Pour la deuxième année consécutive, les actes homophobes ont augmenté en 2017, nous révèle le nouveau rapport de SOS Homophobie. D’ailleurs, l’étude souligne que les cas relevant du voisinage (+84%) et du milieu scolaire (+38%) ont connu une croissance significative. Ce sont donc des lieux de vie quotidiens qui sont des théâtres violences. De quoi renforcer un sentiment d’insécurité.

Qu’en est il dans le milieu juif alors que notre religion prône le respect et l’amour de son prochain ? Voici mon article qui figure dans le rapport :

En Mars 2017, le livre1 « Judaïsme et Homosexualité, 40 ans d’histoire du Beit Haverim », premier ouvrage francophone traitant du sujet fut publié. De nombreux rabbins libéraux et massortis ont contribué à l’ouvrage.

Mais pour les rabbins du consistoire israélite, institution centrale conservatrice gérant le culte juif en France, la participation fut maigre. Sur les 24 rabbins que j’ai sollicités, seul le rabbin de Neuilly, que je remercie encore, accepta de participer.

Même le grand rabbin de France « ne fut pas disponible » pour nous écrire un texte original condamnant l’homophobie parmi les juifs français. C’est dire le malaise que cause le sujet chez la majeure partie des rabbins. L’un d’entre eux m’expliqua son refus :

L’homosexualité étant « une faute », il ne faut pas l’exhiber sur la place publique et encore moins fonder un club regroupant les «pécheurs » la commettant. Les juifs mangeant du porc, compara le rabbin, n’ont pas, eux, créé d’association et ne revendiquent pas leur fierté de manger du cochon.

Cet amalgame aberrant montre clairement le manque d’éducation des instances religieuses sur le sujet. Cette comparaison est d’autant plus fallacieuse qu’elle met sur le même plan, un choix, alimentaire, et un non-choix, l’orientation sexuelle. A cela doit-on encore préciser les difficultés de se faire accepter par soi-même et son entourage ?

D’ailleurs, les actes du consistoire questionnent. Ils ont invité en Septembre pour une conférence le rabbin Israélien Shlomo Amar2. Connu pour ses propos misogynes et homophobes, le Beit Haverim s’est associé avec d’autres associations juives pour dénoncer cette provocation.

Mais le président du consistoire a clairement ignoré nos protestations.
L’homophobie naît principalement du manque de connaissances sur l’homosexualité et de l’absence d’humilité pour le reconnaître. Sur le site Torah box par exemple, une internaute pose la question au Rav Bitton « J’aimerai savoir comment guérir de l’homosexualité3 ».

Il répondit en expliquant que la guérison passe par une psychothérapie de longue durée, l’étude, les dons aux pauvres et par les pleurs lors des prières quotidiennes. On atteint ici un rare niveau d’inconscience et d’irresponsabilité. Mesurent-ils les ravages sur un adolescent en questionnement ? Sur les pressions subies pour épouser une femme et la rendre elle aussi malheureuse ?

L’homophobie chez nous connaît une certaine saisonnalité. En dehors des manifestations ponctuelles du Beit Haverim4 (comme le calendrier, le clip « les reines de Pourim », la comédie musicale Yalla…), la violence des propos atteint son paroxysme lors des gay-prides de Tel Aviv et Jérusalem.

L’un des reproches récurrents est « Comment osent-ils souiller le sol de la terre sainte, », soulignant au passage notre «impureté». Pour la marche des fiertés de Paris, notre judaïsme a été mis en cause cette année car nous défilions pendant chabbat. Aveuglé par la vision caricaturale des prides, ils ne saisissent pas la dimension politique de notre marche.

Même les milieux juifs étudiants ont leur frange conservatrice. Un jeune de vingt ans, soupçonné d’homosexualité, a été privé de l’allumage de la 1ere bougie de Hannouka 5en décembre dernier. Il a réussi à se faire ouvrir les portes d’une autre soirée mais à quel prix : en niant son homosexualité !
Mais pour autant, à l’instar des lumières de Hannouka, nous gardons la foi. Notre visibilité finira par adoucir les mentalités.