Trois dossiers, la gouvernance au Liban, la crise en Syrie et le programme nucléaire iranien, représentent les affaires sensibles auxquelles est confrontée la diplomatie française. La France doit relever le défi de l’influence croissante des puissances régionales et de l’interventionnisme russe et américain.

L’objectif d’Emmanuel Macron, s’inspirant de la stature gaullienne, consiste à rétablir le poids diplomatique de la France au Moyen-Orient dans une région en pleine mutation. Mais il doit faire face aux nouveaux acteurs, l’Arabie et l’Iran, qui sont prêts à la guerre pour se protéger ou garantir leur hégémonie.

La France recule au Moyen-Orient en raison de sa stratégie statique en Syrie et son engagement unilatéral dans le conflit palestinien du côté arabe. Elle ne s’est pas opposée à l’intervention musclée de la Russie en Syrie et elle a du mal à contrer le nouveau président américain qui a décidé d’appliquer sa propre politique, dure et unilatérale. Elle n’a enfin pas réussi à rassurer les monarchies du Golfe et Israël sur les menaces croissantes de l’Iran.

Le Moyen-Orient est actuellement gangrené par les rapports conflictuels entre l’Arabie et l’Iran qui agissent souvent par alliés interposés. L’Iran s’appuie sur les groupes chiites en Irak, protège le régime de Bachar El-Assad, finance et arme le Hezbollah libanais et soutient les rebelles Houthis au Yémen. De son côté, l’Arabie aide militairement le gouvernement yéménite dans son combat contre les Houthis, protège Saad Hariri au Liban, s’appuie sur les groupes dissidents anti-Assad et collabore avec le gouvernement irakien.

Le Premier ministre libanais Hariri avait dénoncé la mainmise du Hezbollah sur le Liban, tandis que le Hezbollah et le président Michel Aoun accusaient l’Arabie saoudite d’ingérence dans les affaires libanaises. La France ne s’est pas «mouillée» au Liban. Dans la mini-crise qui avait entraîné la fausse démission du Premier ministre libanais, le gouvernement français avait volé au secours de Saad Hariri pour éviter la déstabilisation du pays et pour s’imposer comme médiateur de la crise.

Pourtant la France, qui avait exigé le départ de Bachar Al Assad en se ralliant à la coalition dirigée par l’Arabie et en soutenant les rebelles syriens, a dû réorienter sa stratégie avec l’entrée en force de la Russie et de l’Iran dans le conflit. Emmanuel Macron a fait un geste symbolique en participant avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne aux frappes du 13 avril, contre des sites syriens, pour s’élever contre la guerre chimique de Damas, sans résultat tangible.

Mais si le président français a mis tout son poids diplomatique sur la balance, il n’a pas pu infléchir la position de Donald Trump sur l’Iran. Il avait envoyé à Téhéran le 4 mars son ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, pour obtenir des concessions des Mollahs, en vain. Le Drian est rentré bredouille.

Emmanuel Macron est dérouté par la politique unilatérale de Trump qui cherche à rassurer ses alliés saoudiens et israéliens. Le rétablissement des sanctions, pour épuiser l’économie iranienne, porte surtout préjudice aux Européens qui perdent un marché en grande expansion parce que l’extraterritorialité des sanctions américaines limite considérablement les transactions en dollars. La France est toujours favorable à l’accord de 2015 qui empêche l’Iran de poursuivre son programme nucléaire militaire.

L’Europe et la France en particulier ont peu de poids pour préserver le traité nucléaire parce qu’elles ne peuvent résister à la pression américaine, dans le cadre d’une marge de manœuvre faible. Emmanuel Macron est convaincu qu’il pourra renégocier l’accord en y intégrant le programme balistique et la nuisance régionale de l’Iran.

Pour cela il faudrait que l’Europe ait une stratégie commune sur le dossier iranien ; ce qui n’est pas le cas. Le président français est prêt à se tourner vers la Russie et la Chine pour isoler Donald Trump car il sait que le droit international est de son côté et bafoué par les Américains. Il rêve d’être le médiateur international pour résoudre la crise actuelle.

Emmanuel Macron poursuit la politique diplomatique de ses prédécesseurs en orientant ses objectifs commerciaux vers le monde arabe, à savoir le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Il est conscient qu’il doit agir pour éviter une escalade des tensions régionales sachant que l’Arabie a opté pour une attitude totalement anti-Iran : «il faut préserver la stabilité de la région, lutter contre le terrorisme et surtout travailler à la paix » mais il estime que «les positions très dures de la part de l’Arabie saoudite vis-à-vis de l’Iran ne sont pas conformes à ce qu’il pense».

Ce serait prétentieux et irréaliste de croire que la France pourrait avoir un rôle déterminant face à l’Arabie et l’Iran. Certes l’homme fort du royaume, MBS le prince héritier saoudien, semble prendre en compte sérieusement l’action de la France mais il n’en est pas encore à la hisser au rang de partenaire stratégique de premier ordre.

Il est un fait que les Saoudiens misent sur les Etats-Unis et la Russie, et même sur la Chine, plutôt que sur la France. Ils sont cependant attentifs à de bonnes relations avec Emmanuel Macron car il représente un pays membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela peut servir dans le futur sur le dossier syrien ou iranien.

Mais la diplomatie française n’a pas encore les moyens de peser durablement dans la région, en raison de ses capacités limitées dans le Golfe. Seuls sont privilégiés les marchés arabes qui constituent un débouché pour l’exportation d’armement. Israël intervient peu dans les préoccupations françaises.

Il est vrai qu’Emmanuel Macron, malgré les embrassades publiques, n’a aucune capacité de levier sur Netanyahou qui reste insensible aux injonctions européennes. Depuis le général de Gaulle, rien ne semble avoir changé. Le Quai d’Orsay inspire toujours la diplomatie française, même avec le nouveau président français. Les présidents passent, le Quai demeure.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps