On est en droit de se demander pourquoi la région Israël/Palestine est celle qui, malgré sa taille, retient l’attention des journalistes et de leur public plus que toute autre?

Pourquoi cette région fait-elle l’objet de la majorité des résolutions prises à l’ONU?

Ceci démontre d’une part, que le récit biblique qui parvient de l’Age de bronze, et l’enracinement que celui-ci a dans les consciences modernes, est toujours prioritaire.

Ou aussi peut-être que l’humanité a un niveau d’attention qui n’arrive pas encore à diversifier sa concentration sur plus de sujets.

On a beau parler des problèmes du Rwanda, du Congo, des Amérindiens, des catastrophes en Asie ou des typhons peuvent faire des centaines de milliers de victimes, de la pollution de la planète, d’appauvrissement, de séparation des classes sociales, de disparition d’espèces vivantes, de crises économiques et frontalières en Europe de l’Est, d’épidémies endémiques, et d’autres problématiques globales touchant l’humanité entière. Le sujet du coin de terre entre la méditerranée et la mer rouge est celui qui plus que tout autre, fait bondir les gens dans la rue, intervenir des chefs d’états, publier des centaines de pages d’articles, parler les radios, télé, et émissions sur le web et toutes les ondes possibles.

C’est une sorte de dictature de l’attention du public. Une sorte de Coca Cola-isation, pour ne pas dire colonisation, des sujets prioritaires.
Sans nier les difficultés locales de cette région du Moyen-Orient, et sans nier la tragédie d’un conflit qui fait des victimes de part et d’autre entre israéliens et palestiniens, on peut se demander pourquoi cette situation est mise en avant au détriment de beaucoup d’autres, qui ont un tableau de bord encore plus tragique, et objectivement plus urgent à résoudre.

Cette opération de l’esprit, qui consiste à attirer l’attention ailleurs, n’est pas inconnue des magiciens de cirque, et ravit le public qui accepte d’être dupe tout en sachant qu’il est proie au subterfuge.

Aujourd’hui, souvent, les Musulmans occupent la place des Juifs pendant des siècles, celle de l’étranger responsable des maux de la société, diabolisés, tant qu’il est possible de faire souffler le vent de la mécontente. Dans de nombreux pays Musulmans, les Juifs sont encore prioritaires d’attention négative, et tenus responsables des problèmes locaux par les têtes pensantes et décideuses, alors qu’ils n’existent plus dans ces pays. Le soutien apporté par la culture religieuse venue de l’Age de bronze et prise comme argent comptant, est une source qui nourrit ces discours par le biais de rituels, de calendriers, de plongées dans les textes sans interrogations.

En occident, cet attachement à l’antiquité fut suffisant pour provoquer les mouvements de masses connus comme les Croisades. Celles-ci furent l’occasion de cruautés et d’inhumanité épiques. La croyance à un accès au Paradis dans le Ciel justifiait la création d’un Enfer sur terre. Et le nom de Jérusalem était assez pour des millions de gens, pour permettre leur dévotion au point d’offrir leur vie en sacrifice et celle des autres comme tableau de chasse.

L’esclavage des Noirs était justifié, ne l’oublions pas, par le faux mythe de Ham le fils maudit du Noé biblique.

Des dizaines de millions d’êtres humains ont perdu la vie et leur liberté au nom des croyances sans interrogations dans le récit biblique. Les Amérindiens se virent réduits au statut d’animaux encombrants, dont la survie ne comptait guère plus que celle des bisons de leur continent.

Ils ne faisaient pas partie du récit biblique, donc, ils n’existaient pas. La culture biblique, dont le Coran, met en valeur une partie du monde, une histoire de tribus humaines particulières, au détriment de toutes les autres qui n’ont pas eu le privilège de faire partie de la révélation divine.
Ce championnat de l’âme, de l’attention humaine, n’a pas donné les résultats les plus impressionnants en ce qui concerne la compassion et l’amour envers le vivant. L’Ego de la dominance sur l’autre, que ce soit par les armes, par la priorité religieuse, ou par l’attention narrative, est la triste réalité qui résulte du pop-monothéisme qui fait la « Une » de Karachi à Ankara, en passant par Téhéran et Damas, Jérusalem et Gaza, les pays du Golfe, certains pays Africains, et l’Occident Chrétien.

Tout ce monde semble observer le Moyen Orient comme si une réponse magique devait en provenir pour leur faire réaliser un fantasme ou leur existence deviendrait par cela investie de signification. Tout ce monde est comme un village autour du lit d’un malade, en attente que celui-ci leur donne la clef de la santé. Malheureusement, la famille religio-socio-ethnique de ce coin du monde n’a pas de réponse. Tout ce qu’elle a a démontrer, c’est son incapacité à venir à bout de haines qui se basent sur des divergences d’interprétation d’un message qui se dit porteur d’amour de l’autre.

Soixante ans de guerre, c’est la démonstration d’un échec, de tous les côtés du conflit. On peut en être sur, quand la question se pose aux protagonistes de cette guerre, on entendra le blâme de l’autre. Si la similarité entre les cultures ne suffit pas pour créer des ponts d’entente entre elles, et que ces cultures s’évertuent à marquer les différences comme preuves de supériorité, c’est un échec qui doit être médité, non seulement par les acteurs de ces cultures, mais par ceux qui en témoignent de par le monde.

Qu’un enfant ou une grand-mère Rwandaise doive se rendre à l’église, pour entendre parler de Jérusalem, en attendant que la délivrance de son âme vienne d’un endroit ravagé par des siècles de haine, pour palier a la haine dont son pays fut victime, c’est le comble de l’absurdité.

C’est la même chose pour un enfant Nigérien élevé dans l’Islam, ou un descendant Européen des victimes des camps de concentration élevé dans le Judaïsme. La priorité donnée au conflit Israélo-palestinien n’a rien à leur offrir, autre qu’un palliatif, une distraction morbide, et un exutoire répétitif a leur réalité.

C’est une obsession dont on ne sort pas indemne, une identification a un temps révolu, d’épées, de chevaux, de chameaux, et de conquêtes de montagnes sacrées, qui ne fait qu’attiser la gloire fictive dans la différence, le leurre de la supériorité au nom d’un livre, et surtout qui avale notre temps sans jamais nous le rendre.