Tout est question de propagande et de guerre psychologique. L’Iran veut prouver que les sanctions ne l’atteindront pas et qu’il peut continuer à s’armer localement. Dans une sorte de réponse implicite à notre dernier article «la 4ème armée du Moyen-Orient est un tigre de papier», tous les corps d’armée ont annoncé simultanément de nouveaux matériels. Un véritable hasard au lendemain des mesures de sanctions prises par les Etats-Unis.

D’abord le ministre iranien de la Défense, le général de brigade Amir Hatami, a présenté les nouveaux missiles balistiques à courte portée qui représentent une priorité absolue pour son pays : «Notre priorité absolue a été le développement de notre programme de missiles. Nous sommes bien placés dans ce domaine, mais nous devons le développer».

Ensuite un nouveau chasseur devrait être  annoncé pour les prochains jours, à l’occasion de la journée de l’industrie de la défense nationale le 22 août : «Nous présenterons un avion lors de la journée et les gens le verront voler ainsi que l’équipement conçu pour cela». Enfin, la marine iranienne a annoncé l’installation d’un système d’armement défensif avancé sur ses navires de guerre.

Les Gardiens de la révolution iraniens ont confirmé qu’en raison des tensions avec l’armée américaine dans le Golfe, ils visaient à «faire face aux menaces possibles» de la part des ennemis. Le commandement central de l’armée américaine a confirmé avoir constaté une activité navale iranienne accrue, s’étendant jusqu’au détroit d’Hormuz, une voie navigable stratégique pour les expéditions de pétrole, que les Gardiens de la révolution ont menacé de bloquer. L’Iran a d’autre par effectué des manœuvres navales impliquant une centaine de navires, y compris des petits bateaux. Il s’agissait d’envoyer un message aux Américains pour les impressionner.

Le commandant de la marine iranienne, le contre-amiral Hossein Khanzadi a déclaré que «les essais côtiers et maritimes du système de défense à courte portée Kamand ont été menés à bonne fin et que ce système sera monté sur un navire». L’arme est surnommée la Phalanx iranienne, à base d’une mitrailleuse américaine dont les balles percent les missiles. Ce système peut détruire toute cible à une distance de deux kilomètres en tirant entre 4.000 et 7.000 cartouches par minute. Le canon Gatling à guidage radar est monté sur une base pivotante et est utilisé par les marines du monde entier.

Les précédentes sanctions internationales, qui interdisaient aussi l’importation d’armes, avaient poussé l’Iran à développer localement son industrie d’armement. Donald Trump avait justement rejeté l’accord nucléaire de 2015 car il n’avait pas freiné le programme de missiles balistiques de l’Iran, ni limité l’intervention iranienne dans les conflits en Syrie, en Irak et au Yémen. C’est pourquoi un Groupe d’action iranien a été créé par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo pour coordonner tous les efforts de Donald Trump contre l’Iran : «Le Groupe d’action iranien sera responsable de la direction, de la révision et de la coordination de tous les aspects de l’activité du département d’État liée à l’Iran, et rapportera directement à moi».

Malgré la main tendue de Trump, l’Iran a rejeté toute discussion directe avec Washington. Le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a interdit la tenue de pourparlers directs avec les États-Unis estimant que «avec une meilleure gestion et une meilleure planification, nous pouvons résister aux sanctions et les surmonter».

Yousef Qorbani, commandant de la division aéroportée de l’armée, a annoncé avoir étendu à 12 kms la portée des armes montées sur ses hélicoptères. Il prétend que l’Iran fait partie des rares pays dotés de systèmes de vision nocturne pour ses hélicoptères militaires. La force aérienne de l’Iran reste limitée à quelques dizaines d’avions d’attaque, russes ou américains, acquis avant la révolution de 1979.

L’Iran avait aussi dévoilé en 2013 un nouvel avion de combat de construction nationale, Qaher-313, qui est un avion de chasse furtif monoplace développé localement prévu pour voler à basse altitude. Les Israéliens estiment qu’il s’agit d’une «copie bon marché du F-22 américain». Ils mettent en doute les capacités de combat et de furtivité réelles de l’appareil. Les photos dévoilées montrent un aspect plastique basique de la verrière. Pour les Israéliens il ne s’agit que d’un «élégant modèle en plastique» ou à la rigueur un appareil existant maquillé.

Les photos démontrent toutes les impossibilités techniques : absence de câblage hydraulique pour les freins de roue, absence de commande sur les volets de gouverne, absence de trappes de visite sur le fuselage. Les Israéliens sont convaincus que le prototype présenté ne serait qu’une structure en bois recouverte de dacron, le «cockpit» étant un assemblage de différents éléments provenant de divers avions civils ou obsolètes existant en Iran (Falcon 20, Cessna 310, F-4 Phantom).

Bref, les experts israéliens sont formels, l’Iran est pour l’instant un tigre en papier.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps