Chère Madame Cohen,

Me voici toute interpelée, interloquée, « impressionnée » devant cet élan littéraire de votre part, au sujet de l’une de facettes de ma multiple personne aux multiples identités.

Non contente de n’être née sous le signe des Gémeaux, ne voilà pas qu’il faille je me retrouvasse née sous le sceau d’un Judaïsme duel.

Celui héritier d’une longue Histoire de 2500 ans d’âge sous le soleil de la Méditerranée Marocaine, et cet autre, scellé aux fers des pires cauchemars pogromesques et Shoatiques des steppes de l’Oural et de l’échappée belle des barbelés Aushwitziens.

Une dualité n’en chassant pas une autre, il s’avère que jusqu’au simple détail de mon identité administrative, ce ne sera pas une, mais deux cartes d’identités, deux passeports, deux vies parallèles qui cohabiteront, jusqu’au restant de ma vie, ensemble, dans mon sac à main. L’une Française, l’autre Israélienne.

Votre article a sonné les cloches de toutes ces personnes-là à la fois.
Et quel tintamarre, laissez-moi vous dire !

J’ai bien tenté de me retrouver dans l’un de vos paragraphes, l’une de vos analyses ou encore une autre de vos certitudes.

Que nenni.

Niente. Kloum. Wallou. Rien.

J’ai tenté d’imaginer votre bureau au CNRS, votre salon, votre cuisine, votre passé, votre futur…

Pour essayer de comprendre les motivations d’un tel article, l’ambiance, le décor, vos conditions de travail, vos projets, vos regrets, vos collègues, votre environnement, votre situation familiale, la façon dont vous vous déplaciez pour vous rendre à votre espace de travail au Centre National de Recherche Scientifique de cette France qui m’a vue grandir, puis fuir, puis revenir, puis préparer son nouveau départ.

Un peu comme vous, en somme.

Vous m’analysez, me statistiquez, me répertoriez, me fichez, me cataloguez, m’amalgamez, me mélangez, me disséquez, m’observez.
Pourquoi pas ? Nous sommes bien en démocratie et la liberté d’expression y est reine.

Votre façon de diviser les Juifs de France en deux m’indispose.
Ce n’est pas à cette caricature de la dualité que je suis que « vous allez le faire », passez-moi l’expression !

Le Judaïsme, le regard qu’a chacun et chacune des Juifs de France est un univers à part entière.

Notre avis, notre attitude, notre passé, notre futur, notre relation, notre fusion, notre rejet, notre analyse, notre connaissance, notre histoire, notre osmose, notre aventure avec ce pays qu’est Israël appartient à chacun et chacune d’entre nous.

J’aimerais avoir la prétention, la « houtzpa » qui vous anime pour oser pondre un tel pamphlet.

Malheureusement, ou grâce au Ciel, à mon éducation, à mon histoire de vie, à ma nature, je ne le ferai jamais.

Cette question est si complexe, si particulière, que bien malheureux celui ou celle qui s’aventure sur ce chemin cabossé de la tentative de cataloguer son prochain, Juif ou Juive de surcroît et son rapport à Israël.

Chère Madame, je ne m’étendrai pas sur ma relation, mon histoire, mon avis, mon osmose ou mon rejet d’Israël avec vous.

Je vous souhaite, en ces jours de fêtes, de bénéficier du miracle que vous méritez surement : Trouver (la paix en vous et en votre prochain). Et non plus seulement chercher.

Bien à vous.

Hag Sameah