On se souvient de cette suggestive métaphore qui fit florès il y a quelques décennies et qui connotait, à sa manière, l’intrication de tous les espaces, même les plus reculés, de notre univers : le battement d’ailes d’un papillon au fin fond de l’Asie peut avoir des répercussions inimaginables à l’autre bout de l’univers.

C’est, toutes proportions gardées, ce qui se passe depuis hier soir lorsque l’on mesure, la tête froide, les conséquences de cette rencontre détendue entre Kim et Trump à Singapour : hier soir, et tout au long de la nuit, certains n’ont pas pu fermer l’œil à Téhéran et dans le reste du pays des Mollahs.

Certes, nous n’en sommes qu’au début, certes, les aléas des relations internationales sont innombrables et surtout imprévisibles, mais les faits sont là : la rencontre, jugée très improbable, a eu lieu, certes, on n’a pas encore pu lire le communiqué final, mais, à moins que tout ne trompe, on est sur la bonne voie.

L’homme que l’immense majorité des médias nous présente depuis le début comme un instable dangereux, un va-t-en-guerre, a réussi : il a été fin diplomate, a su maîtriser sa nature abusivement présentée comme impétueuse, bref il s’est montré souverainement maître de lui-même.

Les Mollahs de Téhéran ont des raisons de s’inquiéter : outre que la dénucléarisation de la Corée du nord pourrait bien être un précédent, fort préoccupant de leur point de vue, elle les prive d’un indispensable allié pour le développement de l’arme nucléaire et des missiles balistiques.

Et si, comme tout semble l’indiquer, le long processus finira par s’imposer et porter ses fruits, la position des Mollahs sera intenable. Leur isolement sur la scène internationale sera fatal. Je ne vois aucun Etat respectable et de digne de ce nom, capable de braver les foudres des nations et de se joindre à eux.

Le Guide suprême iranien qui a toute sa lucidité à défaut d’avoir la sagesse de ne pas braver les interdits internationaux, a dressé à son allié d’hier, la Corée du nord, de nombreuses mises en garde, attirant l’attention sur la grande versatilité de Donald Trump, sa prétendue imprévisibilité ; mais rien n’a fait dévier Kim de sa trajectoire. Pourquoi ?

Un mot sur les motivations de Kim et son changement d’attitude : de nombreux facteurs ont pesé dans cette prise de décision. En tout premier lieu, le Nord Coréen a bien compris que Trump était un phénomène politique nouveau et unique, aux antipodes d’un Obama dont le bilan en matière de relations internationales est d’une minceur squelettique.

Il a bien compris qu’il n’hésiterait pas à déclencher un feu d’enfer contre sa Corée, ce que d’ailleurs, ses amis et protecteurs chinois lui ont fait comprendre, insistant sur le fait qu’ils ne voleraient pas à son secours en cas d’attaque, contrairement à ce qui se passa au début des années cinquante… Il y a aussi le renforcement de l’embargo que la Chine respecte désormais, resserrant l’étau autour d’une Corée du nord presque exsangue…

Du coup, Kim n’avait plus que le choix entre deux possibilités : disparaître à plus ou moins long terme ou sauver ce qui pouvait encore l’être. Enfin, aucun régime de cette sorte n’est à l’abri soit d’un coup d’Etat militaire, soit d’un grave soulèvement populaire… Après tout, cette Corée du nord est le seul pays où des masses considérables d’êtres humains sont morts de faim…

Tous ces éléments ont fait réfléchir Kim qui a opté pour la décision suivante : renoncer à l’arme nucléaire contre l’assurance-vie accordée à son régime. Pour une fois, deux impératifs contradictoires coïncidaient : sauver son régime et mettre un terme à l’asphyxie économique du pays. Le reste se comprend de lui-même. Et le tout avec l’aval insistant du puissant voisin qu’est la Chine.

Le rapport de forces est donc clair et la Corée devra cesser ses liens coupables avec la république des Mollahs. Laquelle va devoir se chercher d’autres alliés (mais lesquels ? Où se trouvent ils ?).

Les USA ont donc réussi grâce à leur président, un très beau coup double : ramener la Corée du nord dans le droit chemin et priver leur ennemi iranien d’un allié indispensable qui les a aidés dans l’acquisition et le perfectionnement des centrifugeuses. Sans oublier les précieux renseignements que la Corée possède sur son allié iranien et qui seront transmis aux USA…

Cela donne une idée de l’étendue du désastre qui menace l’Iran. Et l’avenir proche n’est guère rassurant. Les sanctions entrent en action dans huit semaines, au mois d’août. Un exemple presque amusant, entendu ce matin à la radio : l’équipe iranienne de football se voit refusée par Nike la livraison de chaussures commandées pour la compétition.

Et le match a lieu vendredi !! A quoi faut il s’attendre lorsque le système bancaire international sera totalement fermé ou interdit aux transactions commerciales avec l’Iran ? Il s’agir alors de milliards de dollars…

Si l’Iran agissait avec sagesse, ses dirigeants devraient revoir l’ensemble de leur politique. Les Israéliens et surtout leur Premier ministre, injustement persécuté par la police de son pays pour de supposés compromis avec des hommes d’affaires, ont marqué un point dans l’opinion mondiale : tous les états, y compromis l’UE si sévère avec l’Etat juif, reconnaissaient deux choses qu’Israël dénonce depuis belle lurette : l’influence déstabilisatrice de l’Iran et son développement de missiles balistiques, passés sous les radars du temps de B. Obama… Tous les Etats ont repris ces deux inquiétudes partagées par Israël, certes, mais aussi par l’Arabie, l’Egypte et d’autres états arabes de moindre importance.

Est-ce l’ADN de ce régime iranien qui lui interdit donc de faire machine arrière et d’œuvrer pour le bien-être de son peuple ? Pourquoi avoir promu l’interventionnisme dans toute la région (Syrie, Irak, Yémen, Bahreïn, Liban) au rang de politique étrangère du pays ? Pourquoi dilapider à l’étranger, et pour des causes improbables, des fonds dont le pays sur place a grand besoin ?

Dans la Tora de Dieu, une phrase a souvent retenu mon attention au cours de mes jeunes années : u-baharta ba-uayyim (et tu choisiras la vie).

La Tora nous fait croire que cela va de soi, que c’est facile… Ce n’est pas, cependant, mal connaître la nature humaine. C’est faire preuve d’optimisme. C’est le pari du messianisme dont Israël a fait l’apostolat à l’humanité : croire fermement que les choses finiront par s’arranger… Mais quand ?