J’ai longuement hésité avant de traiter une nouvelle fois de ce sujet d’actualité, les attaques, les provocations de la République islamique sur le Golan et ses tentatives répétées de tester la détermination de l’Etat hébreu à se défendre et à assurer la sécurité de ses habitants.

Il est regrettable de constater, mais est ce une surprise ? Que les extrémistes ne reculent ou ne se tiennent tranquilles qu’après avoir été remis à leur place par des actions énergiques et déterminées.

Ce matin, et depuis hier soir, on assiste à un ballet diplomatique assez étonnant : d’un côté le gouvernement iranien s’entête à demander au trio européen (Allemagne, France, Grand Bretagne) des garanties concernant le maintien de l’accord signé par B. Obama, de l’autre, ces mêmes pays de l’Union Européenne qui s’imaginent pouvoir forcer la main de l’hyperpuissance mondiale et peser sur la décision de son président. Mais pourquoi donc ces puissances ne tirent t-elles pas les leçons de l’Histoire et ne font-elles le contraire de ce qu’il faudrait faire ?

Cette attitude leur est dictée par des motifs et des calculs mercantiles ; l’Iran fait figure, à tort, de nouvel eldorado dans un contexte économique assez terne, malgré les apparences d’un redémarrage de l’économie. L’Iran se porte mal économiquement, les versements des milliards bloqués depuis l’époque des sanctions constituent une indispensable poche d’oxygène dont la disparition ou simplement la retenue par les banques américaines menace la survie du régime des Mollahs.

L’impression qui prévaut aujourd’hui est que la flambée de violence sur le plateau du Golan, qui s’est soldée par une cuisante défaite des Iraniens, est passée au second plan, alors que les préoccupations d’un autre ordre, notamment financières et économiques, prennent le dessus. C’est ainsi qu’il faut interpréter les déclarations brèves mais significatives du président Hassan Rouhani qui parle d’un incident désormais clos.

Mais qui met aussitôt l’accent sur le maintien de l’accord par les Occidentaux, opérant ainsi une tentative de découplage entre le géant US et ses alliés européens. Ce qui est frappant, c’est que ces derniers entretiennent l’illusion de peser sur les événements. Les Iraniens, eux, savent à quoi s’en tenir ; c’est ce qui ressort des déclarations de leur guide suprême qui traite les Occidentaux de gens sans principes, exige des gages et prévoit que ces mêmes puissances trahiront et ne respecteront pas leur parole…

L’attitude des Occidentaux me rappelle une phrase de Lénine à l’heure de la nouvelle politique économique. La voici : vous verrez, les capitalistes finiront par nous vendre même la corde pour les pendre… Et je pense que cela s’applique au marché de dupes que les puissances européennes, pourtant éprouvées par l’Histoire récente, acceptent dans leur joyeuse inconscience.

Au fond, l’argument de fond de Donald Trump ne manque pas de force : que fera l’Iran dans quelques années, lorsque le délai prévu par l’accord sur le nucléaire, aura expiré ? Rien ne laisse prévoir que les Iraniens ne retomberont pas dans leurs anciens démons et ne mettront pas les bouchées doubles pour acquérir la bombe atomique.

Cette action déterminée de l’Etat juif a eu au moins un mérite : montrer qu’Israël n’est pas le seul pays concerné et qu’une foule d’Etats arabes sont gênés par l’expansionnisme perse. Un petit état, dans le sillage de l’Arabie Saoudite, Bahreïn, est même allé jusqu’à dire clairement que l’Etat d’Israël avait aussi le droit de se défendre. Sauf erreur de ma part, cette déclaration est absolument inédite Que va t il se passer à Téhéran ?

La réaction armée d’Israël et l’initiative de Donald Trump ont mis en lumière les divergences au sommet de la hiérarchie iranienne : d’une part, les partisans du président Rouhani qui savent qu’ils ne pourront se maintenir que s’ils apportent un mieux vivre à la population, d’autre part, les Gardiens de la Révolution qui n’en font qu’à leur tête et qui poursuivent des objectifs aux antipodes des projets gouvernementaux. Ils ont dit hier ne pas faire confiance à la diplomatie et ne se fier qu’à la lutte armée…

Je pense que les enjeux ne sont plus les mêmes : les Iraniens ont compris que leurs ennemis, les USA, l’Arabie Saoudite et Israël visent leur effondrement économique qui serait suivi de la disparition de leur régime.

Depuis la décision de Donald Trump, la monnaie iranienne a tant perdu de sa valeur, l’incertitude règne, les dirigeants ne sachant plus à quel saint se vouer pour peser sur les événements ; à n’en pas douter, l’enjeu a changé de nature, au moins temporairement car le renouveau économique est ardemment souhaité par la population qui avait déjà manifesté son mécontentement de voir l’argent affluer vers des conflits extérieurs au lieu de profiter au pays lui-même…

C’est visiblement la crainte de Rouhani et de son gouvernement : empêcher le retour des sanctions dont l’effet risque d’être encore plus dévastateur qu’auparavant. Et, en effet, Donald Trump n’agit pas avec modération : il sait que le régime des Mollahs ne tiendra pas face à des restrictions de grande ampleur : on parle des infrastructures en panne, des approvisionnements réduits, d’un chômage endémique, d’une baisse de la monnaie nationale, d’avions à moderniser, et surtout de la menace de suppression de tant de contrats, nécessairement pour renouveler les flottes dans différents domaines.

Que va-t-il se passer ? Il est évident que les exigences de Donald Trump de renégocier un traité plus exigeant ne seront pas acceptées par Téhéran. Le clan des durs ne le permettra pas et imposera au reste de la population les nécessités de l’heure, comme du temps d’Ahmaninedjad : subir en silence et attendre que cela passe.

Mais la donne n’est plus la même. Rouhani l’a compris : il ne veut pas d’escalade au Proche-Orient, toute son attention se porte sur le dossier économique. Car de lui dépend la survie du régime dans les mois qui viennent. Il est plus que probable que les services US et israéliens sont à l’œuvre en Iran pour conduire la population à rejeter les choix idéologiques du régime.

Le succès de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un va dans le même sens : L’Iran sera seul, seul comme Job sur son fumier. L’histoire de notre monde connaît des rebondissements qui prouvent que nous ne commandons pas au temps mais que le temps dispose de nous.

Si le régime des Mollahs ne change pas, il sera balayé par le vent de l’Histoire.