Je suis un Israélien d’origine tunisienne et de culture française. J’ai un souvenir nostalgique et ému de la Tunisie de mes parents, et une indicible affection pour la France qui nous a accueillis, hébergés, soignés, instruis, cultivés, permis de nous élever socialement, en un mot, peut être, enrichis dans toutes les acceptations du verbe. Mais cette France, que j’aime profondément, n’est plus ma patrie depuis que je suis « rentré » à la Maison, chez moi, ici à Sion, en 2011.

Contrairement à certains francophones et confrères (et amis), en rentrant chez moi je n’ai pas répondu à l’appel du Premier ministre d’Israël, et je n’attendais pas que mes frères d’ici se poussent pour me faire de la place. En fait je n’ai reçu que ce que j’attendais : un simple et sincère Baroukh Haba, Bienvenue !

Et pour cause. Qui suis-je pour demander quoi que ce soit ? Alors que je passais en France, au chaud, mes diplômes, me mariais , élevais mes enfants, m’enrichissais de mon travail, et partais en vacances aux quatre coins du monde et plusieurs fois par an en Israël, en hôtel 5 étoiles à Eilat ou à Tel Aviv, pendant ce temps là, ma soeur ainée montait en Israël, se mariait avec l’un des seuls survivants d’une brigade de tankistes du Golan de 1973, mettait au monde 5 garçons qui seront cinq combattants d’élite de Tsahal, et vivait 12 ans durant, dans l’angoisse quotidienne d’une mauvaise nouvelle et trop souvent dans des abris à chaque guerre d’Israël, depuis 30 ans. Sans compter qu’elle devait malgré tout cela, assurer avec son époux  le pain quotidien d’une famille nombreuse.

Lorsque enfin, en 2011, je l’ai rejoint, ainsi que mon autre soeur et mes parents, son « Baroukh Haba », les larmes aux yeux, m’ont fait comprendre l’ampleur de ma dette.

Il ne s’agit pas de polémiquer ou de critiquer celles et ceux qui rentrent aussi à la maison. Mais tout simplement de leur expliquer que nos droits ne sont rien en comparaison de nos devoirs.

Nous devons nous intégrer, faire l’effort de passer des examens d’équivalence, avec toutes les embûches de ce long chemin, apprendre parfaitement notre langue, l’hébreu, comprendre la mentalité et la rugosité de la société israélienne.

Comme tous les autres olim du monde entier nous enrichirons ce pays autant qu’il nous enrichira et nous permettra de continuer à faire vivre nos enfants en tant que dignes descendants de nos ancêtres qui sont sortis d’Egypte.

Je ne veux pas plus d’une force politique francophone que je n’apprécie un parti politique russophone, dont les derniers résultats électoraux en disent long sur cette chimère. Nos parents ont-ils créé, dans les années 60 un parti des émigrés en France ? Apprécions nous la création récente d’un parti des musulmans de France ? Bien sûr que non. Battons nous en tant qu’Israélien, intégrons le Likud, Baït Hayehudi, Yesh Atid, Shass, Mahané haTsioni, ou le Merets, en  fonction de nos opinions mais certainement pas en fonction de notre langue ou de notre culture.

Je ne veux pas plus d’une dispense d’examens professionnels pour les Français que je n’en veux pour les autres olim ou pour les Israéliens. La médecine ou la dentisterie en France ne s’exercent pas de la même façon qu’en Israël, ne serait-ce que par les différences de règlementation ou de pharmacopée. C’est une évidence et certainement pas un jugement de valeur et si certains s’estiment lésés, ce que je comprends parfaitement, il existe des possibilités d’appel et in fine le recours aux tribunaux.

Battons-nous pour la simplification administrative, car elle profitera à tous, sans distinction d’origine. Luttons pour la fin de la discrimination positive dont bénéficie seuls les arabes israéliens pour l’accès aux études universitaires prestigieuses.

Enfin, la menace d’un retour en France est honteuse eu égard aux difficultés quotidiennes auxquelles tout Israélien fait face au quotidien, sans que la majorité d’entre eux ne puissent jouir d’une nationalité de rechange pour voir si l’herbe ne serait pas plus verte ailleurs.

Allez, retroussons nous les manches, aidons-nous les uns les autres, relevons les défis d’Israël  pour notre avenir, ici, maintenant et pour toujours.