Depuis son arrivée à l’Elysée, Emmanuel Macron, jeune et fougueux président, a été célébré pour son incroyable chance. Un bel alignement des planètes en interne comme à l’international lui procurait une bienveillance inédite, lui ouvrait un précieux boulevard d’opportunités.

Une opposition politique et syndicale en miettes, un leadership international absent pour cause de dérive américaine, de Brexit britannique ou de faiblesse politique allemande. Le contexte était favorable pour que l’astre Macron brille de tous ses feux et déploie tous ses talents.

En interne d’abord, il a pu jusqu’à présent faire avaler les couleuvres les plus rêches. Même son bras de fer avec l’armée, inédit dans sa portée et sa symbolique, ne laissa que quelques vapeurs indolores vite effacées. Sa réforme du code du travail, que ses détracteurs prévoyaient comme l’infranchissable muraille qui allait lui casser son élan, passa presque comme une lettre à la poste ouvrant ainsi la voie à des réformes de structures beaucoup moins consensuelles comme le statut de fonctionnaires.

À l’international, Emmanuel Macron profita du discrédit général qui a entaché le président américain Donald Trump, de la perte d’attractivité que la première ministre ministre britannique Teresa May rencontre après le Brexit et la gestion de ses conséquences, de la perte d’autorité qui marqua le leadership de la chancelière allemande Angela Merkel alors qu’elle tentait de se tricoter difficilement un quatrième mandat.

Ce contexte favorable à Emmanuel Macron lui a permis de se livrer à de grandes démonstrations verbales, des discours riches et diserts sur le destin de l’Europe, la paix dans le Monde ou la lutte contre le terrorisme. Était-ce une illusion d’optique ? Mais pendant ses séquences internationales bien travaillées, Emmanuel Macron donnait cette étrange impression d’avoir redonné à la parole française une originalité et une attractivité qu’elle semblait avoir perdu à jamais.

Face à cette situation, plus rien ne semblait arrêter cette fulgurante ascension doublée d’une puissante installation dans les esprits d’Emmanuel Macron. Il est vrai que la bienveillance de l’opinion pouvait s’expliquer par les attentes de résultats économiques qui par nature, demande du temps et exige de la patience. Mais en attendant, aucune personnalité de l’opposition ne peut prétendre jouer son rôle avec une grande efficacité.

Ni Marine Le Pen engluée dans la gestion post-traumatique de son échec à la présidentielle et dans de sempiternels règlements de comptes familiaux, ni Jean Luc Mélenchon de la France Insoumise qui ne parvient pas à se débarrasser de ce halo clivant qui fait peur et démobilise, ni Laurent Wauquiez, le tout nouveau patron des républicains qui se cherche encore un projet et une posture, encore moins les socialistes de l’ex rue Solerino à la recherche d’une nouvelle ADN politique pour se reconstruire et exister.

Les premières difficultés d’Emmanuel Macron, les premiers grincements de dents qui entachent dangereusement cette gouvernance jusqu’à présent presque idyllique, proviennent de son casting gouvernemental. Dans le sillage de la tempête Harvey Weinstein qui libéra sur le plan mondial les paroles des femmes victimes de viol, deux ministres du gouvernement Edouard Philippe sont dans la tourmente.

Le premier est Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publiques, accusé dans une autre vie par une escorte girl d’avoir monnayé un passe-droit contre des faveurs sexuelles. Le second est Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique dont la réputation est entachée par des accusations de viols formulées contre lui par une des petites filles de François Mitterrand, Pascale Mitterand, mais prescrites par la loi.

L’ampleur du désastre politique pour Emmanuel Macron est à jauger à l’aune du scandale politique et médiatique qui touche deux des plus précieuses icônes de son casting gouvernemental.

Deux prises de guerre inestimables. Le premier, Gerald Darmanin, une étoile montante de la droite post Nicolas Sarkozy, un de ses dynamos économiques qui a rejoint Emmanuel Macron donnant de la crédibilité à sa tentative de casser les frontières traditionnelles entre la gauche et la droite et de créer un nouveau monde et une nouvelle manière de pratiquer la politique.

Le second est Nicolas Hulot, une icône incontestable de l’écologie qui a octroyé à l’ère Macron une légitimité de parole sur un sujet aussi actuel et aussi vital que le préoccupation écologique.

Face à ces deux scandales, Macron et son gouvernement font bloc. La solidarité est de rigueur. Quitte parfois à se livrer à des entorses sur la bataille de l’égalité homme/femme, transformée pour l’occasion en grande bataille du quinquennat comme l’attestent les silences calculés de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes. Il n’empêche que le feu a pris dans la maison Macron.

Ni Darmanin, Ni Hulot malgré l’épais élan de solidarité qui les entoure de la part de leurs collègues et de leurs hiérarchies, ne peuvent plus livrer leurs prestations ministérielles dans des conditions de sérénité nécessaires. Leurs réputations sont entachées par un doute persistant, leurs images plombées par les effluves du scandale.

Et toute la question qui taraude les esprits aujourd’hui, même les plus bienveillants à leurs égards est la suivante : jusqu’à quand peuvent-ils encore rester ministres ? Et comment Emmanuel Macron va-t-il pouvoir gérer cette crise au sein de son casting gouvernemental ?

Par une posture d’autruche sur le ton «il n’y a pas de problème donc aucune nécessité d’agir» ou va-t-il prendre le taureau par les cornes et scarifier Darmanin et Hulot sur l’autel de l’exemplarité demandée à l’ensemble du personnel politique et dont la gouvernance Macron a fait son cri de ralliement et sa ligne de conduite ?