Parlons de l’essentiel. Une marche blanche a réuni, il y a quelque jours, à Paris des dizaines de milliers de personnes venues communier ensemble autour du souvenir de Mireille Knoll, trois heures à peine après ses obsèques au cimetière de Bagneux.

C’était le temps du deuil, de celui qui impose une gravité d’autant plus grande que cette mort fut le résultat d’un crime odieux rapidement qualifié d’antisémite par le Parquet. On se souvenait alors en marchant dans les rues du 11ème arrondissement que pas tout à fait un an plus tôt (3 avril 2017), Sarah Halimi « était assassinée dans des conditions assez similaires ».

Mais le silence radio prévalait en pleine campagne pour les présidentielles. Il fallait cacher sous le tapis cet antisémitisme que l’on ne devait pas voir. Pour Mireille Knoll, la classe politique dans son ensemble a pris enfin la pleine mesure de l’atrocité de ce crime. Le président de la République s’est rendu aux obsèques religieuses.

Tous ont condamné ce meurtre antisémite avec une émotion réelle car c’est la France qui est en échec lorsqu’une vieille dame, seule, handicapée, ne peut être protégée par son pays. L’antisémitisme n’est pas une épidémie mais une maladie chronique potentiellement mortelle. Un peu de baume et quelques pansements pour soigner un cancer !

Alors lorsque les politiques s’invitent à une telle marche blanche il y a forcement une suspicion lorsque ce n’est pas de la colère. Je me suis trouvé un peu par hasard, j’y reviendrai, au milieu du cortège officiel, auprès des ministres. Nous étions tellement comprimés les uns contre les autres, que les escortes policières ne suivaient plus leur personnalité. Le ministre de l’Intérieur m’écrasait littéralement lorsque, bien malgré moi, j’en faisais de même avec la ministre de la Culture…

Francis Kalifat avait prévenu que le Front National et les Insoumis ne seraient pas les bienvenus. Pourtant un tweet émanant du Crif avait été publié la veille annonçant la présence d’Alexis Corbière, député et porte-parole de la France Insoumise.

Capture d’écran du tweet publié par le Crif

Ce même Alexis Corbière qui avait échangé longuement au téléphone avec le président du Crif quelques heures plus tôt.

Sachant cela je n’étais pas surpris lorsque deux amis journalistes, bien connus de la communauté juive, m’ont mis en relation avec Alexis Corbière qui m’a proposé de rencontrer Jean-Luc Mélenchon dans un café du boulevard Voltaire, une trentaine de minutes avant le départ de la marche.

C’est ainsi que je me suis trouvé attablé face au leader insoumis dans une discussion que je n’aurais jamais imaginée. Elle fut cordiale. Nous avons parlé de la communauté juive, de son discours la veille à l’Assemblée Nationale pour rendre hommage au malheureux gendarme assassiné, nous avons évoqué la représentativité du Crif et je lui ai expliqué, suis-je parvenu à la convaincre, que le Crif était représentatif de la communauté dans sa grande diversité.

Il voyait en Francis Kalifat un homme seul, tout puissant ne représentant pas grand monde. Et puis vint le moment pour Mélenchon et les élus qui l’accompagnaient de sortir. Gérard Collomb était à 5 mètres de nous, le périmètre devait donc être sécurisé. Il savait que certains lui seraient hostiles. Il me dit alors : « Si nous sortons ensemble c’est un acte de courage pour moi et de l’inconscience pour vous ».

Je l’ai donc laissé sortir en premier lui emboîtant le pas. En quelques secondes une quarantaine de membres de la LDJ, informés de sa présence dans ce café, lui sont tombés dessus, chacun a vu les images de la suite. Pour ma part j’ai été bousculé, mis à terre et piétiné. Reprenant mes esprits, le groupe LFI avait été exfiltré et je me trouvais embarqué dans le cortège officiel pour poursuivre la marche.

Ma démarche ne consistait pas à soutenir Mélenchon et ses troupes. Je combats ses idées sur Israël, son soutien au BDS. J’ai pourtant partagé une demi-heure avec lui que je ne regrette en aucune façon. Le dialogue grandit et permet de construire des ponts là où le silence fige les positions.

Je reverrai probablement Mélenchon et Corbière pour parler de la lutte contre l’antisémitisme, leur demander de clarifier leur position, leur faire connaître la réalité d’Israël. En cela aussi la mémoire de Mireille Knoll est une bénédiction, elle permet des rencontres improbables et le début je l’espère du passage de la parole aux actes.