Le Président Macron avait pensé rendre hommage au Maréchal Pétain puis y avait renoncé en raison de nombreuses protestations. Nous n’avions pas manqué de souligner à ce moment des faits insuffisamment évoqués et qui sont les très lourdes conséquences hors de France de la politique du Maréchal Pétain au cours de la Seconde Guerre mondiale. Sa politique avait de facto permis à l’Allemagne de concentrer plus de forces et de moyens sur le front de l’Est et ainsi de prolonger le conflit et par suite d’augmenter ses victimes.

La volonté humaine de vouloir se référer à un grand personnage pour commémorer les grands événements a sans doute amené le Président Macron à rendre un hommage soutenu à Georges Clemenceau et là encore ce fut selon nous un mauvais choix. L’acharnement de Georges Clemenceau avait permis d’aboutir au traité de Versailles dans le but de briser l’Allemagne qui était pourtant devenue une République démocratique et véritablement parlementaire déclarée par Philipp Scheidemann deux jours avant l’armistice en remplacement d’un Empire autocratique et belliqueux.

Le traité de Versailles engendra le second conflit mondial que beaucoup craignaient dès 1919 en raison du fort ressentiment que ses conséquences suscitèrent. Nous allions donc passer d’un premier conflit (1914-1918) ayant entraîné la mort de 18. 6 millions de civils et militaires dans le monde à un autre (1939-1945) qui fut le plus meurtrier de l’Histoire de l’humanité (60 à 80 millions de morts dans le monde).

Un hommage aux soldats et aux victimes civiles de la Première Guerre mondiale aurait été suffisant avec une attention pour Aristide Briand et Gustav Stresemann qui ne ménagèrent pas leurs efforts pour éviter de créer une situation menant à un second conflit et qui reçurent conjointement à ce titre le prix Nobel de la paix en 1926.

Dans le cadre la relation privilégiée que la France veut avoir avec l’Allemagne, Georges Clemenceau n’était pas la bonne référence.

Avant 1914, Clemenceau s’illustra par sa férocité contre les mouvements sociaux et en 1914 par son attitude belliqueuse. Le 6 août 1914 il écrivait : « La parole est au canon […] Et maintenant, aux armes ! Mourir n’est rien, il faut vaincre. »

Georges Clemenceau représenta la France lors de la conférence de la Paix en 1919 et fut élu président du Conseil des quatre comprenant le président Wilson  (États-Unis), le ministre Lloyd George (Royaume Uni) et le président Orlando (Italie) qui lui permit d’exercer une influence prédominante sur les conditions du traité de paix. Lors de sa ratification par la Chambre le 23 octobre 1919, la SFIO  accusa Clemenceau d’avoir surchargé l’Allemagne et compromis la paix.

L’intransigeance de Clemenceau suscita des réticences du Royaume-Uni et des États-Unis désirant préserver la stabilité de la nouvelle République allemande dite de Weimar en raison du lieu de vote de sa constitution. Les États-Unis allégèrent à deux reprises le fardeau financier de l’Allemagne après le traité de Versailles mais cela fut insuffisant pour juguler le vif ressentiment des allemands qui favorisa fortement la montée du nazisme.

En 1919, l’Allemagne fut amputée de 15 % de son territoire et de 10 % de sa population par

  • La restitution à la France de l’Alsace-Lorraine
  • l’intégration à la Belgique des cantons d’Eupen et Malmedy
  • La restitution au Danemark des villes d’Åbenrå, Sonderborg et Tønder
  • les importants territoires attribués ou réattribués au nouvel Etat Polonais

Par ailleurs :

  • le Bassin de la Sarre fut placé sous administration internationale pour 15 ans.
  • l’Allemagne dut livrer 5 000 canons, 25 000 avions, ses blindés, toute sa flotte et son armée fut limitée à 100 000 hommes
  • la rive gauche du Rhin, Coblence, Mayence et Cologne furent démilitarisées
  • Le Rhin, l’Oder et l’Elbe furent internationalisés
  • L’Allemagne perdit la propriété de ses brevets
  • L’Allemagne dut payer à la France et la Belgique 132 milliards de marks-or d’indemnités correspondant à 47 312 tonnes d’or soit l’équivalent de plus de 1 400 milliards d’euros aujourd’hui.

Malgré son esprit offensif le Maréchal Foch fut conscient de l’injustice du traité de Versailles qui lui fit dire : « ce n’est pas une paix, c’est un armistice de 20 ans ». Les Etats-Unis ne ratifièrent pas le traité de Versailles.

La république de Weimar ruinée par la guerre et confrontée à des conditions économiques particulièrement difficiles ne put faire face aux paiements des réparations ce qui entraîna l’occupation de la Ruhr en 1923 par la France et la Belgique.

Les Etats-Unis intervinrent alors pour alléger et rééchelonner la dette allemande et faire libérer la Ruhr en mettant en place le Plan Dawes en 1924. Toutefois, la charge encore trop lourde conduisit au plan Young en 1929 (avec un rééchelonnement jusqu’en 1988) suivi du moratoire Hoover en 1931 car le plan Young devint inapplicable en raison de la grande crise économique de 1929. Le paiement de la dette ne pourra continuer qu’après la fin du second conflit mondial pour se terminer en 2010 soit près d’un siècle après la fin du premier conflit mondial.