Israël est le pays de tous les paradoxes : la démocratie y cohabite avec la théocratie ; des islamistes explicitement hostiles à Israël siègent à la Knesset ; des membres de partis d’extrême-droite prônant l’expulsion des arabes israéliens de leur terre natale se présentent aux élections parlementaires. Encore plus surprenant, deux partis ultra-orthodoxes excluent les femmes de leurs listes, un sexisme flagrant contraire à toute règle démocratique. Ces aberrations et bien d’autres appartiennent au statu quo politique et idéologique.

Un événement inédit vient s’y s’ajouter à la veille des élections du 9 avril 2019 : Netanyahu, Premier ministre au pouvoir depuis plus de dix années d’affilées, se présente en tête de son parti Likoud, malgré trois mises en examen pour corruption et abus de confiance aggravé. Du jamais vu, ni en Israël ni dans aucun pays démocratique qui se respecte.

Le dos au mur, Netanyahu semble mener son dernier combat. Sa stratégie est celle d’un démagogue qui fascine son électorat comme le ferait un illusionniste hypnotisant un public ébahi. Il se fait réélire démocratiquement et gouverne tel un monarque. Il sème la peur dans son électorat populaire au mépris de toute règle morale et sans aucun scrupule. Or, Israël n’a jamais été aussi forte face et à ses ennemis, aujourd’hui divisés.

Excellent orateur, il arrive à créer au sein de ses sympathisants un sentiment d’orgueil, de supériorité et de toute-puissance. Mais les faits ne suivent pas. L’état économique, social et politique est en berne. L’OCDE classe Israël bon dernier de ses membres en matière de pauvreté. La croissance est en baisse, le pouvoir d’achat ne cesse de se détériorer et place Israël en tête des pays les plus chers du monde occidental.

Des études et des sondages montrent de façon évidente que l’électorat de Netanyahu est constitué principalement des masses plus modestes. Vivant en majorité dans les villes de périphérie, ils sont issus des premières, deuxième et même troisième générations des immigrés d’Afrique du Nord. Ils n’oublient pas et ne sont pas près d’oublier la discrimination que leur a infligée l’establishment de gauche au pouvoir de la création d’Israël jusqu’en 1977, année de la première victoire électorale de la droite.

Ce pouvoir travailliste qui les a installés dès leur arrivée en Terre sainte vers des villes dites de développement, sans aucune infrastructure ni avenir digne de ce nom. Leur sort ainsi que celui de leurs descendants leur colle à la peau, à l’âme, à leur dignité. De plus, des immigrés russes, eux aussi installés plus tard dans ces villes oubliées se trouvent de même condamnés à la misère. Et malgré tout, ces immigrés ne voteront en aucun cas pour un parti socialiste après avoir échappé au communisme.

Depuis lors, les pauvres, les exclus, les opprimés nourrissent une volonté de revanche viscérale, individuelle ou collective, à l’encontre de cette vieille gauche. Ils restent loyaux envers la droite même si elle n’améliore pas leurs conditions de vie. Cela semble conforme à la tendance populiste présente dans plusieurs pays occidentaux.

Malheureusement, seules les guerres comme celle de Kippour et la première guerre du Liban peuvent secouer les esprits et remettre les pendules à l’heure. Espérons tout même que la solution sortira des seules urnes. Selon les prévisions actuelles, le nouveau camp du Centre Kahol Lavane est à égalité avec celui de la droite. Mais ce dernier reproche à ses adversaires de devoir prendre en compte les partis arabes pour l’emporter.

Selon les derniers sondages, rien n’est joué. Netanyahu peut être désigné par la majorité des élus, même si le Likoud n’arrive pas en tête des partis. Cela se produirait pendant que la justice suit son cours. Appuyé par la majorité de la Knesset, Netanyahu arriverait à former un gouvernement. Mais, celui-ci sera fragile. Sa coalition très restreinte paralysera le Parlement.

Ses démêlés avec la justice se poursuivront et, avant la fin de l’année 2019, il sera sans doute traduit en justice. La donne alors changera. Des fidèles et des associés de la coalition fuiront peu à peu pour sauver leur carrière en ne soutenant pas un Premier ministre traduit en justice. Des élections anticipées seraient alors indispensables. Ce qui sonnerait définitivement la fin du règne de Netanyahu.

Quoi qu’il en soit, les contre pouvoirs que sont les gardiens de la démocratie, aussi bien la Haute Cour de justice que les médias, les associations, et militants de tous bords continueront à garantir le respect de la loi.