A l’instar des trois autres victimes de la tragédie produite à HyperCasher, Yoav Hattab a été inhumé, mardi, à Jérusalem, en présence du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, de sa famille et d’une foule considérable. Focus.

Ce choix familial d’enterrer Yoav à Jérusalem a avivé la polémique sur les réseaux sociaux. Si certains ont compris que c’était un choix religieux comme le confirme la famille de Yoav, d’autres ont «nagé» en pleine confusion des valeurs, ce qui a conduit à un réel amalgame entre la politique et la religion.

L’inhumation fait la polémique

Sur la page facebook «Je suis Yoav Hattab», créée peu après la mort du jeune tunisien, pour inviter les internautes à un rassemblement, à la mémoire de la victime; les réactions ont été surtout axées sur le sujet de son inhumation.

«Je suis attristée que la famille de Yoav ait choisi Israël pour enterrer son fils. La Tunisie est la terre de ses ancêtres, nous aurions pu aller à l’enterrement d’un des nôtres et lui rendre hommage. Hélas demain, ce seront des «étrangers» en Israël qui se recueilleront sur la dépouille de Yoav, paix à son âme. Cet événement a perdu sa symbolique», a écrit une internaute sur la page qui précise que le rassemblement sera organisé samedi, devant la synagogue de Tunis (Avenue de Liberté, à 17h45).

D’autres internautes tunisiens de confession non juive, ont riposté à de telles réactions en soulignant l’importance de l’aspect religieux dans cette prise de décision. «C’est juste une décision religieuse parce qu’il s’agit d’un lieu saint pour les juifs. Vu que son père est rabbin et sa famille est très pieuse. Cela se comprend», a réagi un autre internaute. Après tout, la mort est universelle, elle n’a ni de religion, ni de nationalité et chacun est libre de choisir son abri pré-éternel.

Ces catégories se sont limitées au pour et au contre. Tandis qu’une troisième catégorie s’est lancée dans la cyber-haine. Toutefois, cette tentative n’a pas été réussie, du moins sur la page qui appelle à la solidarité et fait circuler des messages de tolérance.

Et une quatrième catégorie a politisé le débat, un sémiosis qui s’est manifesté à travers le processus de transformation du débat. De Yoav, le Tunisien, au conflit israélo-palestinien et à la visite du PM à Paris qui a été critiquée par la presse israélienne et certaines personnalités tunisiennes telles que le journaliste Mourad Zghidi et le leader au Massar, Ahmed Brahim, absolument contre l’inhumation de Yoav à Jérusalem. «Je suis très triste de voir tous ces débats sur la terre où Yoav reposera. Notre religion, c’est l’amour de nos frères et soeurs. Nous voudrions simplement pleurer un enfant de l’univers, digne et courageux, à qui on a ôté la vie. Même s’il était enterré sur Saturne, peu nous importe. A Samedi Yoav. אהבה חי», a écrit Sylvie Vaslin,
La tolérance est le devoir des nations.

de droite à gauche, Avishai Hattab, Sa mère, Odia Hattab mettant sa main sur le cercueil de Yoav z"l

de droite à gauche, Avishai Hattab, Sa mère, Odia Hattab mettant sa main sur le cercueil de Yoav z »l (photo Flash90)

Si certains internautes, précisément de confession musulmane ou juive, se sont attaqués les uns aux autres, des personnalités internationales ont pu distinguer entre la religion et l’extrémisme (toutes religions confondues), disant haut ce qui est tout bas. Ainsi Lassana Bathily, l’employé, de confession musulmane, du supermarché casher qui a sauvé la vie à plusieurs clients du magasin a été remercié, dimanche, dans une allocution du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans l’enceinte de la grande synagogue de Paris. De même l’initiative du policier Ahmed Merabet qui a tenté de sauver des vies avant de trouver la mort a été saluée par les internautes.

Pour leur part, plusieurs musulmans ont affiché en photo de profil, Je suis Yoav, Yoavi en nous, ou alors mis en photos de profil la personne merveilleuse qu’était Yoav. La mort du jeune tunisien qui avait une belle voix a causé beaucoup de peine à sa famille. «J’étais à la synagogue à Paris, ils ont mis la chanson מודה אני כל בוקר de עומר אדם je me suis éclaté en sanglots parce que c’est mon frère chéri qui la chanté», pleurait son frère Bitsou qui s’est rendu, lundi soir, en Israel avec sa famille.

Yoav, une voix «généreuse»

Flash-back. Le fils du grand Rabbin de Tunis, Battou Hattab, également directeur de l’école juive de Tunis United Lubavitch Yeshiva, souhaitait «faire rentrer son fils pour le mariage» avant de se retrouver obligé de le «faire rentrer dans le cimetière». Yoav, généreux et bien éduqué, s’est dirigé vers HyperCasher, ne voulant pas partir les mains vides chez ceux qui l’ont invité. Mais en réalité, ce fut l’éternel qui l’a appelé. Il est décédé le shabat, ce qui devait etre significatif pour lui. «Merci de faire passer cette information pour la mémoire de Yoav Hattab. C’était un nationaliste tunisien. Yoav devait dîner chez nous pour shabbat et il n a pas voulu rentrer les mains vides . Il en est mort. Nous traversons des moments difficiles. Merci et Tahia Tounes (Vive la Tunisie)», a déploré Hayouna Hayoun.

Yoav était également quelqu’un de courageux et de déterminé.
S’expliquant sur BFMTV, son frère ainé Avishaï a affirmé que son frère est parti en France pour poursuivre ses études, il voulait regagner une chance qu’il n’a pas eue. «Il dormait dans le local où il travaillait» pour son bonheur, pour son avenir. Yoav s’intéressait beaucoup à ses études. Son dernier geste d’héros dans la vie d’ici-bas a confirmé sa bravoure. A ce titre également, la victime a été inhumée au cimetière du Mont des Oliviers.

En effet, outre le fait que ce cimetière soit un lieu saint où sont enterrés, les juifs victimes d’attentats terroristes partout dans le monde, la tradition juive raconte que le Mashia’h (Messie) passera en premier lieu par ce mont avant d’entrer dans Jérusalem. Par conséquent, les premiers à ressusciter après le passage du Mashia’h (qui amène la résurrection des morts) seront, croit-on, les personnes enterrées dans cet endroit. De surcroit, ce lieu est un carrefour de religions, qui symbolise leur réunion et non la division. Musulmans, Juifs et Chrétiens ont chacun leur cimetière, mais le cimetière juif du mont des oliviers est le plus ancien et le plus grand cimetière juif au monde.

D’environ 800 mètres d’altitude, le mont des Oliviers que le roi David gravit en pleurant est une colline située pas loin de Jérusalem-Est et séparée d’elle par la vallée du Cédron.

Note Perso : J’étais complètement sidérée et choquée après avoir appris la nouvelle, ce fut deux jours après avoir demandé de ses nouvelles à un proche… sa mort m’a causé beaucoup de peine. Après avoir suivi les infos et les déclarations de ses proches, je voulais me faire croire que c’était un film, l’émotion était plus forte, cette fois-ci, que la réalité. «Quand il se passe un drame que cela, on se souvient des moindres détails, c’est comme une scène de film … et on ne l’oublie jamais. Mais en même temps, la seule chose positive, c’est que des juifs, des chrétiens, des musulmans sont maintenant unis contre cette horreur ; les djihadistes peuvent tuer partout, tout le monde, mais on gagnera. Tous unis !», expliquait Jean Corcos, Producteur sur la station Judaïques FM; acteur du dialogue inter religieux. Je présente mes sincères condoléances à sa famille.