L’orthodoxie juive s’est développée depuis deux mille ans dans plusieurs pays, pays dans lesquels les juifs avaient non seulement un statut d’étranger mais s’y sentaient également étrangers. C’est ainsi qu’ils n’ont pas développé la volonté de participer à la défense de leur pays d’accueil.

La situation n’a pas changée pour les juifs orthodoxes qui s’installent dans l’état d’Israël. Ils n’acceptent pas l’indépendance du peuple juif par un mouvement laïc tel que le sionisme.

A leurs yeux, l’étude de la Torah est considérée comme un devoir communautaire qui est le but principal dans la vie de chaque individu. Par conséquent, l’étude de la Torah est pour eux bien plus importante que le service militaire.

Mais les factions laïques en Israël, telles que les partis dirigés par les Lapid, père et fils, exigent sous le slogan «fardeau égal» que les juifs orthodoxes servent dans l’armée tout comme les autres citoyens. Ils oublient donc le principe de base du sionisme pratique (courant auquel appartenait Ben Gourion), celui du Halutz (pionnier).

Le Halutz n’entend pas à ce que tout le peuple d’Israël le suive, il est certain que le peuple entier finira par se joindre à lui, mais il ne demande pas à ce que ce soit immédiat. La croyance du Halutz a conduit à de grands développements en Israël, comme par exemple la création des unités de forces spéciales «Sayeret», qui est d’ailleurs très importante en Israël.

Les orthodoxes n’utilisent pas le concept du Halutz pour décrire et justifier leur position contre la majorité d’Israéliens qui sert dans l’armée. Ils mentionnent l’ancien Midrash sur l’arrangement prévu entre les tribus Yissachar et Zevulun : Yissachar étudierait la Torah et Zevulun, lui, subviendrait à tous ses besoins ; les deux se partageraient les rétributions accordées à Yissachar dans le monde d’après.

Pour beaucoup d’Israéliens un tel arrangement n’est pas acceptable. Ils demandent que la loi soit appliquée à tous et de façon égale. Et c’est également la position de la Haute Cour de Justice. Mais la notion d’«égalité ici et maintenant» n’est pas applicable à la situation donnée. Que faire alors ?

La solution qui émergera sera probablement la solution suivante : la Knesset promulguera une loi que la justice annulera, et ainsi de suite. Chaque cycle durera environ une ou deux années. Et d’ici quelques dizaines d’années, un certain équilibre sera atteint.