Il est impossible d’analyser les relations israélo-azerbaïdjanaises sans prendre en considération les aspects convergents et divergents des intérêts géopolitiques et géoéconomiques des principaux acteurs de la région.

L’Azerbaïdjan est un État indépendant du Caucase du Sud et dynamique économiquement, qui représente 80 % du PIB total de cette région.

Sous le leadership d’Ilham Aliyev, un homme politique pragmatique qui conduit son pays à l’indépendance en menant une politique étrangère multi-vectorielle et une diplomatie balancée à l’échelle international.

Pour cela, les liens entre les deux pays reposent sur le principe du respect mutuel, d’une confiance forte et d’intérêts équilibrés.

En dépit de cela, la coopération stratégique entre l’Azerbaïdjan et Israël se développe étape par étape.

Dans une vision stratégique beaucoup plus large, l’Azerbaïdjan est l’un des rares États à majorité musulmane qui coopèrent activement et commercialement avec Israël, et ses quelques amis dans la région.

Le montant des échanges extérieurs de l’année 2014 entre Israël et l’Azerbaïdjan a atteint 4 milliards de dollars, faisant de l’Azerbaïdjan le premier partenaire commercial d’Israël au sein de la Communauté des États Indépendants (CEI).

Evoquons qu’en juin 2009 pour la première fois dans l’histoire des relations israélo-azerbaïdjanaises Shimon Peres, le président israélien est venu avec trois ministres et 60 hommes d’affaires en Azerbaïdjan pour une visite officielle.

En tant que successeur politique de Heydar Aliyev, le Chef d’État azerbaïdjanais Ilham Aliyev a déclaré : « Je suis heureux de vous accueillir dans mon pays. C’est une visite importante pour l’Azerbaïdjan et nous sommes intéressés par l’expansion et le renforcement de la coopération entre l’Azerbaïdjan et Israël dans les domaines de la sécurité, de la diplomatie et de l’économie. ».

Lors de la rencontre avec son homologue israélien Shimon Peres deux contrats ont été signés entre les deux pays.

L’un d’eux prévoit la coopération dans le domaine des communications et le second une coopération dans le domaine de l’éducation, de la science et de la technologie.

                   Shimon Peres et Ilham Aliyev à Bakou – 2009

Dans une interview accordée à Trend, agence d’information, Peres a déclaré qu’Israël soutient l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan.

Cela semble être une référence claire au différend arméno-azerbaïdjanais du Haut-Karabakh, dans lequel les Arméniens continuent encore à occuper les territoires à l’intérieur des frontières azerbaïdjanaises.

« Je le sais que l’Azerbaïdjan a des problèmes. Fondamentalement, les problèmes découlent de vos voisins. Parce que dans la vie politique vous ne pouvez pas choisir vos voisins, comme dans la famille, vous ne pouvez pas choisir vos parents. C’est un fait de la vie. Israël est totalement pour l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan. Nous ne pensons pas qu’un pays peut venir et annexer une partie d’un autre pays, a-t-il fait remarquer. »

Suite à la rencontre entre les présidents azerbaïdjanais et israélien M.Ilham Aliyev et M.Shimon Peres, les relations militaires ont été élargies de manière significative et, la Société israélienne Aeronautics Defense Systems Ltd a annoncé en 2009 qu’elle allait construire une usine à Bakou.

Selon un accord signé entre les deux pays la société de construction israélienne « Binui and Shikun » participera conjointement avec l’AZERROADSERVICE (OJSC) société par actions de type ouvert, l’agence exécutive de la part du gouvernement d’Azerbaïdjan à la mise en œuvre de la section de Mughanli-Yevlakh, projet d’autoroute Bakou-Shamakhi-Yevlakh.

Les travaux de construction 145 km, un cout estimatif $337,50 millions vont commencer à partir de Mughanli, l’intersection de la route Bakou-Shamakhi-Yevlakh et Bakou-Shamakhi-Ismayilly et se terminera à Khaldan, poste de police à l’intersection avec l’autoroute Ujar-Yevlakh.

L’importance stratégique de l’autoroute s’est caractérisée par le fait qu’elle est une composante du mégaprojet de l’autoroute Est-Ouest: « le Corridor du Transport Europe-Caucase-Asie » ou bien « La Fameuse Route de la Soie » reliant Bakou à la Géorgie et s’étendant jusqu’à la mer Noire.

La modernisation de l’armée azerbaïdjanaise dans le cadre de la coopération de défense est clairement, et stratégiquement l’élément essentiel pour Bakou dans ses relations avec Jérusalem.

En 2011, une société israélienne du secteur de la défense a ouvert une usine de drones militaires en Azerbaïdjan.

En février 2012 Israël Aerospace Industries, entreprise publique du secteur aéronautique, signe un nouvel accord avec l’État d’Azerbaïdjan portant sur la vente de 1,6 milliard de dollars de drones, ainsi que sur des systèmes de défense antiaériens et des missiles.

Enfin en 2014, Moshe Yaalon est devenu le premier ministre israélien de la Défense à visiter l’Azerbaïdjan, il a été reçu par le Chef d’État azerbaïdjanais M. I. Aliyev.

Il s’est entretenu également avec le ministre azerbaidjanais de la Défense Zakir Hasanov et les hauts responsables gouvernementaux à Bakou.

« Je suis heureux d’être accueilli ici, c’est la première visite historique d’un ministre israélien de la Défense en Azerbaïdjan, » a dit Yaalon à Bakou, dans les remarques qui ont été publiées sur Twitter.

« Les relations bilatérales entre nous sont fructueuses, et il y a une relation stratégique entre nos deux pays ainsi qu’une coopération dans divers domaines. »

Il faut noter que, la coopération israélo-azerbaidjanaise dans le domaine de la sécurité est vitale et bénéfique à la fois pour Jérusalem et pour Bakou.

L’autorité azerbaïdjanaise a promu plusieurs fois sa vision et a engagé une action pour la lutte contre le terrorisme à l’échelle régionale et globale et, contre toutes les activités des réseaux radicaux et criminels qui déstabiliseront la région.

Le ministère de la Sécurité nationale d’Azerbaïdjan a arrêté des membres du Hezbollah en 2009 et 2012. Ces derniers avaient collaboré avec les services de renseignement iranien dans la tentative d’assassinat de deux enseignants dans une école juive à Bakou.

Des projets d’attaques terroristes contre les ambassades des États-Unis d’Amérique et d’Israël à Bakou, étaient aussi programmé. Ceci montre les défis auxquels doivent faire face l’Azerbaïdjan et son partenaire israélien.

Lorsque les spécialistes iraniens du nucléaire ont été assassinés, l’Iran a affirmé que le MOSSAD (service de renseignement israélien), était responsable de ces assassinats. L’Iran a en outre accusé l’autorité azerbaïdjanaise d’aider le service de renseignement israélien.

Cela montre l’inquiétude et la méfiance de l’Iran quant à l’évolution des relations entre l’Azerbaïdjan et Israël.

Certainement, l’échec de l’alliance israélo-azerbaïdjanaise dans la lutte contre les courants radicaux et extrémistes de la région serait dommageable et, aurait des conséquences imprévisibles pour Bakou et Jérusalem.

Les tentatives de Téhéran d’imposer son idéologie religieuse pourraient avoir des répercussions catastrophiques sur la sécurité d’Israël et, sur le potentiel de l’Azerbaïdjan à être un allié indépendant et fort dans la région.

Lors d’une de ses interviews Rafael Harpaz, ambassadeur d’Israël en Azerbaïdjan, fait remarquer que « L’Azerbaïdjan a pris une position courageuse contre les efforts visant à déstabiliser la région », faisant une référence évidente à l’Iran. L’extraordinaire ambassadeur de l’État hébreu à Bakou Rafael Harpaz souligne qu’un sentiment antisémite, répandue dans une grande partie du monde arabe, est pratiquement inexistant en Azerbaïdjan.

Dans le sens traditionnel, la sécurité avait un double objectif, celui de préserver l’intégrité territoriale d’un État et sa souveraineté. Lenore Martin, professeur et directrice du département de science politique ainsi que coordinatrice du programme d’Études globales au Collège d’Emmanuel, propose une approche conceptuelle intégrée dans son ouvrage «New Frontiers in Middle East Security ».

Elle définit la sécurité nationale comme « la capacité d’un État à dissuader ou contrer les menaces faites à ses trois composantes : le territoire, la société, et le régime ».

Parmi les variables critiques qu’elle prend en compte dans ce paradigme sur la sécurité, on trouve : les capacités militaires, la légitimité politique, la tolérance ethnique et religieuse, les capacités économiques, et la disponibilité des ressources naturelles essentielles.

La sécurité énergétique est basée sur la capacité d’un pays à avoir un accès libre ainsi qu’un approvisionnement suffisant et ininterrompu en énergie, comme par exemple le pétrole et le gaz. Ces sources peuvent provenir de son propre territoire ou de sources étrangères.

Soulignons que depuis l’établissement des relations bilatérales, l’énergie constitue un des piliers clés de la coopération stratégique israélo-azerbaïdjanaise. Ceci en raison des vastes ressources énergétiques de l’Azerbaïdjan et de sa position géographique.

En effet, c’est le passage est-ouest de la mer Caspienne et ses ressources pétrochimiques, ainsi qu’un lien important avec les ressources énergétiques de l’Asie centrale. La coopération énergétique de l’Azerbaïdjan est clairement devenue un facteur extrêmement important pour la sécurité énergétique de l’Etat d’Israël, dans une région où il se trouve entouré d’États voisins hostiles.

Aujourd’hui beaucoup d’Israéliens ont encore en mémoire les conséquences de l’embargo pétrolier arabe contre l’Etat d’Israël en 1973. Ils ne sont pas du tout au courant que plus de 40 % de leur besoin en pétrole est assuré par l’Azerbaïdjan.

Pour un pays totalement déconnecté des infrastructures de ses voisins, ce commerce de pétrole est une importante planche de salut pour les questions de sécurité énergétique israélienne. En 2014, l’Azerbaïdjan a exporté 2,5 millions de tonnes de pétrole pour une valeur totale de 2,1 milliards de dollars vers Israël.

Le chiffre d’affaires du commerce de l’an dernier entre l’Israël et l’Azerbaïdjan a atteint 4 milliards de dollars, faisant le premier partenaire commercial de l’Azerbaïdjan et le deuxième importateur de pétrole azerbaïdjanais après l’Italie.

Cette coopération permet avant tout à Israël de diversifier ses approvisionnements pétroliers et de trouver un fournisseur fiable, en l’occurrence l’Azerbaïdjan. Bakou approvisionne Jérusalem à hauteur d’un tiers de ses besoins en pétrole.

Avec la mise en œuvre d’un projet énergétique international, l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), la Compagnie pétro-gazière d’Azerbaïdjan(SOCAR) est devenu un producteur et un exportateur de pétrole, entre autres livré à Israël.

Comme il a été mentionné ci-dessus, l’énergie est une composante majeure des relations entre l’Azerbaïdjan et Israël et, la construction de l’oléoduc BTC a été le point clé de ce partenariat.

Le pétrole azerbaïdjanais exploité par BP, qui a commencé à transporter via BTC, ayant une capacité de 1 millions de b/j, est stratégiquement important pour Israël.

La cérémonie d’inauguration de l’oléoduc BTC a eu lieu le 6 juillet 2006 à Ceyhan, port méditerranéen de la Turquie. La présence du ministre israélien du Commerce et du Travail (mais il a été ministre des infrastructures nationales) Binyamin Ben-Eliezer, à cette cérémonie d’ouverture montre l’importance de cet oléoduc pour la politique énergétique israélienne.

Dr. Ariel Cohen, chercheur en études russes et eurasiennes ainsi qu’en politique internationale de l’énergie à la Fondation de l’Héritage a dit : « Israël peut bénéficier de projets visant à acheminer le pétrole et le gaz de la mer Caspienne et de l’Asie Centrale vers les marchés occidentaux. Cela permet à Israël de diversifier son approvisionnement et de recevoir de l’énergie de façon abondante et à un prix abordable. ».

En automne 2011, la Société Caspienne de Forage, une filiale de la SOCAR, a acquis une participation de 5 % dans le champ de pétrole israélien de Med Ashdod. Ce champ de pétrole situé à 16 kilomètres au large des côtes israéliennes, permet à la SOCAR de devenir un acteur majeur du forage dans le domaine offshore. Ce projet est la première opération de production de pétrole et de forage de la SOCAR en dehors de l’Azerbaïdjan.

Enfin, la configuration idéale du partenariat bilatéral entre Israël et l’Azerbaïdjan confirme encore une fois, que cette coopération a des motivations stratégiques qui reposent sur des racines profondes. Malgré qu’il n’y ait pas encore d’ambassade d’Azerbaïdjan en Israël, les relations multilatérales entre Bakou et Jérusalem s’approfondissent de manière significative.

Le Chef d’État azerbaïdjanais I. Aliyev a déjà comparé les relations de son pays avec Israël à un iceberg: « Les neuf dixièmes de celui-ci sont en dessous de la surface ». Pour cela, la signature d’un décret en 2010 par le Président I. Aliyev, qui permet aux citoyens israéliens et turcs d’obtenir directement la délivrance de visas dans les aéroports du pays est un symbole.

Cela montre l’importance de l’amitié israélo-azerbaïdjanaise. L’Azerbaïdjan est probablement le seul État musulman avec lequel Israël entretient des relations sincèrement cordiales.

C’est devenu particulièrement important après la crise dans les relations entre Israël et la Turquie.

En fait, les relations entre les deux pays sont devenues si proches que le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Liberman a dit lors de sa visite en Azerbaïdjan en 2012 : « l’Azerbaïdjan pourrait devenir un médiateur entre Israël et le monde arabe ». Cela, bien sûr, était un rôle que la Turquie se voyait jouer jusqu’au récent ralentissement de ses relations avec l’Israël.

En décembre 2013, l’Azerbaïdjan et Israël ont établi un nouveau forum de coopération appelé le dialogue de développement Israël-Azerbaïdjan au sein de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques. (OCDE) [Soutenu par le Partenariat de Busan pour une coopération plus efficace en faveur du développement]

Cette dynamique s’est enrichie en avril 2013 par la visite du ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Elmar Mammadyarov avec une délégation importante en Israël. Lors de cette visite, des réunions avec les dirigeants israéliens, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Shimon Peres étaient organisées.

Le ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères a également rencontré des hommes d’affaires israéliens et des dirigeants communautaires azerbaïdjanais et israéliens. Lors de la visite, ils ont discuté de l’avenir des relations bilatérales et, le 26 avril 2013, Mammadyarov a affirmé une fois de plus que « les négociations sont en cours pour ouvrir une ambassade en Israël. »

Nous devons noter qu’une des explications de la réticence par rapport l’ouverture de l’ambassade d’Azerbaïdjan à Tel Aviv est très simple et n’a aucun obstacle en terme de contraintes budgétaires.

Mais en ouvrant une ambassade en Israël, l’Azerbaïdjan est inquiète de voir se refroidir ses relations avec l’Iran et le monde islamique. Bakou est bien consciente des retombées négatives de ses relations avec les pays musulmans en cas d’établissement d’une ambassade en Israël.

En effet, l’Azerbaïdjan pourrait perdre le soutien du monde musulman dans les questions liées au conflit arméno-azerbaïdjanais du Haut-Karabakh à l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). Pourtant, il y a une véritable préoccupation de Bakou quant à l’ouverture d’une ambassade à Tel-Aviv.

De mémoire les liens historiques entre la communauté juive et la majorité azerbaïdjanaise étaient un élément psychologique important, qui ont permis la légitime consolidation des relations israélo-azerbaïdjanaise.

La longue période de relations amicales entre l’Azerbaïdjan et Israël est fondée, non seulement sur la coopération politique et économique, mais aussi et surtout, sur l’amitié historique entre les deux nations. Un congrès des Azerbaïdjanais en Israël a été organisé pour répondre à l’évolution des liens entre l’Azerbaïdjan et Israël.

Arye Gut : « Les relations se sont développées, le Congrès des Azerbaïdjanais en Israël, que j’ai l’honneur de servir en tant que directeur exécutif et membre du conseil de l’organisation internationale Israël-Azerbaïdjan, joue un rôle particulier. Il a été créé en 2007 pour représenter d’une manière professionnelle et digne, les intérêts nationaux de l’Azerbaïdjan et des Azerbaïdjanais vivant en Israël. C’est un rôle particulièrement important, étant donné l’absence d’une ambassade azerbaïdjanaise dans le pays ».

Notons que parmi ses activités, il y a une aide apportée aux Juifs azerbaïdjanais vivant en Israël et la promotion de la coopération entre nos deux pays.

Le congrès travaille en étroite collaboration avec les membres de la Knesset et du gouvernement, mais aussi avec les élites intellectuelles et les hommes d’affaires israéliens pour promouvoir le partenariat stratégique entre les deux pays.

Au fil des ans, l’Azerbaïdjan a bénéficié de l’attitude amicale des organisations juives en Israël et aux États-Unis, dont certaines d’entre elles ont effectivement exercé des pressions au nom des intérêts azerbaïdjanais.

En fait, pendant les premières années de son indépendance, l’Azerbaïdjan s’est fortement appuyé sur les groupes de pression juifs aux États-Unis, pour déchiffrer l’influence du lobbying arménien et des groupes de pression pro-arméniennes dans la prise de décision à Washington.

L’Etat azerbaïdjanais a également besoin de l’appui du lobbying juif au congrès américain pour promouvoir une politique étrangère amicale de la part des Etats-Unis envers lui.

Les relations Israël-Azerbaïdjan avancent sur des piliers stratégiques solides.