L’impossible troisième bloc

Benny Gantz s’en est allé, et avec lui l’idée d’un troisième bloc qui s’imposerait entre celui de Binyamin Netanyahou et celui de ses opposants. En annonçant qu’il se retirait de la compétition électorale, le leader de « Bleu Blanc » (les couleurs du drapeau israélien) met fin à une incursion en politique qui a duré huit ans.
Après une brillante carrière militaire, cet ancien chef d’État-Major avait créé le parti « Résilience d’Israël ». Cette formation, associée à celle de Yaïr Lapid, avait atteint un sommet aux élections d’avril 2019 en obtenant 35 sièges.
Dans les dernières enquêtes d’opinion, « Bleu Blanc » atteignait difficilement 1 % des intentions de vote, d’où la décision de Benny Gantz de se retirer. En s’engageant en politique, il déclarait vouloir mettre « Israël avant tout ». Cette proclamation patriotique visait à dépasser les antagonismes traditionnels pour imposer une lecture unanimiste de l’intérêt national.
Las ! le beau projet s’est heurté à deux obstacles. Le premier relève de la politique politicienne. Il aurait dû succéder à Binyamin Netanyahou en septembre 2021 dans le cadre d’un accord de rotation. Une opportune crise politique l’empêchera d’y arriver. Le second obstacle est plus fondamental. On peut souhaiter la résilience du pays, se présenter sous les couleurs du drapeau israélien, encore faut-il dire comment. Le problème auquel s’est heurté Benny Gantz, et tous ceux ayant voulu incarner une troisième voie, est que leur projet devient rapidement illisible.
Contre la droite mais pas pour la gauche. Contre un État palestinien, mais pas pour l’annexion de la Cisjordanie. Pour une alliance avec la droite, mais sans soutenir ses alliés encombrants. Pour une alliance avec la gauche, mais sans coopérer avec les partis arabes.
Benny Gantz n’est pas le seul à payer le prix de l’ambigüité. Aux élections du 27 octobre prochain, l’alliance du parti des réservistes de Yoaz Hendel et de celui de l’économiste Yaron Zlika n’est pas certaine de franchir le seuil d’éligibilité de 3,25 % lui permettant d’entrer à la Knesset. Ils présentent un programme qui se veut consensuel : un service militaire ou national universel et un catalogue de réformes économiques libérales : baisse des impôts et lutte contre les monopoles qui mettraient fin à la vie chère. Ils se veulent indépendants de la coalition sortante comme de l’opposition. S’ils parviennent à faire élire des députés, ils devront bien finir par soutenir l’un des deux blocs qui aurait besoin d’eux pour former une majorité, devenant ainsi les faiseurs de rois. Les mauvaises langues diraient en se vendant au plus offrant.
C’est bien là le drame du troisième bloc. En refusant de choisir entre des options claires, entre des alliances, on tombe facilement dans le marchandage politique. Bien loin de la résilience, même en se parant des couleurs du drapeau israélien.
