé d’office si les négociateurs échouaient. Mais bien qu’absent, Mahmoud Abbas pose ses conditions qui risquent de faire capoter les négociations.

Il exige le désarmement total des troupes du Hamas pour que l’Autorité puisse mieux contrôler la bande de Gaza. Pour lui, il revendique «un État, un régime, une loi et une force armée».

En s’inspirant de la situation critique prévalant au Liban, il refuse qu’une milice contrôle une partie de Gaza : « Je n’accepterai pas la reproduction à Gaza de l’expérience du Hezbollah au Liban ».

Le Hamas a certes accepté de dissoudre son comité administratif et manifesté sa volonté d’organiser des élections législatives mais son bras armé, les Brigades Azzedine Al-Kassem, ne se sentent pas concernées par cet engagement. Le porte-parole du Hamas, Hazem Kassem, a bien précisé que «les armes de la résistance sont légitimes.

Leur rôle est de protéger les Palestiniens et de libérer leurs terres de l’occupation israélienne. Par conséquent, cela ne devrait pas être une question à débattre».

Il est donc difficile d’imaginer que le Hamas abandonne ses armes pour la réconciliation car pour lui, cela renforcerait «la domination autocratique du Fatah sur la société et les institutions politiques palestiniennes». Le risque existe qu’avec de l’armement, le Hamas expulse à nouveau de Gaza les partisans du Fatah.

Mais l’Égypte entend soumettre le Fatah en compliquant la situation à Gaza. Elle a cautionné et même renforcé le blocus israélien contrôlant totalement la circulation des personnes, des marchandises, des médicaments, des aliments et des fournitures humanitaires dans et hors du territoire.

Tariq Dana, conseiller politique du site palestinien Al-Shabaka, estime que : «Si le Hamas dépose ses armes, il n’existera plus en tant que mouvement de libération et perdra ainsi la popularité et la légitimité qui sont au cœur de son autorité».

En fait, la plupart des Palestiniens de Gaza, sont opposés au désarmement du groupe parce qu’ils craignent d’être «la cible de plus d’agressions israéliennes à tout moment». Il n’est pas question pour Abbas de permettre une répétition des affrontements de 2007.

Sur le plan politique, Zulfiqar Sweirjo, membre du Comité politique du FPLP marxiste (Front populaire pour la libération de la Palestine) à Gaza, «soutient pleinement les efforts de réconciliation car Gaza connaîtra une nouvelle guerre avec Israël si une solution politique n’est pas trouvée pour soulager les souffrances de la population assiégée.

Si la paix s’impose, le Hamas acceptera de laisser ses armes sous le contrôle du gouvernement d’union». L’Égypte sait que si les Brigades al-Kassem conservent leurs armes, alors ils prendront la tête de la résistance.

Mahmoud Abbas a raison de s’inquiéter du rôle de l’Égypte dans ces pourparlers car en cas d’échec, elle mettra en action son plan B consistant à un accord avec Mohamed Dahlan.

Le Caire ne tente même pas de dissimuler son soutien au Hamas et à Mohammed Dahlan avec une intention marquée de se placer au centre du processus de paix au Moyen-Orient car les Égyptiens sont motivés, dans ces efforts, par leurs propres intérêts.

En fait, depuis que Donald Trump a pris ses fonctions, son administration tente d’amener les Palestiniens et les Israéliens à la table des négociations.

Pour cela, il tente de faire jouer à l’Égypte le rôle de médiateur, supervisant un accord de paix régional qui réunirait les pays arabes du Golfe, Israël et l’Autorité palestinienne. Mais Mahmoud Abbas ne semble pas pressé.

Les chances de réussite des pourparlers de réconciliation ne sont pas élevées. C’est pourquoi l’Égypte est prête à mettre en œuvre un plan B à tout moment, à savoir abandonner la voie actuelle et soutenir les efforts de réconciliation entre le Hamas et Dahlan.

Les Égyptiens sont déterminés à intervenir directement à Gaza, car ils tiennent à leur zone tampon de sécurité avec Israël. Le plan B interviendra si Abbas refuse d’assumer la pleine responsabilité de Gaza.

En effet, depuis l’arrivée du nouveau chef du Hamas, Yahya Sinwar, les relations entre le mouvement islamique et l’Égypte se sont réchauffées au point que de hauts responsables du Hamas affirment à présent que l’Égypte est devenue le «partenaire stratégique» du groupe.

En effet, le Hamas et l’Égypte ont conclu un accord sécuritaire clé sur le Sinaï cette année. Les responsables égyptiens ont salué la coopération en matière de sécurité de Sinwar à son nouveau poste.

Les Égyptiens révèlent que Sinwar a dénié être membre des Frères musulmans et qu’il se souciait seulement des intérêts de Gaza : «Sinwar s’intéresse au projet national palestinien, pas au projet des Frères musulmans».

Selon l’accord conclu par Sinwar, le Hamas s’engageait à fournir à l’Égypte des informations sur les groupes salafistes au Sinaï et à créer une zone tampon frontalière pour empêcher les combattants salafistes d’entrer dans la péninsule égyptienne ou d’en sortir.

D’ailleurs, pour étendre sa zone tampon le long de la frontière avec Gaza, l’Égypte a détruit 140 habitations dans un effort combiné avec le Hamas pour empêcher les transferts d’armes et le passage de terroristes de Daesh.

Par ailleurs Sinwar a conclu un accord similaire avec Dahlan, l’ancien homme fort de Gaza, qui a promis pour Gaza d’importants versements de fonds venant des Émirats.

On comprend les réticences de Mahmoud Abbas qui se sent à présent totalement isolé et on lui prête l’intention de saboter les négociations.

Mais Ahmad Yousif, ancien conseiller politique d’Ismaël Haniyeh, a été clair : «Si le président Abbas n’accepte pas l’initiative égyptienne cette fois-ci, Dahlan sera l’alternative. Si cette série de pourparlers de réconciliation échoue, alors Dahlan sera le roi de Gaza».

Alors que les pourparlers sur l’unité palestinienne se poursuivent, une délégation israélienne est arrivée au même moment au Caire. La rencontre entre responsables israéliens et égyptiens a duré quelques heures au sein même de l’aéroport.

L’Égypte a proposé un nouveau plan pour l’échange de prisonniers entre Israël et le Hamas qui aurait accepté le nouveau plan égyptien. Wait and see.

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