Les Français ont voté et ont désigné Emmanuel Macron comme président de la République avec près de 65 % des voix. Personne n’aurait misé un centime sur son élection il y a seulement un an alors qu’Alain Juppé, puis François Fillon, portaient déjà les habits de président et distribuaient les portefeuilles ministériels.

C’est dire si cette ascension d’un jeune inconnu de 39 ans correspond à un événement historique. Il ne faut pas se voiler la face cependant, le doute avait envahi les esprits durant quelques jours, entre les deux tours, lorsque certains craignaient en France un scénario à la Trump.

Le désastre était possible, pour certains souhaitable, car ils comptaient sur l’apathie des électeurs français pour faire élire Le Pen. Mais n’est pas Trump qui veut. La France est donc soulagée de ne pas être le premier pays européen à donner les clefs à une extrémiste de la droite radicale, xénophobe, raciste et antisémite.

La situation est inédite en France parce qu’il n’y a aucun exemple auquel se référer. Valéry Giscard d’Estaing, déjà jeune pour son époque, avait 48 ans quand il a été élu en 1974.

Mais il avait une longue expérience électorale et ministérielle. Élu pour la première fois député sous la Quatrième République en 1956, il avait ensuite occupé les postes de secrétaire d’État puis de ministre et avait dirigé les Républicains indépendants, petit parti intégré à la majorité.

Emmanuel Macron est arrivé dans la campagne électorale comme un tourbillon balayant tout sur son passage, avec une expérience politique de deux années, pas suffisamment pour apprendre les ficelles et les sournoiseries du métier. Sa présence a fait que la campagne présidentielle fut totalement différente de celles que nous avons connues dans le passé.

Elle s’est déroulée avec une violence anormale faite de colère, de peur et d’intoxication. Il s’agissait d’une guerre de tranchées où le discours politique n’était plus au rendez-vous, remplacé par la haine et l’invective.

Comme en 2012 avec Dominique Strauss-Kahn, le candidat virtuellement élu François Fillon a laissé place à un candidat de substitution. Le « tout sauf Sarko » s’est transformé ensuite en « tout sauf Fillon ». Pendant ce temps, Macron a donné l’impression d’entrer dans le jeu politique par effraction, sans y être invité.

Mais très vite, le feuilleton des primaires et les débats télévisés ont mené la danse. La stupeur s’est emparée de l’électorat qui a dû subir l’élimination des candidats naturels, ancrés pourtant dans les partis centenaires. François Hollande avait décidé de se retirer par sagesse politique et pour sauvegarder les intérêts de son parti.

On croyait Macron totalement novice en politique, mais il avait vite appris après avoir eu l’audace de s’insérer dans l’espace politique entre les Républicains et le PS. Personne ne croyait à l’avenir politique de ce jeunot sans parti, entouré au départ de quelques politiques solitaires et illuminés.

Il était voué à être balayé par des aînés qui avaient derrière eux l’expérience de dizaines d’années de ruses, de traîtrises, de renoncements, bref de politique politicienne. Mais Macron avait une confiance inébranlable en lui. L’Histoire nous dira si son épouse a joué un rôle primordial pour le conforter dans son audace.

Tout le monde s’est trompé de combat. On attendait une lutte d’anciens entre Nicolas Sarkozy, François Fillon et Manuel Valls, un combat de vétérans, devenu anachronique à l’heure du tremblement de terre Macron qui a laissé des cadavres derrière lui.

François Fillon est mort sur la place du Trocadéro après avoir refusé de céder sa place à un gagnant. Mais sa mort politique a entraîné celle de son parti et peut-être demain celle de ses proches aux élections législatives, face à la nouvelle dynamique présidentielle. La droite a été défaite dans un combat qu’elle ne pouvait pas perdre puisque son tour était arrivé.

Mais elle avait trop cru que le combat était gagné alors que le coup de gong n’avait pas sonné.

Dans cette guerre d’egos, la Droite ne s’est pas rassemblée alors que, mathématiquement sur le papier, elle faisait avec Nicolas Dupont-Aignan 24,70%, et que la Gauche unie faisait 26% face à Macron à 24%. Les chiffres bruts permettaient d’envisager une bataille traditionnelle gauche-droite au second tour.

Exit les egos. Exit les Républicains et le PS. Les Français adorent la politique mais il est faux de croire qu’ils ne songent qu’à vivre dans un monde illusoire à base de théorie. De leur côté, les perdants persistent à ne pas s’avouer vaincus parce qu’ils ont toujours espoir que le chaos les ramènera au pouvoir. Ils risquent la grande déception.

Face à Macron, Marine le Pen avait un boulevard avec son parti installé, des troupes au bras tendu en ordre de marche. Mais à l’instar de l’extrême-gauche, l’extrême-droite ne prospère que dans l’opposition ; c’est plus facile et il suffit seulement de taper sur le gouvernement.

Elle ne se sentait pas à la hauteur des défis de la République. On ne gère pas un pays comme on gère une petite mairie de Picardie. C’est pourquoi on ne peut expliquer le dernier débat que si on intègre l’idée d’un suicide politique au moment où le FN était à la porte du pouvoir. Elle n’était pas prête à gouverner.

Mais elle a réussi son coup en instillant la peur et la colère dans les esprits. Trop d’électeurs ont voté pour elle, soit par conviction soit pour manifester leur mauvaise humeur. Mais il reste l’espoir qu’une grande partie d’entre eux reviennent à de meilleurs sentiments si des résultats concrets sont au bout du chemin.

Tout n’est pas perdu. Ce sera le rôle de Macron de ramener à lui les brebis égarées avec des résultats probants.

Fidèle au sentiment breton que lui a légué son père, elle va pouvoir naviguer en paix sur son voilier, maintenant que l’orage est passé, tout en crachant son venin sur la démocratie.

Elle a aussi eu gain de cause puisqu’elle a renvoyé François Fillon dans son château de la Sarthe, Benoît Hamon dans ses études pour parfaire le revenu universel et enfin Jean-Luc Mélenchon dans son rêve permanent de révolution bolivienne.

Elle a surtout permis à Macron de se mettre en marche.

C’est à présent que les difficultés commencent et il faut s’en inquiéter. Macron n’aura pas comme François Hollande la majorité absolue à l’Assemblée nationale, le contrôle du Sénat et la gouvernance dans presque toutes les régions. Les Français ne sont plus patients. La Droite et la Gauche l’attendent en embuscade sauf s’il réalise un grand rassemblement pour forcer les Français à se retrousser les manches ensemble.

À trop attendre les mesures stériles, ils veulent des résultats immédiats ou du moins, une tendance d’un virage politique et économique concret. Tout se décidera dans la première année ; ou la fusée France s’envole, ou elle explose en vol en détruisant tous les espoirs et toutes les certitudes pour plonger le pays dans le chaos définitif.

Mais il n’y a rien de pire que le procès d’intention qui est fait par des hommes politiques déçus. Il faut juger sur pièces en laissant un délai raisonnable au nouveau gouvernement. Macron a instillé une révolution dans les esprits, un renouvellement des cadres politiques, un rajeunissement de la classe au pouvoir, une féminisation accrue du personnel politique.

Seuls des résultats concrets lui donneront raison. Les élections ont scindé la France en deux blocs antagonistes. La tâche du nouveau président sera d’en réunir les meilleurs éléments pour en briser les contours.

En Israël les hommes politiques se sont inquiétés des résultats car le sort des Juifs était en question. Nombreux parmi eux pensent que la carte Macron pourrait servir de dynamique pour mettre le centriste Yaïr Lapid en orbite afin de renvoyer la droite israélienne dans l’opposition.

Une grande connivence existe entre ces deux dirigeants qui partagent la même jeunesse et les mêmes idées sociales libérales. Un espoir pourrait naître en Israël.

Nous voterons à nouveau en Israël pour désigner le député à l’Assemblée nationale qui représentera les Français d’Israël, d’Italie, de Grèce et de Turquie. Là aussi il faudra que le changement ait lieu pour que notre député actuel soit envoyé en même temps que ceux qu’il a soutenus pour leur malheur.

Après avoir choisi Sarkozy contre Fillon, puis Fillon contre Macron, il est temps qu’il retourne à la réalité politique qui ne l’a jamais inspiré. On attend ces jours-ci que Macron désigne son candidat qui devra apporter un souffle nouveau dans la politique franco-israélienne, loin des effets déplacés de manche et loin des vociférations auxquelles nous avons été habitués à la tribune de l’Assemblée nationale.

L’heure est grave car les défis sont à la hauteur de l’Histoire du pays. La France ne peut pas rester à la traîne des Occidentaux, elle qui représente la cinquième puissance mondiale.

Même si nous avons fait le choix de vivre en Israël, nous gardons dans notre cœur le sentiment d’appartenance à un pays qui nous a donné sa culture, sa liberté et sa démocratie.

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