L’idée dominante au sein de la gauche israélienne et pro-israélienne est que « la solution à deux Etats » doit s’imposer : un Etat juif et un Etat palestinien. Ce serait la seule manière de conserver un Etat juif et démocratique. Un Etat binational serait condamné à perdre à la fois sa majorité juive et son caractère démocratique.

Il est donc indispensable de négocier avec les Palestiniens et de mettre fin à la colonisation juive en Cisjordanie. Ce serait aussi la seule façon d’apaiser les Etats arabes qui entourent Israël.

Le processus de création de cet Etat a théoriquement débuté en 1993, lors des accords d’Oslo, pour devenir ensuite une véritable idée fixe. Un corollaire de cette idée est que l’assassinat de Rabin par un extrémiste juif en 1995 a cassé un processus qui était sur le point d’aboutir, comme Yasser Arafat aimait à le faire croire.

À vrai dire, l’idée d’Etat palestinien n’est plus très populaire en Israël. La dernière campagne électorale en 2015 a montré que cette question n’était pas plus au programme de la gauche que de la droite.
On observe donc moins un clivage gauche/droite qu’un contraste entre l’opinion juive israélienne et l’opinion juive européenne. En Europe, c’est quasiment devenu un poncif que d’affirmer que la politique d’extrême-droite du gouvernement Netanyahu bloque l’avènement de l’indispensable Etat palestinien.

Pour le Bien d’Israël

Cette idée ne provient pas de la gauche antisioniste, hostile à l’existence même de l’Etat juif, mais de gens favorables à Israël, comme les signataires de J-Call en 2010 (« European Jewish Call for Reason »), qui aspirent à une paix au Proche-Orient reposant sur un accord entre Israéliens et Palestiniens, selon le principe «deux peuples, deux États».
C’est pour le bien d’Israël que l’on recommande l’arrêt de la colonisation et la création d’un Etat palestinien.

Cette bienveillance est légèrement suspecte, car elle provient d’une communauté en butte à un antisionisme dérivant de plus en plus violemment dans l’antisémitisme, comme l’ont montré les attentats de Toulouse (Mohamed Merah), Bruxelles (Musée juif) et Paris (Hyper Cacher). Les Juifs, jadis traités de « sales juifs », sont aujourd’hui accusés d’être de « sales nazis », à cause de la politique d’Israël.

J Call est l’expression des bonnes intentions de Juifs européens, qui pointent la faute d’Israël dans son propre malheur. L’appel indique que « l’existence d’Israël est en danger », et que « ce danger se trouve aussi dans l’occupation et la poursuite ininterrompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem Est, qui sont une erreur politique et une faute morale ».

Malgré le mot « aussi », ce texte met un point d’honneur à n’émettre aucun jugement sur les adversaires d’Israël, une grave lacune en termes d’analyse politique.

Cet appel constitue une certaine abdication face à l’antisémitisme, une manière de reconnaître la faute des Juifs, tout en se dédouanant et en proclamant : « Netanhyahu, c’est pas nous! ». On peut suspecter la bienveillance des Juifs européens d’être plus orientée vers eux-mêmes que vers Israël.

L’idée fixe des Palestiniens

Et si cette idée d’Etat palestinien n’était que du wishfull thinking ? S’il était irréalisable, pour une raison évidente que le monde se refuse à voir: les Palestiniens n’ont jamais souhaité un Etat. Ni en 1947, lorsque le plan de partage des Nations Unies le leur accordait, en même temps que la création d’Israël (et avec l’acceptation d’Israël). Ni en 1993, lorsqu’Arafat avouait secrètement que les accords d’Oslo n’étaient qu’un cheval de Troie permettant d’envahir Israël par la suite, ni après l’évacuation de Gaza en 2005.

L’absence d’Etat palestinien n’est pas due au fait que les Palestiniens sont faibles ou qu’ils s’y prennent mal. L’idée fixe des Palestiniens, inscrite dans la charte du Fatah et du Hamas, et constamment réitérée, c’est la conquête de toute la Palestine et la disparition de l’Etat d’Israël.

Dans ces conditions, Israël ne peut accepter la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie, qui serait un Gaza-bis, une base militaire pour attaquer Israël, à 15 km de Tel Aviv et à la périphérie de Jérusalem.

La solution à un Etat

N’existe-t-il donc aucune solution au conflit israélo-palestinien ? Pas nécessairement, mais la solution réside peut-être dans un processus que la gauche se refuse à penser et la droite à avouer : l’établissement de la souveraineté israélienne sur l’ensemble de l’ancien mandat Britannique et l’annexion de la Cisjordanie, afin de créer un seul Etat incluant Juifs et Arabes. Ceci ne serait pas fondamentalement différent de la situation actuelle, puisque près de 2 millions d’Arabes sont citoyens israéliens.

Mais ne s’agirait-il pas d’une invasion parfaitement illégale ? En réalité, les frontières d’Israël n’ont jamais été définies, puisque le plan de partage des Nations Unies de 1947 a été refusé par les Arabes et a engendré les conflits de 1948 et de 1967, qui se sont achevés sur une simple ligne de cessez-le-feu. Les frontières devaient être fixées par un accord de paix qui n’a jamais eu lieu.

En ce sens, le terme de « colonies » appliqué aux implantations juives de Cisjordanie est inapproprié. Il s’agit de territoires occupés et «contestés», comme disent les autorités israéliennes, conséquences d’un conflit inachevé. Au lieu d’être un processus aggravant le problème, la « colonisation » serait une étape vers sa solution.

Mais une telle solution ne constituerait-elle pas une violence politique et morale inacceptable? C’est loin d’être évident. Le peuple palestinien ne peut pas s’exprimer uniquement par la voix de ses dirigeants, qui ne brillent pas par leur caractère démocratique (les dernières élections palestiniennes remontent à 2006).

Des sondages d’opinion ont montré en 2012 que 59 % des Palestiniens de Cisjordanie étaient opposés à un retrait unilatéral des Israéliens, et que seuls 30 % des résidents Arabes de Jérusalem opteraient pour la citoyenneté palestinienne s’ils avaient à choisir. On peut donc parfaitement imaginer que toute une frange modérée et active de la population arabe apprécierait le fait de devenir résidents ou citoyens israéliens, autant que les Arabes vivant en Israël.

Mais, proclameront enfin ceux qui sont convaincus de la nécessité d’une solution à deux Etats, la situation et l’évolution démographique sont telles que la population juive deviendrait minoritaire. L’Etat binational mènerait inéluctablement au suicide de l’Etat juif.

Ce qui confirme le fait que ceux qui pensent cela ne s’intéressent pas assez aux faits. Le taux de fécondité des Palestiniens de Cisjordanie et des Arabes israéliens se situe aujourd’hui au même niveau que celui des Juifs (environ 3 enfants par femme en 2012). De plus, il semble que la population palestinienne ait été fortement surestimée lors du dernier recensement de 1997. L’inclusion des Palestiniens de Cisjordanie ferait passer la fraction de la population israélienne arabe de 20 % à 30 %. La bombe à retardement démographique n’existe donc pas.

Fantasme de Juifs européens

On peut donc se demander si « la solution à deux Etats » est encore autre chose qu’un fantasme de Juifs européens, qui considèrent l’impossible comme possible, et le possible comme impossible.

Je suis conscient qu’une telle question est politiquement incorrecte, intolérable et presque inaudible. C’est une idée de droite – « droite » entendu comme synonyme de Mal. Mais cette indignation n’exprime peut-être que le malaise des Juifs européens.

Avant de me faire traiter de représentant de l’extrême-droite et de suppôt de Netanhyahu, je précise que je ne suis pas Israélien et que je ne défend pas un programme politique; je tente d’analyser ce que j’observe. A l’opposé, il me semble que le projet d’Etat palestinien ne résulte pas d’une analyse politique, mais d’une pensée politiquement correcte.