Il y a encore quelques années, je rêvais de parler ou de lire l’hébreu, et mon objectif était de pouvoir lire Grossman, mon auteur préféré en hébreu, autant vous écrire, qu’aujourd’hui, je suis très loin, très loin de mon objectif.

Hier encore, j’étais à « Tambour » (chaîne de magasins de bricolage). Dans ce magasin, grand comme un mouchoir de poche, nous étions 3 clients, 4 avec le magasinier, et nous parlions tous l’hébreu comme des chiens battus. Il y avait un côté tordant (drôle) et à la fois pathétique. Nous étions tous, pas de prime jeunesse, les deux personnes devant moi, étaient sans aucun doute à la retraite. Les personnes utilisaient « machou » (truc, chose) pour parler de joint ou de vis. Moi, avant d’aller, j’avais bien vérifié comme dire « tuyau » (Tzinor) pour savoir quoi demander.

Cette frustration quotidienne, et d’autant plus énervante, que j’ai étudié l’hébreu. Souvent, longtemps, beaucoup plus qu’une autre langue. L’hébreu, ce n’est pas facile. La maîtriser est un art, d’autant plus que les Israéliens sont friands du slang = argot. En ce moment, j’entends souvent l’expression « ze tziporim » (c’est des oiseaux). Ce qui signifie : c’est des histoires.

L’hébreu, est devenu pour une partie des olim hadashim*, une barrière entre les gens. Cette langue qui se veut rassembleuse, est devenue pour moi, une langue administrative lourde à porter. Je ne parle l’hébreu qu’à la banque, pour mes factures (poste, électricité, téléphone, internet….) ou aux impôts. Quelques fois, je parle pour acheter quelque chose.

Je lis les titres des journaux, j’en comprends le sens, mais la flemme et surtout le temps (minutes, heures) m’empêchent de m’y attarder. A l’heure d’internet, où tout va si vite, on passe à autre chose. Notre quotidien est à gérer, la vie est là, les anciens tracas ont fait place aux nouveaux, il y a le travail et puis, des fois, il faut bien vivre aussi un peu.

C’est sans doute, ça, aussi, d’être Israélien, pris dans la turpitude du quotidien, on n’a pas le temps de s’appesantir, c’est déjà demain, autre chose, autre nouvelle, tout va vite, et on oublie déjà.

*Nouveaux immigrants (olim), on reste nouvel immigrant 10 ans en Israël.