La fête de Pessah est sans aucun doute le ciment de notre identité juive, le mortier nous ayant permis d’ériger notre édifice national. Les larmes de peine des nos ancêtres se sont muées en larmes de joie. Nous sommes devenus un peuple libre.

Cependant le récit de la fête ne reste pas moins qu’une énigme, une zone d’ombre que j’aimerais tant pouvoir éclairer.

La Hagada, qui pourrait aussi être traduite par « légende », nous fait part du périple rocambolesque de la sortie d’Égypte.

Ces images aux dimensions pharaoniques se dessinent dans mon esprit depuis mon enfance. La sortie d’Égypte agite mon imagination qui cogite sans cesse, tentant de peindre ces tableaux qui sortent de l’ordinaire. Ces couleurs et ces contours font partie notre mémoire collective.

Visualiser la mer qui se fend en deux à l’instant où les enfants d’Israël se mettent à marcher vers ces profondeurs. C’est aussi cela la magie de Pessah, recréer le miracle dans notre conscience.

En dépit de mon amour pour cette chronique romanesque, il m’arrive parfois de retomber dans l’abysse du scepticisme. C’est alors qu’apparaît à la surface comme flottant sur les vagues de la mer rouge, cette terrible question : est-ce vraiment arrivé ?

Comment six cent milles esclaves ont ils pu s’échapper ? Les dix plaies me semblent soudain tout aussi improbables que le miracle de la manne, cette nourriture céleste ayant garanti la survie des Bnei Israel pendant leur traversée du désert. Je rationalise… et c’est ainsi que je perds le message essentiel de la fête.

Cela me semble trop gros, trop grand , trop difficile à concevoir pour ma petite tête. Il me faut changer d’approche. Alors je laisse tomber le mythe pour me plonger entre les lignes, évitant ainsi le risque de la noyade.

Je me concentre sur l’enseignement, sur la morale , sur ce que finalement veut la mitsva de Pessah, Hagada venant du mot « lehagid », raconter.

Et si l’Égypte n’était qu’une paraphrase, une métaphore ? Un moyen de nous rappeler que cette terre d’esclavage existe en nous. Que ce Pharaon tyrannique n’est autre que nos accoutumances, nos mauvais penchants, nos vilaines habitudes qui font obstacle à notre vérité intérieure.

La sortie d’Égypte que nous sommes appelés à expérimenter par nous-même est cette sortie de nos travers, dans lesquels nous sommes parfois englués. Aucune Torah ne pouvait nous être donnée dans de telles circonstances.

Il faut donc sortir, fuir et être prêt à se mouiller, et en tout instant croire en nos forces et celle de notre créateur, notre guide qui nous montre toujours la voie.

Une autre voix est celle qui existe en nous et nous parle constamment. Comme l’a dit le Rabi Nahman de Breslev  » il existe deux voix à l’intérieur de l’homme, la plus fluette des deux, vient de son âme et jamais ne pourra lui mentir ». Le soir du Seder c’est le moment de l’écouter.

C’est donc l’occasion maintenant de choisir, de décider et de marcher avec foi et détermination. Pour nous lundi soir aussi la mer s’ouvrira.

Hag sameah.