Les mythes judéophobes ont la vie dure. Comme par exemple le mythe antisémite du “Juif qui joue double jeu et complote contre le peuple qui l’héberge”. Pourtant, l’Histoire de la Bretagne formule une leçon que nul ne devrait oublier. L’Histoire des relations entre Celtes, Bretons et Juifs exprime, d’une manière limpide, très exactement le contraire : ce sont toujours les antisémites qui travaillent pour une puissance étrangère.

Il y a trois moments antisémites clairement identifiés dans l’Histoire bretonne.

Premier moment, premier témoignage de la présence de Juifs en Bretagne au IVe siècle, à l’époque l’Armorique, province faiblement christianisée et Romanisée : les Bretons, jugés trop proches des Juifs, sont tancés par les autorités de Rome.

L’intégration des Juifs Bretons, réelle au point de pénétrer le clergé, pose problème à l’Eglise, laquelle interdit à ses clercs de partager les repas avec les Juifs – Concile de Vannes en 465. Cette discrimination recommandée par Rome est ironiquement la première trace écrite de la présente juive en Bretagne.

Second moment : le pogrom de 1236, l’expulsion des Juifs hors de Bretagne et le bannissement de ceux qui les aident en 1240.

Le climat général – lié aux Croisades – l’arrivée massive d’Ashkénazim au XIe siècle, ne peuvent expliquer seuls ce retournement soudain : rappelons l’intégration des premiers Juifs bretons dans la population celtique du haut moyen âge et l’accueil des Juifs de Bretagne insulaire – communautés d’Exeter, Conwy, Caerloyw – lors des luttes entre Bretons et Saxons.

La réalité est que Jean Le Roux est contraint par la géopolitique de l’époque d’affirmer la vassalité que son père, Pierre Mauclerc, a assurée à Saint Louis.

Il applique en Bretagne les termes des accords dont les Juifs nouvellement arrivés font violemment les frais.

Ces évènements, parmi d’autres, marquent symboliquement le passage d’une longue période d’indépendance et de résistance face aux Francs à une Bretagne vassalisée au pouvoir central Parisien.

Troisième moment* : l’arrivée des troupes Allemandes en 1940 rompt la tranquillité régnant alors entre population Catholique, athée et Communautés Juives. Ces moments sont particulièrement bien documentés dans l’ouvrage d’Annie Toczé, Les Juifs en Bretagne, pp.161-427.

Un antisémitisme explicite pp.112-154 a surgi quelques années avant la Guerre, dans des mouvements qui s’appuient sur les doctrines nationale-socialiste, nationaliste ou post anti-Dreyfusarde.

Pour exister et surfer sur un mouvement agitant toute l’Europe, certains éléments s’alignent sur la ligne allemande : dans les milieux politiques républicains Français comme dans les milieux indépendantistes Bretons pro Nazis.

Phénomène paradoxal puisque, on l’a vu, la Bretagne au contraire de la France, n’a jamais développé d’antisémitisme endogène mais l’a importé. Entre 1940 et 1945, il y a un antisémitisme en Bretagne, piloté par les autorités allemandes, les relais Vichystes locaux et appuyé par quelques dizaines d’égarés issus du nationalisme breton.

Rome, Paris, Berlin : l’antisémitisme qui s’exprime en Bretagne est toujours exogène et importé. Une leçon toujours d’actualité : antisémitisme, anti-sionisme, judéophobie s’exprimant dans les milieux politiques actuels – extrêmes gauche/droite, milieux musulmans, partis centristes ou gauchistes – sont alignés sur des discours importés – de Paris, Ryad, Doha, Gaza – ou fantasmée sur une personnalité politique étrangère.

Qu’un antisémitisme politique s’appuie sur des relais locaux ne peut être une surprise. A ceux-ci de bien comprendre qu’en Bretagne, l’histoire de l’antisémitisme est l’histoire de la traîtrise et de la trahison des intérêts Bretons. A l’heure européenne, à l’heure de l’épanouissement des Régions, il est plus que jamais important pour notre territoire de se le rappeler.

Il y a une singularité bretonne qui ne s’accommode pas d’antisémitisme, de quelle que sorte que ce soit.

* J’aurais pu y ajouter les échos de l’anti-Dreyfusardisme, aussi explicites car totalement inféodés en Bretagne aux polémiques internes aux courants monarchistes ou républicains français.