Lettre ouverte de quelques prisonniers politiques au ministre Français des Affaires étrangères à la veille de sa visite à Téhéran

Cher Mr. Fabius, Nous sommes quelques-uns des prisonniers politiques détenus à la prison d’Evin, et à la prison de Gohardashte à Karaj en Iran.

Nous avons appris que vous prévoyez un voyage en Iran le mercredi 29 Juillet pour y rencontrer les autorités du pays. Nous avons décidé de vous écrire pour vous éclairer sur le fait que le régime Iranien, en général, profite de tout voyage officiel des Ministres des pays Européens en Iran en vue d’intensifier la répression et la pression sur les prisonniers.

Nous avons entendu dire que vous voyagez en Iran après cet accord sur les négociations nucléaires pour « normaliser » les relations avec l’Iran et rétablir les relations commerciales avec notre pays. Mais nous voulons attirer votre attention sur le fait que vous n’avez pas affaire à un régime « normal » parce ce que si c’était le cas, nous ne serions pas en prison à cause de nos croyances contre la dictature religieuse. Sans aucun doute, quand vous traverseriez les rues de Téhéran, vos hôtes ne vous feront pas passer par les rues dans lesquelles les gens sont pendus ou fouettés.

En même temps que les diplomates de ce régime, avec leurs sourires artificiels, s’assoient à la table des négociations avec vous, leurs gardes de prisons, interrogateurs et tortionnaires se comportent avec nous par les manières les plus impitoyables hors de vue de l’opinion publique. Leurs « Sepah » (Gardien de la révolution) réprimandent les gens, surtout les femmes et les jeunes dans les rues à cause du type de vêtements qu’ils portent ou de la musique qu’ils écoutent.

L’atmosphère régie dans les bureaux, les écoles et les universités est étouffante de peur que quelqu’un exige éventuellement un minimum de droits humains.

Vous le savez sans doute que les Rapporteurs des Nations unies et des organisations internationales comme Amnesty International ont certifié l’aggravation de la situation des droits de l’homme depuis les négociations nucléaires avec l’Iran et surtout au cours de ces deux dernières années.

Nous assistons aussi à ce fait de notre propre chair et sang. Aucun de nous n’a eu droit à un procès équitable, et même certains de nos avocats sont en prison pour avoir fait leur travail.

Nous savons que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est enracinée dans l’histoire et le sacrifice de votre peuple durant la Révolution Française ; une déclaration que ce régime refuse d’accepter avec impunité. Les dirigeants Iraniens ne représentent pas la grande nation Iranienne et sa civilisation.

Nous vous en conjurons, ne permettez pas que votre voyage en Iran soit considéré par la propagande officielle du régime comme étant une confirmation de la politique de répression du peuple iranien et ne fermez pas vos yeux sur les crimes quotidiens du régime iranien contre son propre peuple.

Dans de telles circonstances, nous espérons que vous annuliez ce voyage ou au moins le maintenir de façon conditionnelle suite à l’amélioration des droits de l’Homme et la libération des prisonniers politiques.

Mais si vous venez en Iran, nous vous en implorons de tenir une position claire contre les violations des droits de l’Homme en Iran afin de servir comme un bon exemple pour vos collègues et ne pas permettre aux dirigeants meurtriers d’utiliser votre voyage pour couvrir leurs politiques répressives.

Veuillez agréer, Cher Mr. Fabius, à l’expression de nos salutations les plus respectueuses.

Les noms de prisonniers politiques dans l’ordre alphabétique : 1. Farid Amouzandeh 2. Reza Akbari Monfared 3. Iraj Hatami 4. Khalid Hardani 5. Shahin Zoqytbar 6. Saeed Sheerzad 7. Alireza Farahani 8. Javad Fouladvand 9. Hossein Kazemeini Boroujerdi 10. Saleh Kohandel 11. Saïd Massouri 12. Ali Moazzi 13. Assadolah Hadi 14. Missagh Yazdannezhad.