Le monde va de commémorations en célébrations de jours mémoriels : les cent ans de l’engagement des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale, les cent ans de la Révolution bolchévique, de la Déclaration Balfour, les cinquante ans de la prise de Jérusalem et de l’unification sous l’autorité de l’Etat d’Israël, les soixante-dix ans de l’Exodus.

Une arche de Noé des rescapés a ainsi dérivé entre les mers des contrées les plus civilisées, avec des humains survivants des camps de la mort et du génocide plannifié des nazis que l’on nommera Holocauste, Shoah ou Hourban des Juifs.

Un génocide particulier dont la spécificité s’estompe parfois dans les confusions naturelles avec tous les autres meurtres préparatoires (Namas et Herreros en 1904 [Namibie], Arméniens, Assyriens, Grecs du Pont-Euxin en 1915 [Proche-Orient, Empire ottoman], le Holodomor ukrainien en 1932 [Ukraine]). Ailleurs, l’Inde et le Pakistan se disputent le Cachemire depuis soixante-dix ans…

L’Eglise catholique marque les cent ans des apparitions à Fatima, au seuil d’une révolution russe où elle a cru discerner une apostasie de la foi orthodoxe et l’émergence d’un nouvel espace à évangéliser.

Quelques décennies plus tard, c’est l’Armée Rouge qui libéra Auschwitz et, aujourd’hui, le Patriarcat de Moscou part à la reconquête des continents.

Le 16 juillet 2017, le président français, Emmanuel Macron, recevra, à Paris, Benjamin Netanyahou, premier ministre de l’Etat d’Israël pour commémorer les 75 ans de la rafle du Vel d’Hiv. Politique ? Oui, certes, on le pense et on le dira.

Mais il y a une incroyable Providence à ce que, plus de soixante-dix ans après cet acte de barbarie commis sous l’Etat Français, un représentant de l’Etat hébreu vienne aussi dire à la France, aux Juifs de France comme à l’Europe qu’il existe désormais un Etat des Juifs, devenu une réalité florissante, prêt à intervenir à tout instant et dans le monde entier pour protéger les siens et, bien souvent, les autres aussi.

Le Premier ministre israélien participera à l’inauguration d’un espace à la mémoire des enfants déportés.

Nous sommes loin de cette période délétère de la deuxième guerre mondiale. Les repères ont changé. Ils ont muté. Serait-il blasphématoire de le prétendre ? Auschwitz agonise et disparaît sous un silence opaque.

Nous le savons parfaitement en Israël : les derniers survivants de la Shoah meurent sans faire de bruit, chaque jour, chaque heure, dans l’isolement, l’abandon, la pauvreté.

Les choses sont différentes en diaspora. Il y a des jours où il est imperceptiblement évident qu’une époque est révolue.

En un sens, le 20ème siècle s’est évanoui, du moins à Paris, lors des funérailles de Simone Veil le 5 juillet 2017.

[Matricule] « 78 651 » s’est éteinte le 30 juin 2017 (6 Tamouz 5777) à son domicile de la Place Vauban – peut-être un symbole d’un destin à la française. La disparition de Simone Veil a immédiatement frappé les esprits, réveillant des mémoires assoupies qui luttent contre l’oubli.

Tel est le défi de cette femme vertueuse et sauvageonne. En France et en Europe, elle a incarné un en-deçà imaginaire et fantasque, barbare, morbide, broyeur programmé des âmes, des chairs… Elle l’a dit : « Au dernier jour, je serai à Auschwitz ».

Son histoire ? Elle se déroule en boucle dans les médias autorisés, sur les chaînes internationales, dans les réseaux sociaux. Comme un spinner fidjet qui finira par lasser ou qui lâchera une proie devenue, dit-on, icônique. On se hâte de republier le récit de sa vie. Il faudra du temps pour comprendre l’exploit d’une grande dame et d’une maman, d’une grand-mère semblable à tant d’autres.

Son fils Pierre-François l’a dit lors de la cérémonie aux Invalides : « Le temps est venu, comme dit l’Ecclésiaste, de te retirer… comme sur la pointe des pieds, et de te pleurer ».

Ce fut fait avec l’actuelle effectivité du nouveau président de la République française dont les mots simples et profonds exprimèrent le respect du pays pour Simone Veil, rappelant son parcours, ses douleurs, ses actions, son engagement pour l’Europe, la mémoire de la Shoah, la justice pour les prisonniers, le droit des femmes qui, pour la ministre, impliqua une régulation a minima pour aider des femmes désorientées.

Le président marqua la spontanéité du peuple de France à montrer une sympathie aimante pour cette femme au tempérament parfois bouillant, ferme dans sa recherche de l’excellence.

Déjà des pétitions circulaient en ligne – une mode qui signe le 21ème siècle numérique. Emmanuel Macron a simplement conclu qu’avec l’accord de la famille Veil, la défunte et son mari Antoine, entreraient au Panthéon.

Il faut s’arrêter sur les paroles de son autre fils. Jean Veil a rappelé les paroles de son père qui avait souligné la beauté de sa mère, ses yeux paires, son ineffable miracle de charme… par-delà ces tragédies indélébiles. Le tatouage la laissait comme un « shtik/שטיק -morceau », de même que l’arrivée et la rapide disparition de 450 000 Juifs hongrois dans les cheminées du camp.

Il y avait aussi la marche de la mort alors que l’Armée Rouge avait libéré Auschwitz et que des hères avançaient vers l’Ouest comme des somnambules. Elle y perdit sa mère, Yvonne, jetée par les kapos dans la fosse commune.

Une fois rentrée, apprenant qu’elle avait été reçue au Baccalauréat juste avant sa déportation, elle redécouvrit Paris, ses soeurs et dut réapprendre à lire… Elle ne fut pas la seule dans ce cas.

Le président Macron insista sur ce qui avait marqué la société française : une forme de fascination qu’on nomme « grandeur » dans le pays. Une force vive qui correspond trait pour trait aux enjeux actuels de la République : revigorer le sens du courage et lutter contre toutes haines… in varietate concordia (la concorde dans la diversité – inscription sur son épée d’académicienne française).

Simone Jacob-Veil a eu du courage et la France aime le courage, affirma Jean d’Ormesson recevant la rescapée au fauteuil de Racine, l’auteur qu’appréciaient tant son père André disparu en Lithuanie avec son frère Jean.

Née française, de culture, d’esprit, de formation intellectuelle reçus au sein de la communauté nationale, elle s’est perçue comme fille de ce pays. Elle s’est identifiée à son histoire.

Elle s’est surtout reconnue dans sa langue. Elle l’a clairement exprimé en racontant sa rencontre avec les internées des camps de l’Est, à Auschwitz, Birkenau, Brobek.  Que celles-ci aient été juives dans leur majorité ou non, elle s’exprima par des attitudes et un héritage reçus de France et non d’un judaïsme traditionnel ou fervent venu du Yiddishland.

Simone Veil fut imprescriptiblement juive par les valeurs acquises au sein de sa famille (honneur, droiture, rigueur, justice, éducation, savoir, esprit de solidarité) sans que la foi et la culture juives d’expression hébraïque lui aient été transmises.

En cela, elle appartenait à une certaine idée de la société française, même si, bien plus tard, elle prit l’habitude d’assister aux offices majeurs des fêtes d’automne.

C’est l’un des points sensibles, soulignés par sa disparition. Simone Veil, née Jacob, est partie en prononçant un dernier « merci » en français, prélude à son retour invisible vers les formes humaines qui avaient atteint l’épuisement dans les espaces clos d’Auschwitz-Birkenau, de Brobek. Là-bas, elle s’exprimait en français.

Elle ne fut jamais de culture yiddish, nebech ! (« la pauvre ! Allons donc ! »)

Voici un an, la veille du 4 juillet 2016, mourait Elie (Eliezer) Wiesel, le témoin de l’Holocauste, sorti d’Auschwitz, recueilli en France par l’O.S.E. (Oeuvre de Secours aux Enfants), un temps journaliste en Israël.

Il trouva sa voie dans une migration intercontinentale permanente et un ancrage dans la mémoire hassidique et yiddishisante… Il mourut alors que commençaient les célébrations de l’Indépendance des Etats-Unis.

Le Grand-Rabbin Israël Meir Lau, déporté à Buchenwald, fut interviewé à la télévision israélienne sur la personnalité d’Elie Wiesel. On lui demanda pourquoi, à son avis, le Prix Nobel ne s’était jamais fixé en Israël.

Il répondit : « Chez nous, en Israël, il n’aurait pas trouvé sa place dans un pays où le combat pour la survie est constant, l’attention envers les rescapés de la Shoah est assez faible et, surtout, ils étaient trop nombreux. Il aurait eu du mal à trouver un espace d’équilibre et de stabilité dans un univers qui l’aurait confiné dans une sorte d’anonymat.

Aux Etats-Unis, en France, il était enfin un homme libre, pouvant parler du Darfour comme des Juifs soviétiques, des persécutés et de la philosophie, réfléchissant sur la parole ou le doute ».

La question se pose aussi pour Emmanuel Lévinas, Juif de culture russe et yiddishisante, nourri de philosophie allemande qui s’est défini comme citoyen français, jusque dans le drame de la deuxième guerre mondiale.

Il fut soldat français, prisonnier en Allemagne, donc séparé de la destinée mortifère du monde juif de l’Europe de l’Est auquel il consacra pourtant sa vie pour en transmettre la dynamique sans cesse renouvelée.

Il le dut à la rencontre en yiddish avec Monsieur Chouchani. Pourtant, il écrivit ses textes et enseigna en français.

Je reviens sur une remarque très sensée que me fit récemment un professeur de judaïsme, lui-même revenu à la tradition. Il m’expliqua combien, au sein du judaïsme français, les Juifs existent certes, mais dans la langue de Rabelais, Molière, Victor Hugo… jamais en langues slaves ou jargonisées en yiddish.

De fait, personne ne s’est intéressé à publier ou rappeler qu’Emmanuel Lévinas ou Vladimir Yankélévitch ont conceptualisé leurs idées dans des formules enracinées dans un là-bas autre. Pour ma part, je les avais rencontrés naturellement en yiddish et en russe.

Et je m’étonnais de ce que personne ne se réfère, d’une manière scientifique ou biographique, à cette dimension fondamentale – en fait existentielle – de ce que ces penseurs furent dans le monde français.

L’évidence est là : on peut parler d’une déchirure de l’absence. Une déchirure comme celle que font les enfants juifs sur leur vêtement lorsqu’ils perdent leurs parents.

Combien plus encore quand c’est la mère qui disparaît. Pour Simone Jacob dont le corps de sa mère, Yvonne Jacob, fut abandonné au néant de la fosse commune, sur une terre autre. Le déchirement consista à la quitter sur ces lieux.

Comme Gisèle Lustiger, la mère du cardinal-archevêque de Paris, raflée et enfermée à Drancy. Elle fit passer un ultime papier griffonné pour les siens où elle avait dicté que l’on « ne revenait pas de cette maladie, que elle-ci était mortelle » et mourut à Auschwitz le 13 février 1943.

Pourquoi mentionner le cardinal-archevêque ? Il avait été stupéfait de se découvrir « polonais » au lendemain de sa nomination à Paris. Il plaisanta, disant qu’il était un « Polonais de la Butte Montmartre ».

Il ne connaissait pas un mot de polonais, vaguement quelques mots de yiddish glanés ici et là et ne lisait pas du tout l’hébreu. Un Français, comme Simone Veil, de la même génération sinon que son père, Charles Lustiger, lisait et parlait parfaitement yiddish.

Mais le fils se voulait enraciné dans la terre de Péguy, nourri de la langue d’oil, enfant de la République et de l’Eglise catholique, s’interdisant de parler des conditions dans lesquelles il avait perdu sa mère.

Pour ces deux êtres – comme pour des millions d’autres – la perte de Maman rejoignait l’effritement et l’oubli de la « langue de la mère ou mame-lush’n/מאמע-לשון »  que fut le yiddish maternel au profit d’une identité et d’une spiritualité qui collaient à la société française.

Nous ne sommes plus en 1945. Le yiddish bundiste et socialiste s’est dilué dans l’altérité, la défiance, la honte, un relent de prolétariat en haillons comme l’immigrant de Charlie Chaplin. On en était arrivé à ignorer que le monde juif pieux persistait à communiquer dans cette langue.

Le curé de Paris m’appela un après-midi de 1978. Sitôt entré dans son bureau, il me tendit un gros volume. « Le Mémorial de La Déportation des Juifs de France » venait de lui révéler la date de la déportation de sa mère, sa mort à Auschwitz. Ce furent quatre heures de douleurs intenses, d’un flot de paroles qu’il est inutile de reproduire ici.

Je l’ai écouté en silence. Au bout de deux heures, alors que la secrétaire avait renvoyé tout le monde et fermé le centre paroissial, je lui dis de me laisser regarder le livre dont il tournait les pages avec fébrilité. J’y trouvais les deux membres de ma famille qui habitaient alors à Paris.

Je m’étonnais qu’il ait appris ces dates si tardivement. J’avais, depuis 1961, les dates des miens qui étaient pourtant citoyens soviétiques et non français.

Il découvrait, ahuri et profondément blessé, un Auschwitz et l’univers concentrationnaire avec les noms que des jeunes filles juives apprenant à taper à la machine à écrire avaient transcrits dans des listes aujourd’hui mémorialisés.

Il m’assura alors ne pas connaître Serge Klarsfeld qui habitait tout près. C’est sa mère de substitution, Odette Baticle, sortie de manière incongrue de Drancy où elle avait connu Gisèle Lustiger, qui les fit se rencontrer.

Or, le mardi 30 septembre 1997, Mgr Olivier de Berranger, récemment décédé, évêque de Seine-Saint-Denis, a lu, à Drancy, le texte de la Déclaration de repentance pour le silence sur les crimes commis contre le peuple juif pendant la Shoah et leur demande de pardon envers la communauté juive.

Seuls vingt évêques étaient présents ainsi que le Grand-Rabbin Sitruk et divers représentants juifs. Un geste qui tombait en pleine affaire Papon. Le cardinal se rendit en voiture à cette cérémonie à Drancy. Passant par Bir Hakeim et l’emplacement du Vel d’Hiv, il dit à son secrétaire : « Ma mère est partie d’ici pour toujours ».

Jean Veil dit, lors de l’hommage à sa mère aux Invalides, qu’elle avait un caractère « soupe au lait », passant d’une attitude ombrageuse à une douceur aimante.

Le cardinal avait ses « irrationnalités ». Mais tous deux, dans des situations dissemblables ont exprimé la faille béante, celle de la disparition aveugle de leurs mamans.

On rejoint ici l’importance de la maternité. Il faut le souligner avec force pour Simone Veil car elle a vu l’anéantissement, l’extermination de sa mère.

Le cardinal romain a peiné à faire un deuil traumatisé par la disparition fantômatique et le non-retour de Gisèle Lustiger. On entre alors dans ce qu’André Chouraqui a traduit par l’élément matriciel qui est autant celui de la naissance au sein des entrailles fertiles de la femme-mère que la miséricorde divine [rahamim/רחמים en hébreu, misericordia en latin].

Quelles identités ont donc été transmises  par ces mères disparues à ces deux enfants de la République française ? Celles qui insistent sur la responsabilité morale, sur le devoir de concourir au bien d’une collectivité dont l’histoire continue de s’exprimer en clair-obscur.

Un besoin impératif de réconcilation enjambant, parfois à reculons, les silences coupables ou auto-justifiants de groupes et d’individus étroits. Et puis le temps passe.

Simone Veil fut imprescriptiblement juive, peut-être au-delà de ce à quoi elle aurait souscrit de prime abord. Le cardinal Lustiger n’avait aucune base judaïque traditionnelle, mais les années l’ont conduit à creuser une mémoire dont il s’est fait l’écho, de manière inédite dans le pays et au sein de l’Eglise catholique romaine, dans une France qui commençait à découvrir les affres de l’Holocauste.

Il reste que le monde n’est pas juif : le mémorial hébraïque a apporté, depuis la Plaine de Ninive au Croissant Fertile, de Bethléem, Nazareth et Jérusalem jusqu’aux extrémités de la Terre, un souffle qui ne cesse de circuler au nom du Saint Béni Soit-Il.

Le Qaddish fut prononcé au moment où ces deux personnalités ont quitté le monde animé où nous continuons d’évoluer. Cette prière est faite de mots araméens, louange de l’Eternel.

Le fidèle Le remercie d’avoir donné des Maîtres ; ou encore,  le Qaddish est la louange dite par l’orphelin que le Créateur bénit et console. Il est aussi le Qaddish du champ du repos – aujourd’hui moins courantque  dix hommes tournés vers Jérusalem récitent après que le défunt ait été mis en terre.

Il est centré sur le monde à venir, la reconstruction de Jérusalem, l’ouverture d’une ère où l’idolâtrie sera effacée de la surface de la terre, la foi revigorée.

Sur le parvis de Notre-Dame, le 10 août 2007, le cousin du cardinal, l’historien juif allemand Arno Lustiger prononça, avec d’autres, le Qaddish de l’orphelin avant que le cercueil ne pénètre dans la cathédrale.

Le 5 juillet 2017, les enfants de Simone Veil dirent le Qaddish de l’orphelin lors de l’enterrement de leur mère au cimetière du Montparnasse, en présence du Grand-Rabbin de France Haim Korsia et de Delphine Horvilleur, Rabbin de la communauté juive libérale de France.

Le cimetière Montparnasse unit dans le silence des êtres de toutes origines. C’est là que se trouve la tombe du père du cardinal Lustiger. C’est aussi là que reposent les membres de la famille Veil Lévy, en particulier Antoine, le mari de Simone Veil.

Voici dix ans, le cardinal Lustiger ne passa pas par le cimetière Montparnasse : il fut enterré à l’intérieur de la cathédrale Notre-Dame, sur le côté de l’autel majeur.

Simone Veil fut mise en terre aux côtés de son mari le 5 juillet 2017. Tous deux semblent appelés à quitter ce lieu pour faire leur aliyah au Panthéon des grandes personnalités auxquelle la Patrie (de France) est reconnaissante.

Une apparente « canonisation laïque » selon certains, une décision rapide, confirmée par le Président Emmanuel Macron avec l’assentiment de la famille des défunts. D’autres évoquent un air du temps qui réclame des « santi subito », des saints tout de suite, entre le Père Jacques Hamel et l’héroïne laïque de la République.

Cela signifie que l’archevêque et la ministre de la République, académiciens et personnalités nationales, trouvent leur repos éternel dans une église. C’est  à Notre-Dame de Paris pour le cardinal-archevêque.

La femme politique, première présidente de l’Assemblée Européenne entrera avec son mari dans l’ancienne église Sainte-Geneviève – initialement dédiée aux Apôtres Pierre et Paul –  située sur la colline qui porte le nom de la Patronne chrétienne qui sauva Paris des Huns conduits par Attila (« petit père » en langue gotique).

Cela peut interroger. On ne badine pas avec la laïcité à la française. Pourtant, le monde de la foi s’impose en dépit de tout, de toutes et de tous. Cela a du sens que deux personnalités atypiques si imprégnées de la tradition française soient, accueillies dans des lieux de la foi catholique, parvenus en Europe de Jérusalem et la Terre Sainte, voici deux mille ans.

Certes, le Panthéon est considéré comme un symbole de la laïcité, parfois exacerbée, sans références religieuses. En fait, il se dresse sur le socle ferme et ancien de l’héritage judéo-chrétien à Lutèce.

On s’étonne donc du silence gêné de l’Eglise lors du décès de Simone Veil. On regrette les paroles violentes, sinon odieuses de certains représentants de l’Eglise, de journalistes clochant des deux pieds, troublés jusqu’à ergoter sur des lois qui ont dérivé sur plus de trente ans.

La mémoire est vivante et nous sommes tous conduits à changer. Il reste que le pays est en quête de verticalité et de vie spirituelle et que l’Eglise est restée silencieuse.

Le cardinal Lustiger aurait sûrement parlé, non en raison de la Shoah ou même d’une loi dont le sens a été réévalué sur trente ans, mais parce que l’Eglise a une parole de vie à apporter lorsqu’une femme de cette envergure quitte les siens et la société française, européenne.

Le Grand-Rabbin Haim Korsia, qui a écrit une biographie du Grand-Rabbin Jacob Kaplan et la signification de la présence juive dans la réalité française, a officié au cimetière Montparnasse. La présence d’une femme rabbin dépendait de la décision intime de la famille de la défunte.

Le Qaddish n’est pas centré sur les vivants, leurs choix, leurs histoires juives, médiatiques ou autres. Le Qaddish appelle à sanctifier le Nom du Très-Haut. C’est dire que tout être vivant ou mort est coiffé par Son Nom Très-Saint. Par le Saint Béni soit-Il et Lui seul.

Le 16 juillet 2017, cela fera 75 ans que la rafle du Vel’ d’Hiv (Vélodrome d’Hiver) a eu lieu à Paris. C’était au 20ème siècle.

La France pensera aussi ce jour-là à ceux qui ont été à Drancy au péril de leur vie, essayant de sauver certains de ces Juifs parqués au nom de l’irraison qui dépassait les exigences de la Gestapo. Il y eut tant de femmes, dont Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Mère Maria Skobtsova, moniale de l’Eglise orthodoxe russe à Paris qui mourut à Ravensbrück.

Nous sommes désormais entrés dans un autre temps, un autre siècle.