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L’Occident et Israël

C’est à la lumière de l’enseignement biblique qu’au fil des siècles s’est formée une sagesse juive qui continue d’habiter le peuple juif et l’État d’Israël. Une sagesse faite de mémoire, de vigilance et de débats. En Israël, la démocratie est souvent bruyante, parfois tumultueuse, mais la parole y affronte la parole sans que le désaccord doive nécessairement conduire à la violence. La justice sociale demeure un idéal inachevé, mais les progrès accomplis sont réels. Dans l’adversité, Israël a su forger des alliances, surmonter des crises économiques et des guerres, développer une société résiliente et trouver, au fil du temps, de nouveaux appuis.

Pourtant, lorsqu’il s’agit d’Israël, le regard porté sur lui semble souvent obéir à des exigences particulières. Les standards médiatiques peuvent devenir plus sévères, les fautes plus visibles, les nuances plus difficiles à faire entendre. Il arrive même que les adversaires d’Israël soient regardés à travers un prisme plus indulgent, tandis que les tragédies qui se déroulent ailleurs dans le monde retiennent moins longtemps l’attention. Ce décalage mérite au moins d’être interrogé.

Peut-être faut-il en chercher une part de l’explication dans l’héritage même d’Israël. Le grand cadeau des prophètes d’Israël à l’humanité est peut-être cette espérance inlassablement renouvelée d’un monde réconcilié : le temps où les peuples transformeront leurs épées en socs de charrue, où la justice accompagnera la paix et où l’humanité apprendra enfin à vivre sans se détruire. Que l’on attende ou non le Messie, l’idéal messianique demeure une boussole : il indique une direction, il rappelle ce que le monde pourrait devenir.

Peut-être est-ce le revers de cet immense héritage prophétique. Parce qu’Israël a été porteur d’une espérance qui dépasse les frontières d’un peuple, on attend de lui davantage qu’une simple conformité à la réalité humaine. On le mesure parfois à l’aune de l’idéal qu’il a contribué à faire naître. Et lorsque l’idéal est placé si haut, l’écart avec la réalité est perçu comme étant d’autant plus grand, et la déception est d’autant plus vive.

Aussi Israël ne peut finalement s’en remettre qu’à sa propre conscience. Il lui appartient de regarder son histoire sans complaisance, de tirer les leçons de ses erreurs et de ne jamais renoncer à l’idéal de justice qui lui a été transmis.

Alors revient à l’esprit la parole de Balaam. Il était parti pour maudire Israël et, contre toute attente, il se mit à le bénir. Depuis les hauteurs de Moab, il prononça cette parole mystérieuse : « Voici un peuple qui demeure à part et qui ne se compte pas parmi les nations. » (Nombres 23-9).

Être « à part » ne signifie pas être au-dessus des autres. Cela peut signifier porter une responsabilité particulière : celle de rester fidèle à une mémoire, mais aussi à une espérance. Peut-être est-ce là, au fond, l’une des leçons les plus exigeantes de la Bible : le peuple du Livre n’est jamais seulement dépositaire de son passé ; il est aussi porteur d’une espérance qui, au-delà de lui-même, s’adresse à l’humanité tout entière.

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique à l’École de technologie supérieure. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art. Il est aussi Président du Dialogue judéo-chrétien de Montréal.
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