29 avril 1945 à 17h30. Libération de Dachau, par l’armée américaine !

Le premier homme qui passa la grande porte à la croix gammée était … une femme ! Une journaliste qui suivait l’armée dans ses opérations.

Les soldats américains se précipitèrent à l’entrée, sans craintes, sachant que le camp s’était rendu, quand brusquement des mitrailleuses se mirent à crépiter. Des SS, lâchement cachés dans leurs tourelles d’observation (les miradors) rageaient de voir cette armée de libération et vidaient leurs chargeurs sur les libérateurs.

Ceux-ci, vite ressaisis, ne mirent pas longtemps pour les déloger de leurs cachettes et plus tard, quand un SS se rendait mains en l’air, il était abattu sans autre forme de procès.

Quelques gardiens allemands furent lynchés sur la place par des prisonniers en délire (je n’ai pas assisté à ces scènes n’ayant pas la force de sortir pour circuler dans le camp), mais on me l’a raconté. D’autres furent emprisonnés.

Je me fis transporter par des camarades jusqu’à la fenêtre de notre baraquement pour VOIR mon premier Américain. Et l’image que je vis dans la cour fut comme une apparition céleste ! Un grand gaillard portant des bottes à lacets, mâchant flegmatiquement son chewing gum circulait parmi les prisonniers l’arme à la main.

Il n’avait pas l’air à son aise devant ces faces de squelettes, la tête rasée, tenant à peine debout sur leurs jambes et qui gesticulaient. Ca devait certainement lui faire peur. On ne sait jamais. Peut-être ces affamés avaient-ils des idées de cannibalisme…!

On m’a raconté que des prisonniers russes ayant capturés des chiens SS les ont carrément mis à la broche, tels que…

La joie dans le camp était à son comble. Tout le monde s’embrassait et pleurait en même temps. Cette libération paraissait inimaginable et on vivait comme dans un rêve. Pour se rassurer et se convaincre que c’était bien la réalité, on allait souvent vers la fenêtre pour regarder passer les soldats américains dans la cour.

Nous étions en train de vivre un grand moment historique et nous en étions les acteurs. L’Allemagne avait perdu la guerre et la liberté reprenait ses droits.

Ainsi, mes prières étaient exaucées. Mon ange gardien m’a gardé mon souffle de vie. Ce n’est pas un hasard, si j’ai survécu. Il ne pouvait y avoir qu’une force surnaturelle et Divine pour me maintenir ce petit souffle de vie. Je n’étais plus qu’une larve rampante qu’on pouvait écraser à tout moment.

N’en déplaise aux esprits laïcs et autres philosophes, pour qui la religion est l’opium du peuple et qui veulent tout expliquer d’une manière cartésienne. Je prétends que j’ai survécu dans les onze camps parce qu’un ange gardien m’a protégé. Chaque fois que ma vie tenait sur le fil du rasoir, à basculer à gauche ou à droite, je retombais du bon côté. Un hasard ?

Je suis arrivé au camp à 19 ans avec un manque total d’expérience de la vie. Sans famille ni amis, coupé de tout. Subir quotidiennement la faim, les coups, les vexations, les maladies, les accidents ainsi que les sélections et survivre, ce n’est plus un hasard !

Sinon, comment comprendre et interpréter tous ces signes :
Ma première chance fût d’arriver à Malines quelques semaines plus tard qu’à la date de ma convocation. Tous les premiers transports furent automatiquement gazés. Avec le 6ème convoi, j’eus la chance d’être trié à Kozel et envoyé dans un camp.

Au bout de quelques mois, j’étais déjà au bout du rouleau. Le rail que j’ai reçu sur mon pied, et qui, à un millimètre près, me brisait l’os de mon orteil aurait pu m’envoyer dans l’autre monde en faisant de moi un handicapé. Quand un prisonnier n’était pas productif, on s’en « débarrassait ».

Mon envoi dans deux camps de rétablissement (Niderkirsch et Grosarne) est également une gageure, que même des anciens déportés ont difficile à croire, quand je leur en fait part.

Par après, on me sélectionne pour la fabrique de poudre à Ludwigsdorf, où je passe près de 18 mois. Et là encore, je fus sauvé de la poudre nocive pour être désigné à la Kolenkommando. Hasard ?

A Faulbrück, tout le monde eut le typhus; je me réveillais le matin avec dans mon lit des camarades morts de cette maladie pendant la nuit, et moi, je m’en suis sorti sans l’avoir. Encore hasard ?

Et ce transport à Gross-Rosen, dans le train. Cette nuit infernale où il eut 38 morts par fusillade et étouffement. Mes camarades m’ont raconté, par après, que sur injonctions des SS, ils ont jeté par-dessus-bord du train en mouvement, les cadavres des prisonniers abattus et que j’avais presque suivi le même chemin. Heureusement quelqu’un a dit que je vivais encore…

Mon « manège » à Hersbrück, au revier stube, pour ne plus passer devant les médecins réussit au delà de toute espérance… Mon changement de nom à Dachau, et ma « naturalisation » avant la lettre, qui m’a permit de survivre, est-ce encore un hasard ? La chance de retrouver ma sœur, à Bruxelles, après mon retour, est aussi considéré par moi comme un signe du ciel.

Non, on ne peut pas dire que tout ça c’est du hasard. Aucun argument philosophique ou autre ne pourra me convaincre du contraire. Si je suis sorti de cet enfer, c’est parce que c’était la volonté Divine et que dans les moments cruciaux où ma vie tenait à un fil, mon ange gardien m’a dirigé dans mes décisions. Je ne remercierai jamais assez le ciel pour ces bienfaits !

Dieu n’a pas voulu que toute ma famille soit rayée de la carte de ce monde. Il m’a permit de fonder une famille avec des nombreux enfants et petits enfants.

Je crois que ces arguments valent largement toutes les idées progressistes de mes éventuels contradicteurs.