Pendant la campagne des élections présidentielles américaines de 2008, le slogan qui revenait sans cesse partout, c’était « Yes, we can! ». En Israël, pendant la campagne des élections nationales de 2019, on pourrait croire que le slogan c’est « Tout sauf Bibi ». A gauche, au centre, à droite dans les partis hors Likoud, dans les médias, sur les réseaux sociaux, le mot d’ordre, c’est « peu importe qui, du moment que Bibi s’en aille ».

Les candidats ne sont pas en reste, et rivalisent de véhémence pour affirmer que l’urgence, c’est de « changer », sous-entendu (ou pas), changer de Premier Ministre. Et c’est là que ça devient ridicule : il ne s’agit pas de changer de politique, ni d’exposer une plateforme politique ou idéologique différente, ni encore d’exposer une nouvelle voie économique ou sociale. Non, le programme de tous les candidats ou presque est identique : il faut éjecter Netanyahou.

Netanyahou est le problème, Netanyahou est la source et la cause de tous les maux de la société israélienne, etc. Cela confine au grotesque quand on voit les contorsions de ses adversaires politiques, qui cherchent tous la formule magique électorale pour déboulonner « King Bibi », l’homme qui règne sur le pays depuis 10 ans sans interruption, et qui est passé maître dans l’art de se défaire de tous les pièges et toutes les embuscades, qu’ils viennent de la gauche, du centre ou de la droite.

Les contorsions, disais-je, de ses adversaires politiques, font de la peine à voir. Vraiment. Le chouchou des médias, ces dernières semaines, s’appelle Benny Gantz. Ancien chef-d’état-major reconverti dans la politique comme beaucoup d’anciens militaires, et qui a surtout brillé par son silence, stratégie payante, dans une arène politique habituée à la cacophonie et à l’invective.

Hier, il a brisé ce silence, et a accordé une interview au journal Yediot Ah’aronot, au cours de laquelle, il a déclaré, entre autres, que « l’évacuation de Gaza en 2005 avait été légale, bien exécutée par Tsahal, et qu’il fallait en tirer les leçons et les implémenter à d’autres endroits ». Naturellement, du pain bénit pour le Likoud et le « Nouvelle Droite », qui se sont empressés de reprendre la balle au bond sur le mode « HA ! On vous l’avait bien dit ! C’est un gauchiste, il veut refaire une évacuation, cette fois en Judée-Samarie ». Et les réseaux sociaux de surenchérir fiévreusement. S’en est suivie une défense molle dans la foulée de l’intéressé, inaudible, du coup, et ce matin, une mise au point de son équipe de campagne, qui rétropédale piteusement pour tenter un « ses propos ont mal été interprétés, il n’a jamais été question d’évacuer quoi que ce soit ».

Trop tard, le mal est fait. Le mal, qu’on soit de gauche ou de droite, sera vu d’un angle différent, mais il est fait. Le plus grave dans cette séquence politique misérable (une de plus dans la politique israélienne), c’est que les hommes qui prétendent au mandat de Premier Ministre, les hommes qui prétendent diriger le pays et faire les choix cruciaux qui décideront de son avenir, n’ont pas le plus petit début de commencement de conviction idéologique ou de plateforme politique, d’aucune sorte. Leur seul baromètre, c’est le sens du vent. Et donc, la conséquence, c’est que leur seule et unique mot d’ordre intelligible, c’est « il faut virer Bibi ».

Quel programme économique pour garder Israël compétitif ? Dans la foulée, quel programme social pour endiguer la pauvreté galopante d’un quart de la population ? Quel programme pour la justice et la réformer de fond en comble ? Quel programme pour la police, comment on fait pour la réparer et faire en sorte que la population ait à nouveau confiance en elle ? Quel programme pour la sauvegarde de l’environnement, sujet d’autant plus brûlant que les choix énergétiques israéliens sont restreints, et que son réseau de transports est en mutation ? Quel programme pour l’éducation, comment fait-on pour rendre le système éducatif jusqu’au bac à la fois abordable et de bonne qualité ? Et on pourrait continuer la liste longtemps.

Mais non, le seul sujet, c’est « virer Bibi ». Affligeant.

Faut-il le remplacer ou pas, concrètement ? Oui, certainement, pour de nombreuses raisons, mais son éviction à elle seule ne saurait constituer un quelconque programme de campagne ni une quelconque plateforme idéologique de nature à relever les immenses défis auxquels Israël doit faire face. Et il est une cruelle réalité, c’est qu’aucun des « gros partis », qu’ils soient de gauche, du centre ou de droite, n’ont le moindre programme, la moindre idée.