Comment passer à côté du dernier buzz médiatique de Benjamin Netanyahu ? Pouvons-nous parler d’erreur ? De provocation ? De délire ? En vérité, je ne sais pas, une chose est certaine : Benjamin Netanyahu nous montre qu’il n’est en rien un homme d’Etat.

Alors qu’Israël est remué par une vague de violence et de haine effrénée, que les territoires s’enflamment, que la bande de Gaza se réveille, que des deux côtés, des populations souffrent ; alors que nous, civils, attendons une réponse, une action, le calme, la seule chose que le Premier ministre israélien trouve à faire, c’est tenter de montrer au monde que le Mufti de Jérusalem était de pair avec Hitler et qu’il a même initié et insufflé l’idée à Hitler d’exterminer les Juifs.

S’il est certain que ces deux immondes personnages haïssaient les Juifs, pourquoi refaire l’histoire aujourd’hui ? Ce qu’il tente de prouver n’est pas bien compliqué : les Palestiniens sont animés par leur haine du Juif et ce depuis le début, avant même la création de l’Etat d’Israël. Ironie du sort : Angela Merkel, chancelière allemande, se retrouve forcée de s’exprimer sur la question et se doit de « rassurer » le monde en rappelant que Hitler et l’Allemagne nazie était bien responsables du génocide des Juifs, je me suis retrouvée assez perplexe. Quelle situation cocasse…

Jouer avec l’histoire est extrêmement dangereux dans le cadre du conflit israélo-arabe. En effet, Israéliens et Palestiniens n’apprennent pas l’histoire de la même façon. Ce que l’on appellera « guerre d’Indépendance » d’un côté sera appelé « Nakba » de l’autre, ce que l’on appellera « terrorisme » d’un côté sera appelé « résistance » de l’autre.

Il est peu important de savoir qu’elle est LA vérité car nos deux vérités ne sont pas absolues, elles se complètent. En Israël, le terrorisme est notre réalité : il nous faut vivre dans la peur, la terreur, il vise des civils innocents, il tue. Du côté Palestinien, la résistance est leur réalité : ils se défendent de leur oppresseur, luttent pour récupérer ce qu’ils considèrent légitime.

L’objectif ici n’est pas d’être dans le jugement de valeur, mais bien de comprendre les processus qui animent les deux parties du conflit. Par exemple, à travers mon regard d’israélienne, l’homme qui attaque à la voiture-bélier un autre homme puis le découpe comme un boucher découperait un bout de viande n’est rien d’autre qu’un terroriste. Rien, RIEN, ne peut justifier un tel acte de violence. Néanmoins, je me dois de me poser la question en mettant de côté mes émotions : quel est l’histoire (personnelle et collective) de cet homme ? Quels sont les facteurs qui l’ont amené à haïr de la sorte et à franchir le cap d’aller se donner la mort en massacrant d’autres personnes ?

Les facteurs sont nombreux et complexes, et beaucoup d’entre eux sont influencés par l’histoire qui est inculquée de façon différente des deux côtés de la ligne verte…

Finalement, nos deux vérités se complètent et se combinent. Le travail des prochaines années (voire décennies) serait d’apprendre l’histoire de l’Autre, cet étranger que l’on ne connait pas. Il est nécessaire de s’exposer à l’histoire de cet Autre. Nous devons essayer d’écouter (si ce n’est comprendre) comment un Palestinien perçoit, comprend un tel évènement historique et vice-versa car, le fossé qui nous sépare c’est l’histoire.

Si dans nos livres apparaissent les mêmes dates et personnages, le narratif de l’évènement est pourtant bien différent. Et à vrai dire, le problème est même double : il existe une séparation mentale entre ces deux peuples, mais également une séparation physique. Certains clameront qu’il faut commencer par briser les frontières mentales et historiques qui nous séparent, d’autres clameront qu’il faut d’abord éliminer cette séparation physique. Je suis de ceux qui pensent que les deux doivent se faire en même temps.

 Il est absolument nécessaire de ré-objectiver ce conflit en mettant nos émotions de côté. C’est seulement en allant chercher ces réponses qu’un espoir de paix pourrait apparaître.

Aujourd’hui, Israéliens et Palestiniens semblent tristement condamnés à se haïr. Ils sont enfermés dans ce manichéisme qui a construit l’Autre comme un ennemi assoiffé de sang, animé par la haine, un animal cruel.

Il est plus que nécessaire et urgent de ré-humaniser cet Autre en allant vers lui, en apprenant à le connaître. Car il est le seul acteur partie-prenante de ce conflit. Les interminables débats au travers de l’ONU, de Kerry ou d’autres clowns diplomatiques ne serviront pas à grand-chose.

Le dialogue doit s’ouvrir entre les premiers concernés, et pour cela, le pré-requis nécessaire est de reconnaître mutuellement nos différentes interprétations de l’histoire, car aujourd’hui, l’avenir de nos deux peuples est peu prometteur.