C’est le politologue réputé Alexandre Adler qui entend bouleverser dans son dernier ouvrage, Daech, l’équation cachée (Editions l’Archipel), quelques idées qu’il considère comme reçues et résolument fausses. Le moins que l’on puisse dire est qu’on a un mal fou à le suivre.

Ainsi, croit-on rêver lorsqu’on lit sous sa plume qu’en l’espace de quelques mois, l’Iran a basculé, avec l’élection présidentielle de juin 2013, dans une forme de démocratie orientée vers le compromis définitif avec l’Occident en général et les Etats-Unis en particulier.

Plus stupéfiant encore cette conclusion selon laquelle « le pilier de la transformation positive de la région s’appelle à nouveau l’Iran… ».

Pour Adler, qui balaie par ailleurs du revers de la main la thèse selon laquelle l’enjeu majeur des luttes inter-arabes au Moyen-Orient concerne le bras-de-fer constant et sanglant entre chiites et sunnites, c’est une entente pragmatique entre Téhéran et Le Caire qui devrait permettre de rendre la situation au Moyen-Orient moins explosive.

C’est à peu près au même moment où Alexandre Adler publie cet essai qu’arrive dans les rayons des librairies Les putes voilées n’iront jamais au Paradis !, le dernier roman de Chahdortt Djavann, l’écrivaine d’origine iranienne bien connue. C’est une peinture qu’il n’est pas excessif de qualifier d’apocalyptique que l’auteure dresse de la situation des femmes dans l’Iran d’aujourd’hui, avec ses condamnations à mort par lapidation ou pendaisons pour les femmes adultères, avec ses châtiments monstrueux tels que l’administration de 180 coups de fouet, avec l’hypocrisie monumentale des membres du clergé et avec sa corruption omniprésente.

Adler et Djavann parlent-ils du même pays et du même régime ? Difficile à croire !

Le témoignage de la romancière nous paraît en tout cas infiniment plus crédible que les spéculations d’un essayiste qui tente de nous convaincre de cette façon pathétique que nous avons tout faux et que seul lui, qui étale tout au long de ses 141 pages une érudition destinée à nous impressionner, est à même de dévoiler pour nous l’envers des cartes.