Cinquième volet dans le cadre d’une série d’articles présentant le livre de Ben-Dror Yemini, « L’industrie du mensonge » à paraître en automne en français aux éditions Berg International.

« Israël et les Juifs sont les plus grands acteurs de la culture de la violence qui, finalement, finira par détruire l’humanité ». Cette phrase de Arun Gandhi , petit-fils du Mahatma Gandhi, n’est qu’une des nombreuses citations qui décrivent le conflit régional du moyen Orient comme étant l’un des conflits les plus importants, les plus meurtriers de la planète.

Pourtant, en contradiction frustrante avec l’impression reçue par les publications d’académiciens, de publicistes et de journalistes dans les médias, le nombre de victimes arabes pendant l’exode et les expulsions en 1948 est au plus bas en comparaison avec tous les autres conflits similaires.

Les chiffres sont édifiants pour qui veut les examiner car même si la tâche est devenue difficile avec les interférences que nous recevons des deux côtés des belligérants, toutes les données sont libres d’accès sur la toile. Il suffit de vouloir se baisser pour les examiner.

Nous sommes loin des allégations palestiniennes et anti-israélienne quant aux crimes commis par les Juifs durant les débuts du conflit et il en va de même pour les crimes imputés aux Israéliens de nos jours, ce sujet sera traité dans un autre article.

Dans ce contexte, nous devons surmonter le problème de la surmédiatisation qui est souvent utilisée afin de biaiser les données, voire même, afin de mentir délibérément. Les mots ont un poids mais les photos, elles, sont un choc devant lequel il est souvent difficile de parler.

Cependant il est nécessaire d’essayer de remettre ce conflit dans ses véritables proportions.

Si les catastrophes naturelles ont des indices et des échelles pour déterminer leur ampleur, il n’en est rien des conflits à travers le monde. Nous définissons trop souvent la sévérité d’un conflit en fonction de la sévérité des traits du présentateur du journal télévisé, des titres des journaux ou encore de l’impact que les réseaux sociaux ont sur la conscience du public.

Qui plus est, les combats doivent être jugés et évalués en fonction du contexte et des normes explicites de l’époque où les faits ont eu lieu, et non pas comme les médias de nos jours se plaisent à faire, juger l’histoire en se fondant sur les normes de nos jours.

Il n’y a qu’à prendre comme exemple le massacre médiatique qu’un journaliste en mal de gros titres essaye de créer sur des remarques d’Albert Einstein. Ces remarques, correctes et diplomatiques à l’époque où elles ont été émises, ne passent pas de nos jours, mais cela n’empêche pas notre journaliste de fustiger le physicien.

Ces normes de l’époque, acceptées de facto par la communauté internationale, doivent servir de bases aux comparaisons et c’est en fonction de ces comparaisons que nous pourrons déterminer l’importance d’un conflit, ou encore, si ce conflit menace l’humanité. Après tout, il est impossible d’ignorer les normes de l’époque où le conflit Israélo-Arabe s’est déroulé, il est impossible de passer outre le fait que des dizaines de millions d’hommes de femmes et d’enfants, en Europe, ont été déracinés de leur patrie pendant ces mêmes années.

On ne peut pas ignorer le fait que les transferts de populations, prémédités ou post-factum, faisaient partie intégrale des conflits de cette époque. On ne peut pas nier que ces faits avaient une légitimité internationale manifeste à l’époque, tout comme étaient légitimes les résolutions internationales qui ont accepté Israël au sein des nations, résolutions toutes rejetées par les Arabes.

Yemini établi un essai d’indice de sévérité afin de pouvoir comparer les différents conflits tout en reconnaissant les normes établies par les conflits similaires de l’époque. Il n’y a pas de sa part une volonté d’homologuer ou de condamner ces normes, mais seulement celle d’aligner les différents conflits sur une même ligne afin de pouvoir comparer et décider si réellement les « Juifs sont les plus grands acteurs de la culture de la violence qui finiront par détruire l’humanité ». Pour cela, il prend en considération les nombres de victimes et ceux des réfugiés.

Ainsi, nous pourrons avoir un aperçu de l’ampleur et de l’impact du conflit sur les Arabes, sur les juifs et les comparer à ce que d’autres ethnies ont dû subir. Nous pouvons poser aussi un certain nombre de questions : Est-ce que les échanges ont été faits en temps de guerre ? Est-ce qu’il s’agit d’expulsions unilatérales ou d’échange réciproques de population ? Qui ont été les initiateurs de la guerre, les expulsés ou les expulseurs ?

Qui a déclaré la guerre ? Est-ce que des actes de violence ont été perpétrés pendant les événements ? Est-ce que l’un des belligérants a exprimé des intentions d’extermination envers l’autre côté ? Existe-t-il des décisions internationales à propos de ces événements ? Est-ce que l’un des belligérants a agi à l’encontre de ces décisions ? Toutes ces questions sont pertinentes a celui qui veut comprendre le conflit et sont traitées dans son livre.

Objectivement, les actions d’Israël qui ont créé le problème des réfugiés palestiniens pendant la guerre et, plus tard, celui du problème des réfugiés juifs des pays arabes, étaient les moins graves de tous. La première place revient à la purification, devenue génocide ethnique, commise par les Turcs contre les Arméniens dans la Première Guerre mondiale et des actions similaires contre les Noirs dans la région du Darfour au Soudan. Ce sont deux événements où un massacre à grande échelle a dégénéré en génocide.

Les échanges effectués entre la Turquie et la Grèce conformément à un accord conclu à Lausanne, sont en haut de l’échelle de sévérité. Officiellement, les échanges ont été consensuels. En pratique, la plupart des chrétiens, en particulier de Antalya, ont fait l’objet de dures persécutions dans les années précédant l’accord.

Ils ont été forcés de quitter leurs maisons alors que les Turcs les massacraient, causant la mort d’environ 1,5 million de Grecs entre 1914 et 1923. Les Kurdes, aussi, ont subi des expulsions violentes. Plus d’une moitié des expulsés sont morts en route vers leur nouvelle destination.

L’expulsion des Allemands d’Europe centrale et orientale a également une place élevée sur cette liste. Les estimations varient entre 600 000 et deux millions de tués dans des actes de vengeance avant, pendant et après la décision de Potsdam pour permettre aux expulsions d’être effectuées de manière « ordonnée et humaine ».

Václav Havel, président de la Tchécoslovaquie après la chute de l’URSS, a admis qu’il y avait eu d’importants massacres d’Allemands aux Sudètes pendant les expulsions de son pays.
Les échanges de population entre l’Inde et le Pakistan, qui englobaient quelque 17 millions de personnes, ont connu des incidents similaires.

Les massacres étaient si répandus que certains évaluent le nombre de tués au chiffre effarant de 3,4 millions. Les échanges de population entre la Pologne et l’Ukraine sont controversés, en particulier en ce qui concerne le nombre de tués des deux côtés et la question de l’implication, ou non, de l’Allemagne nazie et de l’URSS. Les variations des estimations sont très larges.

Certains avancent le chiffre de 500 000. Même avec la confusion dans les chiffres des incidents en temps de guerre et à ceux de l’expulsion d’après-guerre, les estimations les plus minimes sont de 1.4 millions d’expulsés et de la mort, ou de l’assassinat, d’au moins 100 000 personnes.

L’évolution du monde Occidental et des normes qui le gèrent est flagrante pour qui veut examiner les faits historiques sans y insérer son propre agenda. Cette évolution est pertinente sur presque tous les sujets, elle l’est aussi sur les normes qui accompagnent les conflits.

Tous les conflits du siècle dernier ont engendré des mouvements de populations, voulus ou provoqués, et le nombre de réfugiés durant la période d’après-guerre a approché le chiffre faramineux de 50 millions. Aucun de ces réfugiés, recensés à cette époque, ne l’est encore de nos jours, exception faite des réfugiés arabes du conflit Israélo-Arabe.

Nous entendons pourtant que le droit du retour est l’une des revendications de base des Palestiniens et de leurs partisans. Cependant, demander de réparer les préjudices faits aux Arabes Palestiniens à l’époque sur les bases des normes instaurées de nos jours est démentiel.

Imaginons un instant que le monde demande la même réparation pour les différents conflits ayant engendré 50 millions de réfugiés à travers l’Europe ? Cette situation mènerait à une guerre qui nous ferait oublier les affres de la deuxième guerre mondiale.

Mais ce qui est important dans ce volet, est que non seulement les chiffres des différents conflits, qui j’en suis sûr sont inconnus du public, ne supportent pas les allégations de ceux qui disent que le conflit Israélo-Arabe est un des conflits les plus meurtriers de la planète, mais la règle avec lesquelles on mesure ce conflit est différente de celle qui sert à mesurer les autres conflits.

Il faut être intègre, il faut rétablir la vérité afin de pouvoir se concentrer sur les causes et les conséquences des problèmes auxquels nous devons faire face. Non seulement reconnaître les normes de l’époque du conflit, mais savoir aussi que ce conflit a été l’un des moins meurtriers. C’est seulement sur ces bases de vérités qu’il sera possible de construire.