Tribune de Richard Prasquier 

Sursis ou sursaut ? Dernier avertissement électoral sans frais ou confirmation qu’un plafond de verre qui interdit jusqu’à la fin des temps au FN de vaincre au second tour ?

Les dirigeants modérés prétendent, droite et gauche confondues, avoir «compris» les messages des électeurs. Mais ces promesses ont un air de déjà entendu; les manœuvres tactiques qui vont de pair avec la préparation de la présidentielle risquent de dominer le jeu politique. Il faudra assurer des alliances pour ne pas être pris en tenailles.

Est-ce pour déjà complaire à ces alliances que le candidat socialiste en Ile-de-France s’était permis sur sa rivale finalement victorieuse, une insinuation de racisme qui nous ramenait à des temps staliniens ? Il faut espérer que non. Mais que cela serve à rappeler que des embardées peuvent survenir aussi bien dans la partie gauche que dans la partie droite de la route aux électeurs.

Mesdames Le Pen, la tante et la nièce, ont donc obtenu 40% de voix au premier tour du scrutin, dans des régions qui furent celles de Defferre et de Mauroy. En même temps l’extrême gauche subit un calamiteux échec. Alors que le marasme économique aurait dû être un bouillon de culture électorale très productif, elle ne se maintient plus qu’en négociant son pouvoir de nuisance envers le PS.

Donc, la phrase qui contribua à la victoire de Bill Clinton (« it’s the economy, idiot! ») n’est plus seule de mise aujourd’hui. Même parmi les électeurs du FN qui veulent «essayer quelque chose de différent», beaucoup se rendent compte que son programme économique est un passeport pour le précipice.

Mais il n’empêche: cela ne change pas leur vote. Des dizaines d’années d’inefficacité gouvernementale («contre le chômage, on a tout essayé», disait déjà Mitterrand quand la France avait dix fois moins de chômeurs qu’aujourd’hui), certes, mais il y a aussi l’impression de perdre pied, de vivre dans un pays qui n’est plus lui-même, les bourgades qui se vident, les métiers qui disparaissent, un avenir sombre pour les enfants.

Et puis cette colère à « travailler pour les autres », ceux qui profitent du système et qui n’en ont aucun gré. Les musulmans sont aujourd’hui les boucs émissaires et tout reporter sur un bouc émissaire est une faute contre l’esprit. Personne ne le sait mieux que les juifs, c’est un discours qu’on dirait caricatural, si ce terme ne renvoyait pas à un certain jour de janvier 2015, mais il est aussi caricatural de sous-estimer l’ampleur du malaise et d’en brocarder les protagonistes.

Un mois après les attentats de Paris, la peur reste palpable. Les failles dans nos systèmes de prévention, dans la coordination européenne et nos alliances avec des pays qui ont alimenté le terrorisme ou qui s’en servent de façon cynique, renforcent un très profond malaise.

Encore la France garde-t-elle la possibilité d’envoyer des troupes à l’extérieur, ce qui n’est plus le cas de la quasi-totalité des pays de l’Union européenne, dont certains s’imaginent encore vivre dans un monde sans ennemis. Au moins dans notre pays, celui-ci a-t-il enfin été désigné: l’islamisme radical, même si certains idiots utiles continuent de nous marteler que nous sommes les vrais responsables. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis où  le président Obama n’a pas voulu prononcer les mots qui fâchent après la tuerie de San Bernardino dont la motivation islamiste crevait pourtant les yeux.

Transformation essentielle, l’hyper-puissance américaine décrite par Hubert Védrine il y a quinze ans, s’est transformée en « hyper-impuissance » au plan international, malgré de brillants résultats macro-économiques, qui laissent dans l’ombre néanmoins la crise de l’Amérique profonde et des classes moyennes laminées.

Nos institutions semblent impuissantes à lutter aussi bien contre le chômage que contre le fanatisme religieux. Mais pour agir efficacement, elles doivent éviter la tentation simpliste qui est de croire que le second ne provient que du premier. Le djihadisme a à voir avec la haine et bien peu avec le Smic. Peut-être finira-t-on par comprendre que la lutte que l’on doit mener ici pour préserver notre façon de vivre se fait contre les mêmes ennemis que combat Israël pour sa propre survie, et que ce constat là est partagé par l’ensemble de la société israélienne, même si elle diffère, âprement parfois, sur les moyens.

Ne pas baisser les bras, ne pas laisser le sentiment d’impuissance s’installer….

Dr Richard Prasquier

Président du Keren Hayessod