Notre désunion actuelle a été la cause, une fois de plus, du désir du monde d’être judenfrei, (sans juifs) comme le disaient les nazis. Nous seuls pouvons changer cela, et seulement si nous surmontons notre haine réciproque.

Le 14 juin, la tour Grenfell de Londres a été dévorée par les flammes après qu’un court-circuit dans un réfrigérateur a déclenché un incendie dans un appartement au quatrième étage. Soixante-dix-neuf personnes ont péri dans cet incendie qui a ébranlé l’Angleterre jusqu’au cœur, particulièrement la ville de Londres.

Quelques jours plus tard, le 18 juin, le jour d’Al Quds, des manifestants ont blâmé les juifs pour l’incendie de la tour Grenfell.

Le lendemain, et durant au moins deux jours consécutifs, des émeutiers musulmans ont pris d’assaut le quartier juif de Londres, Stamford Hill, avec des battes, des machettes et des épées, suscitant un pogrom à Londres en 2017.

Cette fois-ci, les juifs ont eu de la chance et seulement quelques blessures mineures ont été signalées. Selon le compte-rendu, la police a dispersé les émeutiers après un certain temps, mais en dépit de l’agression flagrante, il n’y a pas eu de rapport d’arrestations.

Éternellement coupables

L’histoire de la persécution des Juifs est aussi ancienne que l’histoire des Juifs elle-même. Tous nos patriarches ont été persécutés par leur famille, aussi bien que par les dirigeants de leurs lieux de résidence.

Lorsque les Juifs ont été exilés du pays d’Israël et dispersés dans le monde entier, ils ont souffert de persécution, quel que soit l’endroit où ils sont allés. Quand et où qu’il y ait une crise, les gens en blâmaient les Juifs. Un regard sur l’histoire de la persécution des juifs et de l’histoire de l’antisémitisme révèle une incessante marche de tourments pour le peuple juif.

Même aujourd’hui, en ce 21e siècle « éclairé », non seulement l’antisémitisme prospère dans le monde entier, mais il atteint des niveaux dangereux, une fois de plus.

Par moment, il se déguise en haine de l’État Juif, par moments par la haine des deux, des juifs et de l’État Juif, et par moment, il se révèle par la haine du juif. Mais dans tous les cas, il s’agit d’antisémitisme. Et dans tous les cas, les Juifs sont blâmés pour tous les malheurs du monde.

Une attente non verbalisée

Depuis le tout début, les fondateurs de la nation juive ont aspiré à unir le monde entier, afin de remédier à tous les maux de l’humanité. Il est écrit dans Maïmonide, dans le Midrash Rabba et dans Pirké de Rabbi Eliezer, et dans d’innombrables autres sources, qu’Abraham a été expulsé de Babylone, précisément parce qu’il voulait aider les Babyloniens à s’unir au-dessus de leur aliénation croissante et de leur haine réciproque.

Abraham a développé une méthode pour s’unir au-dessus de la haine. Il désirait la partager avec ses compatriotes d’Ur des Chaldéens, dans Babylone, mais son propre père a incité le roi à le tuer et finalement à l’expulser.

Le grand Ramchal a écrit dans son livre Adir Bamarom (Partie 2, Commentaire sur le rêve de Daniel) que Noé, lui aussi : « a été créé pour corriger le monde dans l’état où il se trouvait à ce moment-là. » Quant à Moïse, Ramchal a écrit que lui aussi « souhaitait compléter la correction du monde en son temps. 

C’est la raison pour laquelle il a accepté une multitude de gens de tous horizons, puisqu’il pensait que ce serait la correction du monde, dont il était dit : “Car alors, Je deviendrai pour les nations un langage compréhensible qui appellera chacun au nom du Seigneur.” Cependant, il n’a pas réussi à cause des corruptions survenues le long du chemin. » (Commentaire sur la Torah, Bamidbar – Nombres)

« L’investiture » du peuple d’Israël en tant que nation, s’est passée au pied du mont Sinaï. Le nom Sinaï, vient du mot hébreu sin’a (haine). L’évènement historique au pied du mont Sinaï était un test. Ceux qui ont réussi, allégoriquement à escalader le mont de la haine et à s’unir « comme un seul homme dans un seul cœur », sont devenus la nation d’Israël.

Ceux qui ne l’ont pas pu sont restés dans un état de haine réciproque. C’est pourquoi il est cité dans le Midrash Rabba (Chemot – l’Exode), dans Kli Yakar et dans beaucoup d’autres sources que : « Le mont Sinaï, duquel est descendue la haine sur les nations du monde. »

Cependant, les nations ne sont pas destinées à rester dans cet état de haine pour toujours. Elles aussi voulaient jouir des bienfaits de l’unité, mais en ce temps-là, elles étaient incapables de surmonter leur ego.

C’est pourquoi aussitôt que le peuple d’Israël s’est uni et est devenu une nation, il a reçu l’ordre d’être « une lumière pour les nations », c’est-à-dire d’aider le reste du monde à atteindre cette unité bien spéciale.

Rav Yéhouda Ashlag, l’auteur du Soulam (Échelle), Commentaire sur le Livre du Zohar, a écrit dans son essai « La Responsabilité mutuelle » : « Il appartient à la nation d’Israël de se qualifier elle-même et tous les peuples du monde, à se développer jusqu’à ce qu’elles deviennent responsables, de ce travail sublime qu’est l’amour d’autrui, qui est l’échelle vers le but de la Création. »

Ashlag décrit la nation d’Israël comme un « genre de passage par lequel les étincelles de l’amour d’autrui brilleraient sur toute la race humaine, dans le monde entier ».

Depuis ce jour, au pied de la montagne, lorsque les Juifs sont devenus une nation, le monde attend qu’ils remplissent leur obligation d’être une lumière pour les nations. De temps en temps, l’attente non verbalisée et subconsciente des nations explose en frustration violente et déchaînée qui les pousse à prétexter n’importe quoi afin de ventiler leur colère envers les juifs.

L’antisémitisme que nous percevons comme la maladie des nations est en fait leur colère contre nous, parce que nous ne les guérissons pas de leur haine.

Nous n’avons pas à blâmer qui que ce soit pour l’antisémitisme : sa solution est entre nos mains, et entre nos mains seulement, comme il est écrit dans le livre Sefat Émet : « Les enfants d’Israël sont devenus les garants de la correction du monde entier. (…) Tout dépend des enfants d’Israël. »

La (véritable) solution finale

Jehuda Reinharz, l’ex-président de l’université Brandeis a écrit dans Living with Antisemitism: modern Jewish Responses : « L’exemple le plus frappant de l’échec de la politique juive à l’égard de l’antisémitisme implique l’incapacité de surmonter la fragmentation des juifs. »

Reinharz relie la haine du juif dans l’Allemagne nazie d’avant la Seconde Guerre mondiale, à l’absence ou présence d’unité juive : « Il est à noter que même dans les années 1930, alors que l’antisémitisme augmentait rapidement, l’unité juive est restée un slogan sur les lèvres des politiciens plutôt qu’un fait réel. »

Tout au long de l’Histoire, nos détracteurs les plus diaboliques nous ont méprisés pour notre aliénation, pour notre égoïsme. Adolf Hitler a écrit dans Mein Kampf : « Les juifs ne s’unissent que lorsqu’il y a un danger ou qu’un avantage commun ne les y force, si ces deux conditions ne sont pas remplies, les aspects de l’égoïsme le plus crasseux se manifestent. »

Un peu moins acrimonieux, le philosophe et anthropologiste allemand, Ludwig Feuerbach a écrit dans L’essence du christianisme : « Les juifs ont maintenu leur particularité jusqu’à ce jour. Leur principe, leur Dieu est le plus pratique des principes dans le monde, c’est-à-dire, l’égoïsme. »

Certains antisémites et des non-juifs modérés ont exprimé leur désir de voir un exemple d’unité dans les juifs. Puisqu’il n’y en a pas dans notre présent, ils ont cherché dans notre passé. Henry Ford, a écrit dans son infâme composition, Le juif international : le principal problème du monde : « Les réformateurs modernes qui construisent des modèles de sociétés, feraient bien de s’inspirer du modèle social sous lequel les premiers juifs étaient organisés. »

Pareillement, le journaliste et historien Paul Johnson a écrit dans Une histoire des juifs : « Très tôt dans leur existence collective, les juifs croyaient avoir détecté un schéma divin pour la race humaine, dont leur propre société devait être le pilote. »

Tout au long de l’Histoire, nos sages savaient que la mise en pratique de l’unité et sa transmission au monde entier étaient notre rédemption de la persécution et de la haine. Le Rav Kook a écrit dans Orot Hakodech 3: « La profondeur de la haine est comme la profondeur de l’amour.

Si nous étions détruits, et que le monde était détruit avec nous par la haine sans fondement, nous serons reconstruits et le monde sera reconstruit avec nous, par l’amour sans fondement. »

Presque deux millénaires auparavant, il était écrit dans le Livre du Zohar que si nous surmontions notre haine et si nous nous unissions, le monde trouverait la paix lui aussi. Il est écrit dans le Zohar, la portion Akharei Mot : « Voyez comme il est bon et plaisant pour des frères de s’asseoir ensemble.

Ce sont des amis assis ensemble et ils ne sont pas séparés les uns des autres. Au premier abord, on dirait des gens en guerre, qui veulent s’entretuer. Ensuite, ils retournent à l’amour fraternel (…) et comme vous étiez dans l’amitié et l’amour auparavant, par conséquent, vous ne vous séparerez pas (…) et par votre mérite, la paix règnera sur le monde. »

Notre désunion actuelle est la raison pour laquelle le monde veut être judenfrei (sans juifs), selon l’expression utilisée par les nazis. En effet, l’antisémitisme aujourd’hui est aussi largement répandu qu’avant la Seconde Guerre mondiale, sinon plus.

Mais la solution finale au « problème juif », comme Ahad Ha’am et les nazis désignaient notre existence, n’est pas l’élimination du peuple juif. La solution viendra quand, et seulement quand, nous accepterons de faire ce que les nations attendent de nous, consciemment ou non. Nous devons nous élever au-dessus de notre haine, nous unir comme nos ancêtres l’ont fait, il y a des millénaires, et véritablement, être une « lumière pour les nations ».

Peut-être ne savons-nous pas comment nous unir, ou si l’unité entre les juifs est même possible, mais les graines de notre cohésion passée sont dormantes en nous, attendant notre appel. Elles se réveilleront aussitôt que nous essaierons d’ouvrir nos cœurs des uns aux autres.

Ce serait une erreur tragique d’attendre, une fois de plus, que les nations nous forcent à nous unir. La seule manière d’atteindre une unité durable qui servira d’exemple est de la réaliser de notre propre chef. Si les nations nous y poussent, ce sera par haine avec toutes les terribles conséquences que cela implique.

Mais si nous nous rapprochons volontairement, le monde nous donnera toute l’aide dont nous avons besoin. Si nous ne percevons pas cela maintenant, c’est parce que l’humanité attend que nous fassions le premier pas, les nations veulent que cela vienne de nous.

La vieille haine qui est née avec la naissance de notre nation disparaîtra une fois pour toutes, seulement quand nous nous rassemblerons et que nous transmettrons la lumière de l’unité au monde entier. Si nous commençons cette réconciliation, la nécessité des émeutes et des pogroms contre les juifs disparaîtra.

Il n’y aura plus de fausses accusations comme celle d’avoir incendié des tours et il n’y aura plus de libelle de sang d’aucune sorte. Nous serons plutôt, finalement, ce qui est exigé de nous : « une lumière pour les nations. »