Ce blog a été publié le 20 octobre, trois jours après que le Rabbi Freundel en charge de nombreuses conversions aux Etats-Unis ait été inculpé pour voyeurisme.

Bienvenue dans le monde de la conversion

Je suis l’une des converties de Rabbi Barry Freundel. Il était mon rabbin et le premier signataire de mon dossier.

Pendant longtemps, j’étais furieuse à propos de ma conversion, de la conversion en général et de la manière dont j’ai été traitée dans la communauté juive. J’ai hésité à parler parce que j’avais peur de faire chavirer le navire, qui contient non seulement moi, mais aussi mon mari et mes enfants. Compte tenu de ce scandale, qui a fait chavirer toute ma vie, y compris mon navire de conversion, je n’ai plus peur de dire ce que je pense.

Une grande partie des écrits sur ​​la conversion partent du point de vue de nés Juifs et de rabbins. Quelques convertis seulement sont prêts à parler. Nous avons peur. Nous sommes des victimes. Nous sommes menacés et jugés. C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire une charte pour moi-même et les autres convertis.

Une liste de ce que je méritais lors de ma conversion et maintenant, mais que j’avais trop peur de demander.

1. Les convertis sont dans un état ​​d’incertitude permanente. Pendant le processus, on ne nous dit jamais combien de temps cela prendra. Nous ne pouvons pas nous marier si nous fréquentons quelqu’un, ou fréquenter quelqu’un si nous sommes célibataires.

Nous perdons le contrôle des choix les plus importants de nos vies et les remettons aux mains d’hommes étrangers pour une durée indéterminée.

J’étais incapable de donner une date à un nouvel emploi, de communiquer à mon ancien poste un préavis, de signer un bail sur un nouvel appartement ou de fixer une date de mariage parce que je suis restée dans l’ignorance sur le temps que prendrait ma conversion.

Des jours ? Des semaines ? Des mois ? Une année ? Plusieurs ? C’est de la torture psychologique. Une estimation approximative et un plan clair pour savoir comment avancer pour atteindre la ligne d’arrivée, le mikvé, c’est le minimum qu’un converti mérite.

2. Nous n’avons pas d’organisation ou d’individu sûr vers qui nous tourner si nous estimons que nous avons été victimes, manipulés ou trompés par nos rabbins.

3. Les coûts raisonnables de la conversion devraient être clairement définis dès le départ. C’est une plainte que j’ai entendue de nombreuses fois.

Les candidats à la conversion qui avaient déjà largement entamé le processus, et passé un temps considérable au Beit Din, ont été informés de frais obligatoires de milliers de dollars, tous au début de la procédure.

4. Les communautés ont des comités d’accueil pour les Juifs qui déménagent dans la région, mais pas pour les convertis. Pour se convertir, de nombreuses personnes doivent quitter leurs maisons et déménager dans des villes étrangères.

Elles doivent passer des repas de Shabbat seules, isolées des groupes sociaux que les nés Juifs forment grâce à leurs familles, écoles et mouvements de jeunesse. Accueillez le « guer » (converti en hébreu), avant même sa conversion.

Je ne connais pas un seul converti qui, après avoir terminé le processus, n’a pas eu de problèmes de confiance dans les rabbins après le traitement reçu lors de sa conversion.

Ma conversion m’a personnellement appris à être craintive et méfiante des rabbins, et vu le scandale qui a transpiré autour de mon rabbin de conversion, ma méfiance personnelle s’est vue confirmée cette semaine.

Les rabbins doivent être conscients des dommages du processus de conversion sur la santé spirituelle et émotionnelle de leurs fidèles et tenter de rétablir leur confiance.

5. Les convertis sont constamment priés de discuter de questions extrêmement personnelles par des inconnus dans des cercles sociaux. Nous ne sommes pas des étrangers venus d’une autre planète. La plupart des convertis, y compris moi-même, essayent d’éviter de mentionner son statut à tout prix devant des étrangers aux repas, fêtes et événements afin d’éviter ce genre d’intrusion dans nos vies personnelles.

Donc, non, devant 15 personnes à un déjeuner de Shabbat, je ne veux pas crier dans le vacarme de la conversation mon parcours spirituel personnel.

C’est une intrusion dans ma vie privée pour satisfaire la curiosité de quelqu’un d’autre.

6. Aidez-nous sur les questions de rituel juif. Cela concerne aussi bien les membres de la communauté que les rabbins. Quand un converti se marie, fait une brit ou une bar-mitsva à son fils, nous agissons à l’aveuglette.

Nous n’avons pas de mère à appeler pour demander comment procéder (même si je suis personnellement bénie d’une incroyable belle-mère). Si vous connaissez un converti sur le point de célébrer un événement important, demandez-lui s’il a besoin d’aide.

7. Si les convertis doivent fournir leurs « papiers » prouvant leur judéité pour une école, une synagogue ou un mariage, demandez la même chose aux nés Juifs. Je ne fournirai plus mes documents jusqu’à ce que mon mari soit également prié de montrer une photo de la Ketouba (acte de mariage religieux) de ses parents ou d’une pierre tombale d’un ancêtre.

8. Le processus de conversion pour ceux dont le père est juif devrait être accéléré et unique. Je suis née d’un père juif et j’ai été élevée dans le judaïsme réformé. Je ne savais pas que je n’étais pas juive halachiquement jusqu’à un voyage de Birthright (grâce à mon guide qui m’a gentiment expliqué la troublante vérité).

Pendant le processus de conversion, j’ai été traitée avec le même dédain et mépris inacceptable accordé aux filles qui se convertissent pour le mariage.

Les mariages mixtes sont la plus grande menace de la vie juive de diaspora. Aidez les candidats de filiation patrilinéaire, dont beaucoup tentent de se convertir dans le courant orthodoxe, à corriger les erreurs de leurs pères. Ils doivent être accueillis de nouveau dans le peuple juif, et non rejetés comme des cabots à une exposition canine.

9. Les convertis méritent d’être traités avec le même amour et soin que les orphelins juifs à partir du moment où ils deviennent juifs. On nous donne de nouveaux noms, nous devenons fils et filles d’Avraham, le patriarche. On nous demande de renoncer à nos familles à bien des égards. Mon défunt père, pourtant né Juif, n’est pas mentionné comme mon père sur ma Ketouba.

Même moi, en tant que Juive patrilinéaire, j’ai renoncé à une grande partie de ma relation avec ma famille juive pour devenir orthodoxe. Je ne peux plus passer les fêtes avec ma famille, je ne peux plus manger leur nourriture.

Immédiatement après la conversion, je me suis mariée et j’ai rejoint une famille merveilleuse avec qui je peux le faire, mais je ne serai plus jamais à la table du Seder de ma tante, à entendre mon oncle se plaindre de la longueur de la Haggadah, et cela m’attriste.

Les Juifs qui entrent dans ce peuple comme adultes sans partenaire, comme je l’ai fait, sont encore plus misérables. Ils passent Shabbat seuls, ils grappillent des invitations pour les fêtes, ils reçoivent les pires propositions de shidduch (partenaires potentiels pour le mariage), ou pas du tout.

Il n’existe pas de groupe aux Etats-Unis ou en Israël (à ma connaissance) dont la seule mission est d’aider à l’adaptation des convertis dans la communauté juive. Un converti n’est peut-être pas né Juif, mais nous sommes encore des Juifs pour ce qui est du besoin de chaleur et de soutien.

10. Nous ne devrions pas avoir à vivre dans la peur éternelle sur l’état de notre conversion. Je ne devrais pas avoir peur que les actions d’un rabbin de mon Beit Din puissent signifier que ma conversion ne sera pas universellement respectée.

Mon premier instinct après avoir entendu les méfaits de Rabbi Freundel fut le choc, puis la peur.

Peur pour mon état​​, peur de ce que cela signifierait pour ma fille et mon enfant à naître. Je vis une vie juive orthodoxe depuis le moment où je suis sortie du mikvé.

Je ne devrais pas à avoir peur de la façon dont les actions d’autres personnes, sur lesquelles je n’ai aucun contrôle (mais qui à un moment donné ont eu beaucoup de contrôle sur moi) pourraient m’affecter, moi ou mes enfants. Je n’ai aucune indication que ma conversion est compromise en ce moment [elle a été confirmée depuis]. Pourtant, je vis dans le monde réel où j’ai vu cela se produire trop souvent.