1-L’impitoyable réalité des faits économique 

A-PIB – Inégalités – pauvreté

Chaque année le PIB (Produit Intérieur Brut) s’accroît de façon satisfaisante mais les inégalités entre les citoyens se creusent de sorte que la majorité d’entre eux ne bénéficient pas du fruit de leurs efforts pour créer cette croissance dont la grande part va à une minorité. Pourtant la grande majorité des citoyens sont lourdement taxés et exposés à l’insécurité en général et notamment en raison d’une longue conscription et d’une beaucoup plus longue période de réserve. Cette situation qui ne correspond pas à celle d’une démocratie moderne, est substantiellement illustrée par les chiffres

Nous pouvons déjà observer que le PIB en valeur nominale est sensiblement réduit lorsqu’il est converti en parité de pouvoir d’achat (PPA). En valeur nominale le PIB per capita atteignait en 2016 un niveau très respectable de 39 974 USD selon le FMI et se plaçait au 22e rang mondial, devant celui de la France de 39 673 USD (23e rang mondial). Pourtant la réalité des faits est tout autre car en parité de pouvoir d’achat le PNB per capita n’est plus que de 36 200 USD et se classe au 53e rang mondial voisin de celui de la Slovaquie ou de la Slovénie, ce qui reste quand même satisfaisant, alors que celui de la France s’accroît à 43 600 USD et se classe au  39e rang mondial devant celui du Royaume Uni ou du Japon (classement de CIA factbook).

Ceci signifie que les prix à la consommation sont maintenus à un niveau élevé en Israël dans de nombreux domaines et restreignent significativement le pouvoir d’achat. Globalement le PIB israélien de 2016 atteignait 348 milliards USD (croissance : +9,8%) en valeur nominale mais était réduit à 315 milliards USD (croissance : +2,9%) en parité de pouvoir d’achat.

Les principaux facteurs qui expliquent ce grand écart entre le PIB nominal et sa réalité en PPA sont les suivants :

  1. manque de concurrence dans le domaine de la consommation courante,
  2. salaire médian insuffisamment élevé,
  3. privilèges de quelques grands groupes,
  4. spéculation à la hausse invraisemblable dans l’immobilier sous l’influence de quelques réalisations luxueuses destinées à une classe privilégiée,
  5. manque de stock d’immobilier social dans les zones d’emplois, destiné à la classe modeste et
  6. incompétence de trop d’élus indifférents au sort de leurs concitoyens

La croissance des inégalités fragilisent la majorité de la population et en particulier les jeunes ménages dont le budget est drastiquement amputé par les dépenses immobilières (43% de la population a moins de 24 ans).

Le calcul des indices d’inégalité n’est pas mis à jour et rend la situation opaque, toutefois nous savons qu’entre 2008 et 2013 l’indice GINI est passé de 39 à 42,8% et nous n’avons pas de raison de penser que cette tendance ne continue pas.

Rappelons pour comprendre cet indice que zéro est la parfaite égalité et 100 la parfaite inégalité (un individu possède tout). Cet indice est de 21,5% en Finlande : meilleur résultat et de 29,2% en France. Avec au moins 42,8%, Israël se place dans un groupe de pays africains les moins développés (Cameroun, Mozambique, Sud-Soudan). En 2010 10% de la population vivait avec 1,7% du revenu des ménages et 10% avec 31,3%. En France l’écart était de 3,6% à 25,4%.

22% de la population israélienne vivait sous le seuil de pauvreté en 2014 qui était fixé à 7,30 USD par jour soit 2 664 USD par an ou 222 USD par mois (selon CIA factbook). Dans les pays développés comme ceux de l’UE le seuil de pauvreté est fixé à 60% du salaire médian (selon les directives d’Eurostat).

En France le seuil de pauvreté estimé en 2014 comme il se doit sous 60% du salaire médian s’élevait à 1 253 USD et concernait 14.1% de la population alors qu’il était 5,6 fois plus élevé que le seuil israélien.  Pour indication le salaire médian en France en 2017 atteignait 2 222 USD donnant un seuil de pauvreté de 1 333 USD par mois.

En 2014 le salaire médian en Israël s’élevait à 6 707 NIS soit 1 719 USD et donc le seuil de pauvreté selon Eurostat aurait été à 60% de 1 031 USD loin des ridicules 222 USD pris en compte. Durant cette même année le salaire moyen s’était élevé à 9 317 NIS soit 2 388 USD loin du salaire médian et confirme la très forte inégalité des revenus. Il est à noter que 50% des salariés gagnaient moins de 72% du salaire moyen (source : Tribune Juive du 22 mars 2018) c’est-à-dire moins de 1 719 USD.

L’approche du niveau de pauvreté en Israël est rendue difficile par l’absence d’information à jour et par un seuil de pauvreté officiel non significatif ; Tribune Juive et CIA factbook considèrent les chiffres de 2014.

Si l’on fait l’hypothèse que 50% de la population active gagnait moins de 1719 USD (selon Tribune Juive) sachant que celle-ci représentait en 2014 avec 3 500 000 personnes 42.7% de la population globale de 8 200 000 habitants (source: FMI),  on aurait pour 50% de la population globale un revenu inférieur à 733 USD par mois et par habitant. On peut en déduire que la population vivant sous le seuil de pauvreté selon les critères d’Eurostat (1 031 USD en 2014) serait supérieure à 50%.

Si l’on considère le PIB en PPA on obtient en Israël une consommation des ménages de 173 milliards USD (55% du PIB) soit 20 843 USD par an ou 1 736 USD par mois et en France le chiffre mensuel est de 1 932 USD ce qui n’est que 11.29% de plus. Cette relativement faible différence vient encore souligner le fait qu’Israël est un pays particulièrement inégalitaire. La consommation des ménages est globalement satisfaisante mais très inégalement répartie.

La structure du PIB entre les dépenses des ménages, celles de l’État et les investissements est sensiblement la même que celles de la France ou de l’Allemagne et n’affecte pas de façon sensible le rôle de l’État à l’égard des citoyens comme c’est le cas dans des pays comme le Royaume Uni ou les États Unis en raison de la doctrine économique qu’ils appliquent et qui est fondée sur un rôle effacé de l’État. On peut ainsi dire que le BREXIT est la conséquence de la différence de conception philosophique entre l’Europe continentale et le Royaume Uni.

Nous verrons par ailleurs que le poids important du budget militaire ne devrait pas affecter la politique économique israélienne en ce qui concerne l’accroissement du niveau de vie en raison de volumineux et positifs flux financiers extérieurs nets et récurrents.

Le degré excessif d’inégalité entre citoyens sous les yeux d’une classe politique passive et peut-être complice est indigne de la notion de foyer national Juif.

B- Cas particulier de l’immobilier 

Les copropriétaires de nombreux logements anciens n’ont même pas les ressources suffisantes pour entretenir leurs bâtiments qui se délabrent régulièrement. La hausse des prix de l’immobilier n’est pas une source d’enrichissement car elle est généralisée à l’ensemble du marché de l’habitat. En effet si quelqu’un veut déménager il doit vendre son appartement au prix élevé du marché pour en racheter un autre dans les mêmes conditions de marché et ainsi un prix élevé ne l’enrichira pas.

Les prix des appartements que le gouvernement devrait imposer pour faire décroître des prix artificiellement élevés procèdent d’un modèle de bon sens. Si l’on fait l’hypothèse d’un salaire médian en 2017 d’environ 7 000 ILS avec des charges immobilières mensuelles ne devant pas excéder le tiers du revenu soit      2 333 ILS, le coût d’un appartement familial remboursé sur 30 ans avec un taux de 5% (assurance comprise) ne devrait pas excéder 430 000 ILS et cet appartement devrait se situer à proximité des zones d’emplois indispensables à la population active.

Un ménage cumulant 2 salaires médians pourrait acquérir un appartement au prix de 860 000 ILS sous réserve que pour garder intacts son revenu il renonce à avoir des enfants, mais il faut aussi penser aux 50% de la population active qui « par définition » touche moins que le salaire médian et pour lesquels l’accès à la propriété est fermé en particulier pour les plus jeunes d’entre eux et les primo-accédants sachant comme nous l’avons déjà mentionné qu’en Israël 43% de la population a moins de 24 ans.

La solution est pourtant simple et passe par la création de sociétés de construction et de financement immobilier contrôlées par l’État pour appliquer une politique adaptée. Ce besoin d’interventionnisme semble être dû au fait que la population est trop petite pour permettre une autorégulation par le mécanisme des marchés et cela dans tous les domaines. Toutefois on doit noter que le mécanisme de la concurrence fonctionne bien dans certains pays européens dont la population est d’une taille analogue ou plus petite mais dans lesquels l’État joue peut-être mieux son rôle.

Des programmes de logements sociaux et familiaux, près des zones d’emplois dont les prix se situeraient entre 200 000 ILS et 400 000 ILS pourraient être envisagés. Rappelons que tous les terrains mêmes construits restent la propriété de l’État par le jeu de baux emphytéotiques et la majorité des la main d’œuvre vient de Judée-Samarie et accepte des salaires inférieurs aux salaires israéliens en raison d’un taux de chômage très important localement.

Ainsi des fortunes ont probablement étaient bâties sur la base de l’appauvrissement de la population israélienne qui doit consacrer une part de importante de son budget au coût de l’habitat et de la pauvreté des ouvriers du bâtiment de Judée-Samarie. La baisse du prix de l’immobilier peut être aussi réalisée par un choix de matériaux plus modestes comme cela est expérimenté dans de nombreux pays européens.

Pour réguler des cas exagérés l’État pourrait même faire valoir son droit de préemption voire d’expropriation.

De plus les cautions personnelles imposées par les Banques et les loueurs sont un facteur infantilisant et aussi un facteur de risque de propagation de la précarité que doivent prendre en charge raisonnablement les compagnies d’Assurances.

C- La récente augmentation du salaire minimum

La récente augmentation du salaire minimum à 5 300 ILS au 1er Janvier 2018 équivaut à 1488 USD sur la base de 186 heures de travail par mois soit près de 44 heures par semaine ou 1 351 USD pour 40 heures par semaine et  1 182 USD pour 35 heures. Ainsi un salaire minimum calculé sur 40 heures par semaine équivaudrait au seuil de pauvreté en France de 1 333 USD pour 40 heures où le salaire minimum est de 1 835 USD, et reste très inférieur en Israël aux salaires médian (79%) et moyen (57%) de  2014; ceci ne résout pas l’inégalité pathologique nationale.

D-Corruption

Le pays le moins corrompu est la Nouvelle-Zélande et avec un indice de 89 selon « Transparency International » et le plus corrompu la Somalie avec 9. La moyenne des pays occidentaux est de 66. L’Allemagne se classe au 12e rang avec 81 et la France au 23e rang avec 70. Israël se classe aux 32ème rang avec 62, ce qui n’est pas trop éloigné de la moyenne des pays occidentaux et est relativement satisfaisant. La corruption en Israël semble toucher plutôt la classe politique que le monde économique. 

E- Le faux argument du Budget militaire 

Les difficultés économiques sont trop souvent justifiées politiquement par le poids du budget militaire de 5.6% du PIB soit environ 19.5 milliards USD.

Toutefois, si l’on considère la globalité de l’économie on doit prendre en compte non seulement l’aide du Gouvernement américain fixé à 38 milliards USD sur 10 ans et surtout le montant record des transferts nets sans contreparties de 9.5 milliard USD en 2016 (source: FMI); cet excédent est un élément récurrent de la balance des paiements israélienne alors que ce solde est généralement négatif dans les pays développés.

Si l’on tient compte de cet apport dont les applications sont certainement multiples on pourrait dire par convention que l’effort militaire est de 2.8% du PIB à comparer à 2.16% en France et 3.29% aux États Unis.

F- Le développement de la Judée-Samarie

Le développement économique de la Judée-Samarie au bénéfice de la population locale doit être considéré comme un élément stabilisateur qui accroîtrait la sécurité d’Israël dans la mesure où le projet de créer un État Palestinien indépendant s’éloigne dans les faits au profit d’une zone en partie autonome.

A long terme le problème reviendra en raison de la croissance démographique qui toutefois diminue avec la croissance économique. Un PIB de seulement 4 300 dollars par habitant en Judée-Samarie ne peut qu’accroître l’amertume de la population locale et pas suite l’insécurité d’Israël qui devrait participer à son accroissement pour des raisons de mieux-être, de stabilité et finalement de sécurité.

L’hostilité de nombreux États membres de l’UE et du mouvement anti-israélien BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) à des projets de développement économiques israéliens en Judée-Samarie se retourne contre la population arabe locale pour laquelle ces projets devraient constituer une source d’emplois et d’enrichissement sous réserve d’une hausse sensible des salaires locaux.

L’hostilité aux projets de développement par ces États et organisation est objectivement défavorable aux populations locales qui deviennent des victimes en conformité avec le stéréotype de ces pays et organisation qui consiste à vouloir considérer la population arabe comme pauvre, et victime assistée dans le but non-dit de maintenir la tension dans la région.

2- Le Système législatif

Le système législatif est fondé sur l’élection d’une pléthore de « partis politiques » ; les citoyens élisent des partis politiques et non pas leurs députés avec lesquels ils n’ont pas de contact ; d’ailleurs les députés n’ont que faire des électeurs puisqu’ils sont élus sur listes. L’élection est a la proportionnelle sur listes et il suffit d’avoir 1.5% des voix pour qu’un parti ait un député. Les partis nomment comme députés toutes sortes de personnes selon une cuisine interne qui inclut notamment des luttes de pouvoir et des intérêts personnels et cela à l’insu des citoyens. Ainsi le dernier père fondateur Shimon Peres avait dû quitter son propre parti au sein duquel il était victime de calculs défavorables pour rejoindre le Parti Kadima. Le Premier ministre est la personne capable de faire le grand écart pour rassembler des partis politiques de natures foncièrement différentes avec trop souvent des exigences disproportionnées à leur taille.

Les mesures qui sont à prendre pour sauvegarder une démocratie authentique en Israël seraient (i) de créer des circonscriptions géographiques qui obligeraient les candidats à faire valoir individuellement leurs compétences devant les citoyens pour être élus et qui devront leur rendre des comptes régulièrement et (ii) de relever le seuil d’éligibilité à 5% des voix.

Des critères de découpages devraient permettre aux grands partis d’obtenir une majorité sans avoir à marchander quoique ce soit avec des petits partis de sorte que le système n’affaiblisse les courants d’idées les plus importants dans la population et ne permettent pas aux petits partis d’avoir une représentation surdimensionnée.

Parmi ces petits partis qui corrompent la démocratie il existe des partis religieux fondés sur la foi qui n’est qu’une conviction intime dont les lieux d’expression sont les lieux de cultes et certainement pas la scène politique, les corps législatif et exécutif et les affaires civiles. La rigidité des religieux ne convient pas à une démocratie moderne.

3- La Classe politique et Conclusion

Après la disparition des pères fondateurs, la classe politique a été notamment envahie de personnages douteux, d’aventuriers, de personnes soupçonnées de possible corruption dont certains avaient été incarcérés ou le sont encore ou avaient cherché à échapper à la justice de pays où ils vivaient ou sur lesquels des enquêtes de police et de justice sont en cours. Les imperfections des systèmes législatif et exécutif portent tort à la population et en particulier à son bien-être économique. Il existe pourtant une élite israélienne jeune qui remplacerait avantageusement la classe politique actuelle.

Pour se faire élire nombreux sont ceux qui pratiquent une politique démagogique et populiste en utilisant notamment dans leur intérêt la question sécuritaire qui est bien sûr une question clef en Israël. Cet argument fait mouche auprès d’une population qui se sent menacée au point qu’elle perde de vue son désir légitime de mieux vivre pour échapper à la menace extérieure alors que les deux (bien être et sécurité) doivent être garantis « en même temps ».

Les partis populistes qui dominent la vie politique israélienne utilisent donc la peur de l’insécurité pour s’exonérer de leur travail qui consisterait à faire vivre la majorité de la population au dessus du seuil de pauvreté « des pays développés » et non pas au dessus de celui établi artificiellement à un niveau scandaleusement bas. Pour cela il faut réduire les inégalités et cela ne procède que d’une volonté politique « puisque le PIB créé par l’ensemble de la population est déjà à un niveau suffisamment élevé ». Parmi les démocraties développées et modernes Israël est l’un des pays les plus inégalitaires.

Le remplacement de la classe politique est un élément clef du mieux-être. La classe politique doit être formée de gens rompus à l’administration publique et dotés d’une grande rigueur morale car ils devraient être garants de l’intérêt collectif qui est prioritaire à leur intérêt personnel. Le sentiment d’appartenance à une Nation devrait prévaloir sur la notion de Parti et d’individu. Des élections régionales pourraient aider ce processus d’amélioration en permettant aussi le nécessaire rafraîchissement de l’esprit de la classe politique.